FredMJG

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Festival Paris Cinéma [07/07/12 — Journal de bord 9. Part 1] : Patrick Tam & Ann Hui

Dans Ann Hui, Cinéma, Festival, Festival Paris Cinéma, Hong Kong, MK2 Bibliothèque, Patrick Tam, StrictoPerso le 31/07/2012 à 10:05

© FredMJG

Jour 9, 9 films. Le compte est bon.

Du Tam en veux-tu, en voilà pour ce samedi. Je continue donc de découvrir son œuvre télévisuelle et deux raretés.

Pour m’en remettre, j’ai également mis au menu un thriller de Ann Hui et une seconde vision d’un wu xia pan de Yuen Wo Ping qui a offert hier une masterclass au Festival, tandis que je caresse l’idée de modifier en profondeur mon programme de fin de journée.

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© TVB

09h. C. I. D.: Four Moments of life (Dawn, Noon, Dusk, Night) de Patrick Tam_1976
avec Simon Yam, David Lo, Chan Ka-yee, Lui Mo-kan, Ching Nai-kan et Yu Yueng

C.I.D. Four moments of life met en scène, à divers moments d’une journée et dans un style ultra réaliste, quatre policiers de la Crime Investigation Département dont les enquêtes vont révéler les craintes et désillusions quant au bien-fondé de leurs efforts et à l’avenir de leur métier.

Dawn. Au son de la 7e de Beethoven, un Simon Yam des plus jouvenceaux s’éveille sous le regard perçant d’Alain Delon mais sa vie n’a rien de glamour lorsqu’il est confronté à une enfant victime de maltraitance de la part de sa mère et ce, sous le regard complice du père.

Noon. Un flic déjà bien fatigué des aléas de sa fonction, traine les pieds pour répondre à une plainte pour regards salaces et toute à la nonchalance de son enquête va non seulement débusquer un pédophile mais perdre encore plus foi dans son prochain lorsqu’il interrogera — dans un somptueux plan séquence — la présumée victime, une adolescente abandonnée à elle-même et d’un cynisme absolu.

Dusk. Deux petits vieux se cherchent et s’affrontent dans une maison de retraite jusqu’à ce qu’une plaisanterie stupide mette un terme sanglant à leur dispute. L’humour qui présidait à cette scène se change brusquement en horreur totale. Confronté au désespoir du meurtrier, le policier compatissant qui le questionne va se retrouver obsédé par ce crime, y compris dans la chaleur de son foyer.

Noon. Un flic soupçonné par la police anti-corruption confit ses angoisses à une amie tout en essayant de retrouver le coupable d’un délit de fuite.

Les quatre histoires — à noter que de vrais policiers ont parfois été à l’origine des scénarii de cette série — racontées sans complaisance nous plongent au cœur même de la misère humaine et des faits divers sordides auxquels sont confrontés des fonctionnaires souvent méprisés — quand ils ne sont pas soupçonnés de malversations ou de négligences — et guère armés psychologiquement pour y faire face sans y perdre santé, conscience professionnelle ou innocence.

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© TVB

Thirteen: Traces of her de Patrick Tam_1977
avec Yung Wai-man, Yim Ho et Pang Nei

Une jeune femme disparaît du jour au lendemain corps et biens et c’est de la faute à Godard (ou presque).

Débutant cet épisode de la série Thirtheen sous le regard bienveillant de Anne Wiazemsky  – protagoniste en 1967 de La chinoise —, et traitant son histoire sous forme d’une enquête policière en questionnant relations estudiantines et amis, Patrick Tam procède à la reconstitution de la personnalité de son héroïne (la charmante Yung Wai-Man vue dans Father and son de Allen Fong) à la manière d’un puzzle ou bien plutôt selon les collages qu’a créés son petit ami — interprété par le réalisateur Yim Ho, auteur du très beau Homecoming —, un jeune photographe si obsédé par Jean-Luc Godard qu’il ne peut immortaliser, voire s’intéresser à sa bien-aimée, qu’en projetant inlassablement sur son corps des plans des films de son idole. On prendrait ses jambes à son cou pour moins que ça.

La résolution de "l’affaire" ne peut que confirmer la fuite en avant de la donzelle loin de l’existence des plus futiles qu’elle menait alors avec son fétichiste. L’anti Miu Kam-fung en quelque sorte.

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© TVB

Thirteen: Suffocation de Patrick Tam_1977
avec Chow Yun-fat et Lui Shui-yung

Le sens de la vie. Campé par un Chow Yun Fat d’une vingtaine d’années — et déjà irrésistible — Suffocation est un étrange objet en forme d’hommage foncièrement morbide à Michelangelo Antonioni et son fameux Blow up, dont le morceau de bravoure final est à placer très haut sur l’échelle de la folie pure.

Chow y est un photographe obsédé par la mort et la violence. Manifestement, le seul truc qui le fasse bander est de collectionner des clichés de sa superbe maitresse dans des natures mortes des plus sanglantes — ceux qui ont vu Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon d’Elio Petri_1970 et les extravagantes mises en scène de Gian Maria Volonté sur le corps de Florinda Bolkan peuvent aisément imaginer la chose — ou de payer des petites frappes pour qu’elles se bastonnent tandis qu’il les mitraille. Quant il ne photographie pas avec une délectation toute frénétique un homme qu’il croit mort à une table de restaurant. A voir sa tête dépitée quand l’inconnu reprend conscience en dit long sur sa santé mentale.

Le jeune homme perd peu à peu pied entre fantasme et réalité, surprend des fantômes de ses “victimes” dans les couloirs et n’hésite pas à agresser un jeune mannequin pour la déstabiliser et entrevoir enfin la vérité de la femme sous le vernis des faux semblants.

Tout à sa démence créative, il n’hésitera pas — le geste onaniste est alors filmé en un très long plan séquence devant nos yeux ébahis — à s’enfermer lui-même dans un immense sac plastique aux fins — le doigt posé sur le déclencheur — de surprendre sur son visage les prémices de l’asphyxie qui ne peut manquer de l’emporter… jusqu’à ce que d’un poing rageur*, il ne crève l’enveloppe-cocon dans laquelle il expire et ne revienne à la vie.

Suffocation, objet télévisuel radical, tout en bénéficiant d’un jeu halluciné extrêmement maitrisé de son interprète principal, confirme que Patrick Tam est définitivement cinglé.

* Le taulier de Filmosphère en riait encore dans l’après-midi lorsque nous nous sommes croisés entre deux séances.

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© Hong Kong Film Archive

11h10. The secret/Fung gip de Ann Hui_1979
avec Sylvia Chang, Angie Chiu, Tsui Siu-keung, Alex Man et Lee Hai-suk

Exercice de style extrêmement brillant et inspiré d’un fait divers qui défraya la chronique dans les années 70, The secret, premier long métrage de Ann Hui, oscille en permanence entre chronique sociale d’une famille désemparée par un crime odieux, thriller haletant et fantasque conte — nettement plus mélancolique ici que dans The spooky bunch — de fantômes. Nonobstant, la multiplication des personnages — donc, des suspects — et la déconstruction permanente d’une histoire solidement alambiquée ne fait pas perdre de vue au spectateur bien cartésien qu’on le mène généreusement en bateau.

Les corps mutilés d’un couple — celui de la femme a connu quelques ravages — sont retrouvés dans une forêt où vit un simple d’esprit (ce brave Norman Chu en profite pour cabotiner à mort) protégé par une mère aussi acariâtre que possessive. Parallèlement à la police, une jeune voisine — interprétée par Sylvia Chang — littéralement hantée par les mânes d’une des victimes, décide de mener ses propres recherches. Seront révélés quelques troubles secrets à base de double vie, d’enfant conçu hors mariage et d’adultère qui se résoudront par un twist final pas piqué des hannetons.

Cette révélation, filmée de manière outrancière et en totale contradiction avec l’atmosphère étrange et vénéneuse qui prévaut toute l’aventure, entraine derechef quelques fous rires nerveux tant la frénésie qui s’empare de quelques uns des protagoniste et la trivialité des enjeux mettent dangereusement à nu les croyances ancestrales acceptées de facto dès lors que notre délicate héroïne se voit entrainée dans les souffrances hallucinées d’une grand-mère endeuillée.

A noter, en marge de l’enquête policière, une exceptionnelle description des bas fonds et du petit peuple de Hong Kong, ville tentaculaire et potentiellement dangereuse, qui n’est jamais aussi photogénique qu’au crépuscule, lorsque les spectres — vrais ou faux, peu importe — l’envahissent.

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Un déjeuner peu diététique sur le pouce et me voilà en pleine forme.

Après Tony Leung et Chow Yun Fat ce matin, c’est avec Leslie Cheung que j’ai rendez-vous en ce début d’après-midi pour l’avant-dernier film projeté dans le cadre du focus Patrick Tam et je suis fort curieuse de découvrir à quelle sauce le choupinet a été dévoré…

A suivre…

Si vous avez raté le début

  • Avant première de Holy Motors de Léos Carax
  • Teaser
  • Jour 1 — vendredi 29 juin 2012 — avec Jeff Mills, André Sauvage & Herman Yau
  • Jour 2, Part 1 — samedi 30 juin 2012 — avec Roman Cheung, Nam Nai-choi, Herman Yau & Chin Man-kei
  • Jour 2, Part 2 — samedi 30 juin 2012 — avec Ann Hui, Yuen Wo Ping, Wu Ma, Miguel Gomes & Yeun Sang-ho
  • Jour 3 — dimanche 1er juillet 2012 — avec Ann Hui, Clara Law, Ringo Lam, Bence Fliegauf & Khavn de la Cruz
  • Jour 4 — lundi 2 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Michael Hui, Yang Yong-hi, Tom Shu-yu Lin & Yim Ho
  • Jour 5 — mardi 3 juillet 2012 — avec Raoul Ruiz, Kim Nguyen & Julia Murat
  • Jour 6, Part 1 — mercredi 4 juillet 2012 — avec Wu Ma & Kirk Wong
  • Jour 6, Part 2 — mercredi 4 juillet 2012 — avec Patrick Lung-Kong, Peter Wai-Chuen Yung & Allen Fong
  • Jour 7 — jeudi 5 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Ann Hui, Elmin Alper & Allen Fong
  • Jour 8 : Les délibérations — vendredi 6 juillet 2012 — avec Allen Fong

Et le palmarès du Festival Paris Cinéma 201

Festival Paris Cinéma [05/07/12 — Journal de bord 7] : Patrick Tam, Ann Hui, Elmin Alper & Allen Fong

Dans Allen Fong, Ann Hui, Cinéma, Compétition, Elmin Alper, Festival, Festival Paris Cinéma, Hong Kong, MK2 Bibliothèque, Patrick Tam, Turquie le 25/07/2012 à 10:35

© FredMJG

Tam en modes Polar ou Godard, au choix.

J’avale trois dolipranes pour contrer une migraine qui tente en loucedé de prendre le pouvoir et je file vaillamment au MK2 Bibliothèque.

Projection ce jour — en sus d’un polar, puis d’un téléfilm de Patrick Tam, réalisateur de The sword et décidément ahem… surprenant (et le terme est faible) et de la seconde réalisation d’Allen Fong — des deux derniers films de la compétition, à ne pas rater puisque demain est le grand jour des délibérations où nous allons sans doute discuter ardemment, éventuellement nous empoigner, tenter de nous corrompre,voire plus si affinités.

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© Mei Ah Entertainment Group Ltd

13h10. My heart is that eternal rose/Sha shou hu die meng de Patrick Tam_1989
avec Joey Wang, Tony Leung Chiu-wai, Kenny Bee, Michael Chan et Gordon Liu

Mélancolique ballade en mode rouge sang. Sous son titre de roman-photo, My heart is that eternal rose* camoufle un thriller de fameuse facture qui, s’il laisse la part belle à la tragédie amoureuse séparant dès le sanglant prologue deux jeunes inconstants qui s’interrogeaient alors sur leurs sentiments mutuels, se révèle d’une impudente cruauté tandis que le réalisateur ne dédaigne pas, en pleine romance, filmer des scènes de torture, voire un massacre généralisé sans autre forme de procès.

Séparés par un coquin de sort alors qu’ils venaient de se déclarer, Rick (Kenny Bee, belle gueule qu’il tire durant tout le film en un jeu des plus absents, était le neveu à marier de The spooky bunch d’Ann Hui) et Lap (la charmante Joey Wang, héroïne des Histoires de fantômes chinois), objet de tous les désirs, ne cesseront durant tout le film de se croiser et de se rater. Le couple semble être poursuivi par une éternelle malédiction depuis que Lap s’est vendue à un impitoyable parrain aux tifs gominés, Shen (interprété par l’ineffable Michael Chan Wai-Man, ici foncièrement réfrigérant), aux fins qu’il protège son père des foudres de la police après une malhonnête opération des plus foireuses.

Rick, exilé aux Philippines, n’a pas trouvé d’autre manière de subsister que d’embrasser la carrière de tueur à gages — Il est à noter que Chow Yun Fat connaissait le même destin dans Story of Woo viet d’Ann Hui, à croire que le pays n’offre pas d’autres recours aux réfugiés — tandis que Lap traine son spleen, tente d’empêcher son paternel rongé par la culpabilité de se détruire et, à son (beau) corps défendant, inspire violemment à deux hommes de tendres sentiments.

L’un, Cheung, garde du corps et confident — soit, mesdames, Tony In the mood for love Leung Chiu-wai qui, à 27 ans et doté d’un brushing aérodynamique échouant à masquer son charme (déjà) fou, emporte le morceau dans un rôle tout en sensibilité** — la couve et risquera sa vie à vouloir la sauver ; l’autre, Lai, est une immonde vermine d’un sadisme raffiné et là, c’est le drame capillaire, l’hallucination collective : Gordon Liu, notre moine shaolin préféré, joue les odieux avec un enthousiasme féroce et porte en cette fabuleuse occasion une satanée moumoute ! Aberration inouïe pour un film qui en compte plus d’une. Si Cheung subit un supplice pour protéger la belle, Lai, lui, n’hésitera pas à tenter de la violer dans l’évier, ce qui laisserait à penser que le gredin a regardé Liaison fatale en boucle.

Tandis que le film bénéficie d’un rythme infernal et que la question qui vient à toutes les lèvres est Saperlipopette mais qui diable, entre l’impassible Rick et le choupinet Cheung, Lap va-t-elle choisir désormais ?, Patrick Tam se soucie des retournements de situation comme d’une guigne — en plein suspense, le Shen bien marri d’être cocu n’hésite pas, avec tout le respect nécessaire dû aux anciens mais force menaces sous-jacentes, à inviter la mamie de Cheung à raisonner son chenapan de petit-fils pour qu’il se décide à rentrer dans le droit chemin de la triade — et s’avère bien peu enclin à faire de quartier.

Un gunfight final d’une dinguerie prodigieuse ne laisse aucun espoir ou presque aux divers protagonistes, néanmoins fort résistants. Pour Patrick Tam, les fautes se doivent d’être rachetées au prix du sang (effusions assurées). Et il n’y a pas de seconde chance, sauf pour les cœurs purs. Bouleversant.

Et si l’on ajoute que l’un des directeurs de la photographie est un certain Christopher Doyle — Le second, David Cheung se chargea de coordonner sobrement les scènes de combat —, futur compagnon de route de Wong Kar Wai, on peut aisément imaginer que la beauté du film touche parfois au sublime.

* Ce film sera suivi d’une éclipse de 17 ans (période pendant laquelle Patrick Tam montera entre autres Nos années sauvages_1990 puis Les cendres du temps de Wong Kar Wai_1994 et Election de Johnnie To_2005). A lire : l’entretien accordé à Aurélien Dirler et Xavier Chanoine en 2007 à Deauville sur Cinémasie.
**  Pour lequel il remporta le prix du meilleur second rôle aux 9th Hong Kong Film Awards.

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Nous nous retrouvons pour la première fois depuis le début du festival au complet pour profiter du 7e film de la compétition.

C’est une chance, le film est excellent. Et pour l’œil — Hello Andy ! —, et pour les papilles.

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© Indiestory Inc

15h. A simple life de Ann Hui_2011
avec Andy Lau, Deanie Ip, Wang Fuli et Qin Hailu

Malheureusement, Ann Hui n’a pu venir au festival et c’est bien regrettable, la face du focus qui lui est consacré cette année en eut été changée.

Le film n’a pas encore de date de sortie de prévue, mais gageons que le prix du public, couplé à celui que les étudiants lui ont décerné, attireront un distributeur.

Chronique à venir.

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Encore enchantée par le polar de Patrick Tam vu en début d’après-midi, j’entraîne avec moi une Valérie intriguée par mon programme. La taulière de Shunrize aura ensuite bien du mal à se remettre de cette expérience inédite… qui sera loin d’être la dernière que je lui ferais subir.

Quoiqu’il en soit, le focus Patrick Tam nous est présenté par Bastian Meiresonne, un charmant et enthousiaste garçon au débit de mitrailleuse, spécialiste du cinéma asiatique, et auteur entre autres de Shohei imamura : évaporation d’une réalité.

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© TVB

17h15. Seven Women: Miu Kam-fung de Patrick Tam_1976
avec Miu Kam-fung, Lo Yuen, Ng Ching-yuen et Cheung Suk-yi

I love Godard. Avant de réaliser en 1980 son premier film, The sword, Patrick Tam fourbit ses armes à la télévision et y laissa notamment libre court à sa singulière passion pour Jean-Luc Godard.

Étonnant décalque — pour la forme uniquement, l’histoire est mélodramatique à souhait bien que narrée de manière distanciée (ce qui signifie en clair que l’on se fiche peu ou prou de ce qui peut arriver aux personnages) — de Deux ou trois choses que je sais d’elle, nous sommes les témoins d’un reportage/confession d’une femme au foyer qui, face caméra, s’annonce également actrice, et dont la vie est d’une effrayante vacuité.

Marié à un homme mollasson et volage qui écoute Beethoven — et l’Internationale ! — et ne rêve que de voitures de luxe tout en lisant le journal à haute voix ou en édictant lors de fêtes bien ennuyeuses de puissants aphorismes, notre jolie blasée ne parait se réaliser que dans un consumérisme effréné.

Sa falote existence n’est que faux-semblants et pure indifférence, y compris lorsqu’elle apprend que son époux — qui l’honore chaque nuit par désir, habitude ou besoin, nul ne le sait et sans doute pas même lui — la trompe avec sa meilleure amie. La mort accidentelle de cette dernière ne déplacera pas d’un cheveu son impeccable mise en plis.

Bizarrement, le seul événement qui pourrait quelque peu inquiéter notre futile est d’avoir vraisemblablement surpris sur le pas de sa porte un éventuel cambrioleur. A croire que Patrick Tam s’amuse follement à voir affleurer une crispation inquiète sur son beau visage d’ordinaire impassible.

Léger assoupissement devant des plans méthodiquement métamorphosés en affichage publicitaire ou authentique hallucination auditive mais il s’avèrerait qu’à une occasion la dame ait écouté, d’un air absent, Noël à Jérusalem d’Enrico Macias… quoique je n’en jurerais pas.

Ce second épisode de Seven women* restera incontestablement comme l’ovni du festival.

* qui en comprends sept — comme son titre l’indique — et dont la particularité est de porter le patronyme de leur interprète principale. A noter que la série a été écrite par Joyce Chan, scénariste de The spooky bunch de Ann Hui. 

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Nous nous échappons durant l’entracte — et manquons l’épisode 3 de la série Seven women — intitulé On Sai, Yeung See-tai, May Lee — initialement prévu, dans la mesure où 1/ j’ai l’étrange impression que Valérie va coller un contrat sur ma tête 2/ nous serons obligées de partir durant la projection pour ne pas arriver en retard pour le 8e et dernier long métrage de la compétition. Quoiqu’il en soit, je déteste partir au cours d’un film.

Un bon thé aux fins que ma collègue se remette de ses émotions et c’est reparti !

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© Memento Films

19h. Beyond the hill/Tepenin ardi de Emin Alper_2012
avec Berk Hakman, Tamer Levent, Reha Őzcan et Mehmet Ozgur

Le réalisateur n’a pas fait le déplacement mais a envoyé en éclaireur l’acteur principal, Berk Hakman, au très joli torse malheureusement tronqué dans la photo ci-dessus.

Manifestement intimidé, il tendit à parler de préférence à son bonnet — lire, la traductrice — plutôt qu’à la salle. Devant quelques rappels à l’ordre fort peu amènes, il affirma d’une voix haute et claire avoir apprécié participer au film. Le contraire eut été étonnant. Personne n’osa l’interroger sur l’extravagance de la dernière scène du film, qui demeure à ce jour parfaitement incompréhensible.

Sortie prévue en janvier 2013. Chronique à venir.

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Un tantinet en mode feignasse, je décide de surseoir à mon passage au Forum des images où j’avais prévu de voir In the face of demolition de Lee Tit et m’affale à nouveau dans la salle 11 pour la première projection de Ah Yin d’Allen Fong, ce qui me permettra, perfide que je suis, de profiter itou de son premier film Father and son qui repasse demain et sur lequel j’avais fait une croix, la mort dans l’âme. On se fait plaisir comme l’on peut.

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© HKFA

21h. Ah Ying de Allen Fong_1983
avec Hui So-ying, Peter Wang et Cheng Chi-hung

Ah Ying (Hui So-ying, source d’inspiration pour le personnage qu’elle interprète et résolument magique) est la troisième fille quelque peu malmenée d’une famille nombreuse. Ses amours sont au point mort ; quant à ses parents — mère surchargée, père alcoolique —, ils ont d’ores et déjà décidé de son avenir. La jeune femme écoute David Bowie et Brian Eno et, rêveuse hors pair, ne souhaite rien tant que devenir actrice.

Dotée d’une force de caractère peu commune, Ah Ying va réussir à bénéficier de cours de théâtre où sa franche candeur (A l’argent ou la gloire après lesquels soupirent ses camarades de classe, elle préfère l’affirmation de soi) et ses aptitudes vont séduire — en tout bien tout honneur — l’enseignant, Cheung (Peter Wang, co-scénariste du film, metteur en scène, et accessoirement, professeur de théâtre de Hui So-ying, interprète de Ah Ying… vous suivez ?), réalisateur en vue, de retour d’Amérique avec un projet sous le bras fort ardu à financer.

Cheung, travaillé par l’histoire et la mémoire, prépare un documentaire sur Hong Kong et ses habitants. Aussi va-t-il s’intéresser à Ah Ying quand elle lui confie vouloir échapper à sa condition de vendeuse de poissons. L’idée lui vient d’en faire l’héroïne d’un segment de son grand œuvre, tout en l’impliquant dans le projet comme collaboratrice, tout à la fois sujet, actrice et mine de renseignements. Il est amusant de constater que Cheung suit les mêmes traces qu’a auparavant empruntées Allen Fong lors de ses repérages, lorsqu’il va sur le terrain enquêter sur la réalité sociale dans laquelle se morfond son élève. Mais il est souvent malaisé de faire la part des choses entre l’objet que l’on étudie et la créature que l’on filme.

Et c’est ainsi qu’insidieusement, nous ne savons plus si nous sommes toujours dans l’aventure improvisée par Allen Fong qui voit naître une amitié amoureuse que Cheung (Relativement désillusionné par ses échecs successifs auprès de potentiels producteurs, il se permettra même un parallèle entre sa jambe folle et la carcasse de la voiture antédiluvienne qu’il conduit établissant d’emblée que leur différence d’âge est pour lui une barrière infranchissable) crèvera dans l’œuf en repartant aux États-Unis pour raison de santé — non sans avoir offert à Ah Ying en guise de cadeau d’adieu l’occasion de briller sur scène à ses côtés — ou si nous assistons à une projection du documentaire réalisé par Cheung.

Tout au plus, espérons-nous — perdus que nous sommes entre la fiction et le réel — après avoir suivie notre battante dans diverses démarches puis l’avoir retrouvée derrière son étal, écaillant et vidant les poissons avec dextérité (ces images familières semblent répondre à la scène qui ouvre le film, tournée sous un angle sensiblement différent… mais encore faudrait-il revoir Ah Ying pour en être convaincu), qu’il ne s’agisse bien que de l’histoire gigogne concoctée par Allen Fong et non d’un retour à la plus triste des réalités.

Nonobstant, Ah Ying est avant tout une œuvre qui se ressent plus qu’elle ne s’explique. D’un charme évanescent mais d’une intelligence redoutable, le second film d’Allen Fong repousse les limites de sa méthode et ce, jusqu’au vertige.

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J’essaie de gratter quelque peu sur mon journal de bord et me rends compte, mais un peu tard, qu’il m’est impossible de ne pondre que 3/4 lignes sur les films que j’ai vus. Je commence à craindre fortement avoir présumé de mes forces (et surtout de mon esprit de synthèse résolument défaillant).

A suivre…

Si vous avez raté le début

  • Avant première de Holy Motors de Léos Carax
  • Teaser
  • Jour 1 — vendredi 29 juin 2012 — avec Jeff Mills, André Sauvage & Herman Yau
  • Jour 2, Part 1 — samedi 30 juin 2012 — avec Roman Cheung, Nam Nai-choi, Herman Yau & Chin Man-kei
  • Jour 2, Part 2 — samedi 30 juin 2012 — avec Ann Hui, Yuen Wo Ping, Wu Ma, Miguel Gomes & Yeun Sang-ho
  • Jour 3 — dimanche 1er juillet 2012 — avec Ann Hui, Clara Law, Ringo Lam, Bence Fliegauf & Khavn de la Cruz
  • Jour 4 — lundi 2 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Michael Hui, Yang Yong-hi, Tom Shu-yu Lin & Yim Ho
  • Jour 5 — mardi 3 juillet 2012 — avec Raoul Ruiz, Kim Nguyen & Julia Murat
  • Jour 6, Part 1 — mercredi 4 juillet 2012 — avec Wu Ma & Kirk Wong
  • Jour 6, Part 2  — mercredi 4 juillet 2012 — avec Patrick Lung-Kong, Peter Wai-Chuen Yung & Allen Fong

Et le palmarès du Festival Paris Cinéma 2012

Festival Paris Cinéma [01/07/12 — Journal de bord 3] : Ann Hui, Clara Law, Ringo Lam, Bence Fliegauf & Khavn de la Cruz

Dans Ann Hui, Bence Fliegauf, Cinéma, Clara Law, Compétition, Festival, Festival Paris Cinéma, Hong Kong, Khavn de la Cruz, MK2 Bibliothèque, Ringo Lam, StrictoPerso, TV le 14/07/2012 à 16:39

© FredMJG

Focus Ann Hui à l’honneur le jour du philippin fou.

Grosse journée en perspective. J’essaie de ne pas me retrouver sur les rotules en me levant folle que je suis une heure plus tôt que nécessaire. Petit mémo à mon bonnet : ne jamais oublier de vérifier 1/ le jour que l’on est 2/ le programme établi.

Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, je continue avec le plus grand plaisir de découvrir la filmographie d’Ann Hui, revois un Ringo Lam et découvre, après avoir fait mon devoir, l’aberrant univers de Khavn de la Cruz. Un bon jour en somme.

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© TVB

9h15.  Social Worker: Ah Sze de Ann Hui_1976
avec Cecilia Wong Hang-say, Ng Wai-kwok, Ng Mang-tat et Damian Lau Chun-ya

Sur un sujet délicat — soit la prostitution de très jeunes émigrées clandestines — Ann Hui réussit un merveilleux portrait de femme.

Avec Ah Sze, tendron de 14 printemps débarquée illégalement à Macao et délibérément ignorée par une sœur ainée débordée de marmaille, la réalisatrice poursuit son exploration du monde parallèle d’un Hong Kong qui broie sans états d’âme ceux qui viennent s’y égarer.

En pleine détresse, Ah Sze tombe bientôt entre les mains d’un proxénète qui a tout d’abord revêtu le masque de l’entraide. Dès lors, plus rien ni personne ne pourra la sauver, et certes pas l’homme avec qui elle essaie de se reconstruire peu à peu au prix d’efforts que le malheureux détruit compulsivement au gré de ses shoots fréquents. Quoiqu’elle ne se pose jamais en victime, Ah Sze, mystérieuse et butée, semble mue par une certaine obstination à gâcher sa vie.

Ann Hui accompagne sur plusieurs années et avec tendresse son héroïne perdue, tout en décrivant scrupuleusement les obstacles qui — comme une malédiction — se dressent devant elle, de ses anciens clients à son amoureux velléitaire, de l’opinion publique à ses beaux-parents bien peu charitables qui la jugent quotidiennement. L’inéluctable se produit alors.

La jeune Cecilia Wong Hang-sau est étonnante de justesse dans le rôle d’Ah Sze et c’est le cœur serré qu’on l’abandonne au gâchis de son existence.

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© TVB

9h15. ICAC: A Man de Ann Hui_1977
avec Damian Lau Chun-yan, Kwan Chung, Wai Lit et Carol Cheng Yu-ling

Corruption ou délation, même combat. Un jeune policier naïf — interprété par Damian Lau Chun-yan qui sera en 1979 le héros de La dernière chevalerie de John Woo — nouvellement promu se retrouve dès son arrivée contraint de fermer les yeux devant les activités parallèles de ses collègues qui perçoivent ainsi double salaire en faisant payer chèrement aux contrevenants leur "protection".

Pris entre deux feux, le choix cornélien qui s’offre à lui n’est guère enviable : rester loyal envers son corps de métier et ses supérieurs tout aussi pourris que le petit personnel et ainsi rompre avec ses principes moraux ou dénoncer sans trop d’états d’âme à l’ICAC — soit l’Independant Commission Against Corruption créée en 1974 qui fait la fierté du régime de Hong Kong — toute la brigade qui sombrera corps et biens, au risque de perdre sa dignité et, accessoirement, ses amours.

Le drame est exposé sans fard, ni langue de bois, le délateur étant illico mis au banc des accusés pour insoumission au groupe. Le voilà brusquement déconsidéré, jaugé et sommé de s’expliquer sur sa vie privée, ses choix personnels et son passé.

Avec A man, Ann Hui s’attaque sans ambages à la plaie hongkongaise, soit la corruption qui gangrène jusqu’aux plus hautes sphères de la justice. Il n’est donc guère étonnant que ce portrait d’un "pur" ait été interdit d’antenne pendant plus de 20 ans, tant il est vrai que le monde sans foi ni loi, mais sous couverture policière, qu’il décrit est en contradiction totale avec les déclarations triomphantes gouvernementales.

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© Hong Kong Film Archive

11h15. The spooky bunch de Ann Hui_1980
avec Josephine Siao, Kenny Bee, Kwan Chung, Lau Hark-suen et Tina Liu

Entre traditions, revenants et autres superstitions de la vie moderne, The spooky bunch est un film radical, empreint de mysticisme mais totalement désopilant.

Une troupe d’opéra cantonais débarque sur une île et y sème la zizanie dès lors qu’un vieillard patelin jette son dévolu sur l’une des charmantes actrices interprétée par la délicieuse et mutine Josephine Siao. Il ne cherche cependant pas à en faire sa concubine mais bien l’honnête épouse de son neveu dans le seul but de contrer une malédiction ancestrale.

Fatalitas ! Les spectres ne l’entendent pas de la même oreille — bien que le spectacle soit magnifique et respectueux des traditions du folklore chinois — et mettent tout en œuvre pour empêcher cette union, meurtres sanglants à l’appui. On sursaute donc beaucoup, quasiment autant que les crédules acteurs qui ne cessent de croiser des trépassés au détour des couloirs (rires).

Le mélange jouissif d’horreur et de bonhomie — certains seconds rôles surjouent avec bonheur — fait de The spooky bunch un film à découvrir. Toutefois, que l’on ne s’y trompe pas, malgré la folie ambiante — que ce soit sur scène car les pièces qui y sont jouées pullulent d’apparitions fantasmatiques ou dans les coulisses où les quiproquos sont rois — les hilarantes scènes abracadabrantesques n’empêchent pas qu’un profond désespoir parcourt tout le film, les fantômes étant parfois foncièrement récalcitrants à accepter leur condition de décédé et à renoncer en conséquence à hanter les vivants et les laisser s’aimer en paix.

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© Hong Kong Film Archive

13h15. Story of Woo Viet/Woo Yuet dik goo si de Ann Hui_1981
avec Chow Yun-fat, Cherie Chung, Cora Miao et Lo Lieh

La jeunesse du "Killer". Ann Hui, avec Story of Woo Viet — sélectionné en 1982 pour La quinzaine des réalisateurs —, s’attache une nouvelle fois au pas de réfugiés vietnamiens condamnés à subir, à leurs espoirs défendant, un funeste destin.

C’est un juvénile mais déjà charismatique Chow Yun Fat que l’on retrouve ici dans le rôle d’un migrant qui tente de rejoindre Hong Kong sur une embarcation de fortune, puis les Etats Unis où il pourrait définitivement oublier son passé guerrier. Mais on ne peut échapper à sa destinée semble nous dire encore et toujours la réalisatrice qui nous prouve encore une fois que, quelque soit les désirs de renaissance ou de rédemption qui animent ses héros, cette chienne de vie se fait fort de les solder sans faillir par un irrémédiable gâchis.

A l’image du nourrisson décédé sur le bateau que sa mère laisse partir au fil de l’eau répondra bientôt celle du faux passeport que Woo brûle sur le sol philippin où les clandestins ont fait escale et dont les bas-fonds peuvent en remontrer dans la crasse et la malignité à sa voisine chinoise.

Pour avoir refusé de fermer les yeux sur un trafic d’esclaves et volé au secours d’une jeune femme vendue par d’ignominieux passeurs à un cruel proxénète, voilà notre preux qui accepte un marché de dupes : devenir l’homme de main de la crapule en échange des faveurs de la dame qui lui est offerte sur un plateau (et qui, par ailleurs, ne semble pas y trouver à redire).

Un tueur chevaleresque au regard mélancolique, l’amitié virile, les amours contrariés, la sauvagerie qui parcourt maintes fois le film jusqu’à l’explosif gunfight final, tout concoure à faire de Story of Woo Viet comme un étrange prequel de The killer de John Woo. Toutefois, Ann Hui excelle tout autant dans la chorégraphie de la violence — filmée sans glamour — que dans la description de puissants personnages féminins — faiblesse que l’on peut souvent reprocher aux films de Woo —. Deux femmes énamourées se disputent notre tragique héros, une amie (Cora Miao) qui le garderait bien près d’elle à Hong Kong alors qu’il ne rêve que d’Amérique et la jeune réfugiée (Cherie Chung) pour laquelle il abandonnera son honneur et ses rêves de liberté.

Story of Woo Viet est donc une excellente surprise qui donne encore plus envie de découvrir toute la filmographie de cette réalisatrice d’exception, manifestement aussi à l’aise dans le drame que dans le thriller pur et dur.

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© Fortissimo Films

15h. Autumn Moon de Clara Law_1992
avec Masatoshi Nagase, Li Pui-wai, Choi Siu-wan et Maki Kiuchi

Existentialisme à Hong Kong. A l’orée de la rétrocession de la ville à la Chine, Wai — l’impertinente à couettes Li Pui-wai —, adolescente de quinze ans plutôt délurée qui s’apprête à émigrer avec ses parents au Canada, croise sur un pont Tokio — l’impayable Masatoshi Nagas, héros du Mystery train de Jim Jarmusch_1989 —, fumeur invétéré du genre poseur, qui pêche dans la baie pour s’offrir une contenance.

Tokio, le touriste, n’a rien vu à Hong Kong si ce n’est l’abime de sa propre inutilité, Wai s’interroge anxieusement sur son avenir loin de sa ville. Tokio multiplie les aventures purement sexuelles, sa préférence allant à la sœur d’une ancienne maitresse rencontrée fortuitement, Wai va peut-être franchir le pas avec un camarade d’école. Ces deux là que tout oppose vont finir par se comprendre et s’offrir une parenthèse enchantée dans leur vie somme toute bien banale.

En définitive, Autumn moon se révèle être un joli petit film mélancolique et plutôt bavard où pointe cependant une grâce subtile.

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© Mei Ah Entertainment Group Ltd

17h10.  Full alert de Ringo Lam_1997
avec Lau Ching-wan, Francis Ng, Jack Kao et Amanda Lee

Polar d’une violence extrême — on n’hésite guère à y tuer les femmes ou à y menacer les bambins —, Full alert de Ringo Lam, réalisé l’année de la rétrocession de la colonie britannique à la Chine, s’embarrasse non seulement de psychologie — les adversaires en présence semblent être d’ores et déjà à bout de forces alors que le film débute à peine — mais entraine les spectateurs dans les labyrinthes crasseux d’un Hong Kong devenu irrémédiablement hystérique.

Grâce à ses deux stars charismatiques — Liau Ching-wan (cinglé favori de Johnnie To) et Francis Ng (généralement moins flamboyant chez le même To) — qui se livrent un combat sans merci mais pourraient parfaitement échanger leurs rôles tant leurs personnages de flic intraitable* et de malfrat quelque peu psychopathe en proie aux doutes et à la culpabilité se répondent et se complètent — Full alert nous entraine dans une enquête haletante, pleine de bruit et de fureur, qui s’offre en guise d’épilogue un bain de sang doublé d’une apocalyptique déclaration d’amour.

Full alert demeure à ce jour un des plus grands polars hongkongais, d’une sauvagerie inouïe quoique sans complaisance. Et sur grand écran, y a pas photo, ça charcle grave.

* Témoin cette scène où notre poulet furieux s’immerge jusqu’aux coudes dans d’immondes poubelles encombrant une sombre ruelle pour y retrouver son arme, puis repart à la poursuite de la vermine qu’il s’est juré d’exterminer sans se soucier d’éventuels dommages collatéraux

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© Match Factory

19h. Just the wind//Csak a szél de Bence Fliegauf_2012
avec Lajos Sárkány, Katalin Toldi, Gyöngyi Lendvai et György Toldi

3ème film de la compétition internationale.

La chronique arrivera peut-être en fin de mois.

Puisque désormais, vous connaissez le palmarès, il n’y a plus de raison que je vous cache certaines choses. Nous nous sommes précipitamment enfuies dans le noir sans attendre le réalisateur qui arrivait de pied ferme pour un Q&A avec le public, n’ayant guère l’envie de l’écouter se justifier et d’augmenter ainsi le degré de souffrance que nous a causé son film qui fera l’unanimité contre lui dès le début des délibérations.

Mes collègues sont parties se restaurer et quant à moi, ayant prévu de voir un film philippin qui promettait d’être surprenant, j’ai singulièrement ressenti le besoin de me changer quelque peu les idées avant une nouvelle projection et d’effacer tous souvenirs indélicats de ma mémoire. Pour les impatients qui souhaitent lire plus avant sur cette chose, Chris — qui avait d’ores et déjà vu le film à Berlin où le jury présidé par Mike Leigh (sans doute ivre) lui a offert l’Ours d’argent — l’a quelque peu assassiné sur Accréds.

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Pour une fois qui n’est guère coutume donc, je fausse compagnie à mes collègues pour profiter pleinement d’un film qui m’intrigue. Je n’irai voir le 4ème long métrage en compétition — Our homeland de Yang Yong-hi — que demain avec les absents d’aujourd’hui.

D’ailleurs, pour être honnête, deux films à "juger" le même jour, c’est un poil too much. A moins que je n’en rêve comme cela m’est arrivé ces derniers jours avec Holy motors ou Tabou, j’ai grandement besoin de "digérer" le film que je vois avant de pouvoir émettre une opinion personnelle objective et opposer des arguments valables à d’éventuels contradicteurs.

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© Rapid Eye Movies

21h15. Mondomanila or how I fixed my hair after a rather long journey de Khavn de la Cruz_2012
avec Tim Mabalot, Marife Necesito, Palito, Alex Tiglao, Stefan Punongbayan, Jonathan Reyes, Whitney Tyson et Tony Hunt

Le freaks, c’est chic. Comédie musicale punk et trash parfaitement déjantée, Mondomanila ne faillit pas à la réputation de son metteur en scène, le prolifique (28 longs métrages et autant de courts à son actif) Khavn de la Cruz qui a déjà commis trois autres films depuis. Le réalisateur, fort hype en sa contrée, est venu dévoiler quelques secrets de fabrication avec un enthousiasme communicatif et s’est avant tout présenté comme poète et musicien*.

Adapté — fort librement sans nul doute, mais il reste à découvrir le bouquin — d’un roman de Norman Wilwayco, Mondomanila réussit là où Bence Fliegauf a échoué avec son Just the wind.

Car ce qui frappe avant tout dans ce gigantesque foutoir drolatique, introduit par un carnavalesque Monsieur Loyal, véritable empereur des gueux, fait d’intermèdes dansés au milieu des bidonvilles — en guise d’hallucination collective si l’on songe aux inondations survenues en 2011 dont quelques images télévisuelles ouvrent et closent le film, pour mémoire — et de collages criards selon la méthode du cut-up chère à William Burroughs, n’est pas tant l’humour ravageur qui parcourt le film en forme de happening que la totale empathie du metteur en scène avec ses personnages, aussi frappadingues ou monstrueux soient-ils.

Aucun jugement n’a droit de cité dans Mondomanila. Les jeunes gens, acteurs amateurs ou gamins des rues, qui peuplent le film ont droit chacun à toute notre considération. Qu’ils rappent, se cament, se prostituent ou flinguent à tout va, et même si Khavn de la Cruz n’hésite guère à les malmener, ils sont les chantres de la survie et témoignent d’une chienne d’existence — ni plus ni moins en réalité qu’une grotesque farce issue de l’imagination perverse d’un dieu bien cruel — qu’il faut embrasser avec toute l’énergie fulgurante de la jeunesse avant qu’elle ne vous crève.

* Pour en savoir plus, rendez-vous sur le non-site officiel (ou pas, car avec lui, rien ne semble jamais moins sûr que l’absurdité de la vie) du réalisateur : This is not a website by Khavn.

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Je rentre après cette vivifiante projection. Je suis sur les rotules. Heureusement, j’ai déjà vu The sword dans une minable copie. Je pourrais donc éventuellement continuer ma nuit en début d’après-midi si mes paupières se font trop lourdes.****

A suivre…

Si vous avez raté le début

  • Avant première de Holy Motors de Léos Carax
  • Teaser
  • Jour 1 — vendredi 29 juin 2012 — avec Jeff Mills, André Sauvage & Herman Yau
  • Jour 2, Part 1 — samedi 30 juin 2012 — avec Roman Cheung, Nam Nai-choi, Herman Yau & Chin Man-kei
  • Jour 2, Part 2 — samedi 30 juin 2012 — avec Ann Hui, Yuen Wo Ping, Wu Ma, Miguel Gomes & Yeun Sang-ho

Et le palmarès du Festival Paris Cinéma 2012

Festival Paris Cinéma [30/06/12 — Journal de bord 2. Part 2] : Ann Hui, Yuen Wo Ping, Wu Ma, Miguel Gomes & Yeun Sang-ho

Dans Ann Hui, Cinéma, Compétition, Festival, Festival Paris Cinéma, Hong Kong, Miguel Gomes, MK2 Bibliothèque, StrictoPerso, TV, Wu Ma, Yeun Sang-ho, Yuen Wo Ping le 08/07/2012 à 12:57

© FredMJG

Premiers devoirs.

Aujourd’hui, journée calme au MK2 bibliothèque.

Le seul événement d’importance de la journée — hormis le fait que les deux premiers films en compétition nous sont présentés dans la soirée — était de me lever assez tôt pour y être à 9h30 pour ne pas rater les programmes qu’Ann Hui a réalisé pour la télévision hong-kongaise en 1978 dans le cadre du cycle Below the lion rock.

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© Radio Télévision Hong Kong

09h30. Below the Lion Rock: The boy from Vietnam de Ann Hui_1978
avec Tsang Chuen-sing, Lee Kwok-tsung, David King et Alfred Cheung Kin-ting

The boy from Vietnam est à l’image de son juvénile héros qui ne sourit jamais mais interroge inlassablement les hommes sur leur folie.

Pas une once de gras dans ce téléfilm où avec un souci constant de documentariste Ann Hui — ancienne assistante de King Hu — suit un jeune garçon solitaire illégalement débarqué à Hong Kong dans l’espoir d’y retrouver de lointains membres de sa famille et qui se heurte d’emblée à la saloperie de son prochain.

Débrouillard, le gamin hanté par la guerre survit obstinément malgré les obstacles et son jeune âge se révèle bien vite un atout dont il va profiter.

La réalisatrice va droit à l’essentiel, sans pathos ajouté dans ce portrait bien sombre où la ville est décrite comme un éternel chausse trappes pour les exilés. On peut également y lire en filigrane une subtile critique de l’ingérence des Etats Unis, qu’il s’agisse de leur présence meurtrière au Vietnam, de l’impunité des assassins de prostitué(e)s en situation irrégulière ou de ce mystérieux rêve américain de liberté que caresse chaque jour leurs victimes d’autrefois et qui les mène à leur perte.

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© Radio Télévision Hong Kong

10h30. Below the Lion Rock: The bridge de Ann Hui_1978
avec Wong Sun, Shirley Huang Sa-lei, Tim Wilson, Cheung Ying, Nansun Shi, Jeremy Eccles, Lai Cheuk-cheuk et Lo Yuen

En dépit du sens commun, un pont pour piétons reliant un ensemble de logements sociaux (comprendre bidonville) à la ville va être détruit.

C’est sur ce mince argument qu’Ann Hui filme un brûlot politique* où tout le monde en prend pour son grade ; le journaliste étranger un poil naïf qui prend fait et cause pour les victimes de cette décision parfaitement arbitraire mais oublie que, bien qu’il s’exprime en cantonais, son implication peut être prise pour une ingérence inacceptable — cf. la scène où il donne une leçon d’éducation à une quidam qui vient de punir son enfant —, la fonctionnaire de l’état — qui finira par cueillir les fruits du travail d’un autre —, les politiciens corrompus, les activistes qui en rajoutent dans le joyeux bordel ambiant et les habitants eux-mêmes, souvent trop âpres au gain et en conséquence aisément manipulables.

Il faudra la mort (annoncée) d’un enfant pour qu’une solution immédiate soit trouvée avant que les cartes ne soient redistribuées et que les magouilles ne reprennent. Quant au chroniqueur, il apprendra, mais un peu tard, qu’à Hong Kong, le linge salle se lave en famille. Brutal.

* A noter que la diffusion de ce téléfilm, réalisé comme un reportage, se verra bloquée pendant de nombreux mois.

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© Park Circus Ltd./Sony Pictures

14h30. Drunken Master de Yuen Wo Ping_1978
avec Jackie Chan, Simon Yuen Siu-tin, Hwang Jang-lee et Dean Shek

Pif paf pouf ! Premier film du chorégraphe Yuen Wo Ping et hilarant biopic de la jeunesse aventureuse du révolutionnaire et maître en arts martiaux Wong Fei-Hung, Drunken master est un petit chef d’œuvre de la Kung Fu comedy où explose un Jackie Chan juvénile et doté d’un brushing aérodynamique. Pas un tif ne bouge malgré les coups, les bosses, les envolées ou les torsions auquel il soumet son corps d’une effarante élasticité.

Adolescent des plus turbulents et quelque peu hardi auprès de la gente féminine guère moins batailleuse que les mâles — sa tante a tôt fait de lui botter le cul pour lui apprendre la politesse —, Wong/Jackie est expédié derechef chez son oncle (le tout aussi excellent Simon Yuen Siu-tin), un hargneux définitivement alcoolique, pour y apprendre à la dure quelques rudiments de Kung fu qui lui permettront de combattre les malfaisants — et surtout un fameux assassin (Le formidable Hwang Jang Lee) à l’impassible visage orné d’une moustache à la Fu Manchu et coiffé à la Stone qui possède un coup de pied du tonnerre.

L’entraînement est à se tordre, notamment lorsqu’est décliné l’art martial propre à toute ménagerie qui se respecte [se reporter éventuellement aux 5 venins mortels de Chang Cheh pour les plus audacieux] et qu’enfin le roué tonton se décide à lui inculquer les secrets des huit immortels bourrés — dont une dame (indignation du garçon à l’idée de tortiller de la croupe mais il est à noter que la préciosité sied à merveille à l’acteur) —, soit un combat à mains nues, le muscle zen mais le foie et la raison bien attaqués par la liqueur, où tout combattant éméché se doit de jouer un maximum avec le corps de son adversaire jusqu’à le rendre dingo et donc, passablement faillible. Attention : anatomie caoutchouteuse de rigueur exigée.

Ce film est un bonheur. Point.

NB. Ceux qui souhaitent en apprendre plus sur le Zui Quan ou « boxe de l’homme ivre » trouveront une petite explication de texte ici.

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© Cathay-Keris Films

17h. Deaf mute heroine/Long ya jian de Wu Ma_1971
avec Helen Ma, Tang Ching, Shirley Wong, Yeung Wai et Wu Ma

Dernier combat. Un Wu xia pian dont l’héroïne — sourde et muette comme le précise le titre anglais mais également pas très catholique — rattrape les flèches de ses agresseurs avec les dents ou les mouches qui l’importunent à table entre deux baguettes ne peut pas être complètement raté [même si la copie présentée ici est plus que passable*].

Pas de héros ultime sans peur ni reproche, mais de superbes combats virevoltants et des poursuites effrénées, dans cette pelloche où le seul acte de courage est mû par l’amour irraisonné d’un jeune teinturier pour une voleuse de grand chemin — mais qui pourrait croire, même pour rire, qu’une guerrière vengeresse va se transformer en femme au foyer à l’ombre d’un demi-sel ? — et automatiquement châtié par un prompt décès.

Histoire de vauriennes — les deux femelles en présence sont létales — et de coupe-jarrets, Deaf mute héroïne nous en offre, entre romance contrariée et trahisons multiples, pour notre argent. Ça charcle, ça s’envole, ça tranche, ça bondit, ça expire dans de déchirants râles et l’épilogue, soit un fantastique face à face de deux anciens amants épéistes et revanchards, filmé en danse macabre dans un paysage désertique, nous fait regretter que le film n’ait pas connu de restauration, surtout que de temps à autre quelques rares plans, notamment sur la garde robe de la malfaisante de service, témoignent de sa splendeur d’antan.

* Aurélien, le spécialiste es-films hongkongais du Festival nous avait prévenu que les sous-titres anglais étaient réduits de moitié (mais l’on comprend très bien l’histoire sans avoir besoin de les déchiffrer) et les couleurs "passées" (euphémisme pour ne pas nous avouer que tout le film est ahem, rose).

Attention. Le film de Wu Ma sera projeté une seconde fois lundi 9 juillet à 21H au MK2 Bibliothèque.

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Et en avant toute pour les deux premiers films de la compétition, dont vous ne saurez strictement rien, devoir de réserve oblige.

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© Shellac

19h. Tabou/Tabu de Miguel Gomes_2012
avec Teresa Madruga, Laura Soveral, Ana Moreira, Henrique Espírito Santo, Carloto Cotta et Isabel Cardoso

Le réalisateur était présent pour un petit Q&A avec le public. Silence radio comme convenu, la chronique n’arrivera qu’à la fin du festival [Enfin, disons plutôt seconde quinzaine de juillet], après l’annonce du Prix des blogueurs et du web.

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© Indiestory Inc.

21h30. The king of pigs de Yeun Sang-ho_2011
avec les voix de Yang Ik-june, Oh Jeong-se, Kim Hye-na, Kim Kkobbi et Park Hee-von

Déjà visionné lors de la reprise de la Quinzaine des réalisateurs MAIS même punition que précédemment. Le réalisateur étant à Taïwan, il n’y a donc pas eu débat.

Et après une discussion animée sur le chemin du métro en compagnie de quelques collègues, je me suis laissée aller à aimer mon lit comme jamais.

A suivre…

Si vous avez raté le début

  • Avant première de Holy Motors de Léos Carax
  • Teaser
  • Jour 1 — vendredi 29 juin 2012 — avec Jeff Mills, André Sauvage & Herman Yau
  • Jour 2, Part 1 — samedi 30 juin 2012 — avec Roman Cheung, Nam Nai-choi, Herman Yau & Chin Man-kei

Et le palmarès du Festival Paris Cinéma 2012