FredMJG

Archives de la catégorie ‘Grande-Bretagne’

PYTHAGASAURUS de Peter Peake

Dans Animation, Cinéma, Court-métrage, Festival d'Annecy, Grande-Bretagne, Peter Peake le 27/06/2012 à 12:26

© Aardman Animations

Les lois de la nature.

Nul besoin d’être versé dans les mathématiques pour goûter tout le suc de cette petite friandise sortie des Studios Aardman.

Ig et Ug, deux british néanderthaliens un poil bas de la frange se trouvent fort dépourvus lorsqu’ils découvrent un beau matin* qu’un volcan a surgi près de leur hutte village.

Partis interroger un oracle (lire, un tyrannosaure féru de structures algébriques), ils apprennent à leurs dépens que les lois de la logique — tout comme celles de la nature — sont impénétrables et qu’on peut chasser le naturel à coup de fractions trigonométriques et n’en être pas moins bestial.

* sans nul doute le jour de la naissance d’Haroun Taziouff (private joke à l’attention de tous ceux ayant eu l’excellente idée d’aller voir Adieu Berthe, l’enterrement de mémé des frères Podalydès. Pour les autres, courrez-y.)

Court-métrage projeté dans le cadre de la carte blanche à Télérama lors de la reprise du palmarès du Festival d’Annecy 2012

Pythagasaurus de Peter Peake_2011
avec Bill Bailey (Ig), Martin Trenaman (Ug) et Simon Greenall

TOURISTES de Ben Wheatley [Quinzaine des Réalisateurs 2012]

Dans Cinéma, Festival de Cannes, Forum des Images, Grande-Bretagne, La Quinzaine des Réalisateurs, Thriller le 02/06/2012 à 18:40

© Wild Side Films/Le Pacte

La ballade sauvage.

La Grande Bretagne randonneuse est en danger. Tina (petite souris effacée qui rêve d’un autre maître que sa mère) et Chris (géant roux intolérant et bas du front se réinventant en grand écrivain-explorateur) ont eu le tort de se rencontrer et de se plaire. Tout à leur amour naissant — et à une entente sexuelle plus que cordiale —, ils s’offrent un semblant de lune de miel au grand dam de la terrifiante génitrice de Tina, d’ores et déjà persuadée des tendances psychotiques de sa fille (le clébard de la maison en a fait les frais lors d’un incident des plus facheux).

A l’occasion d’un meurtre prémédité ingénieusement travesti en accident de la route, ils vont rapidement se découvrir l’un l’autre tout en prenant radicalement conscience de leur véritable personnalité. Dès lors, exiger au vu de leur absence totale de principes moraux qu’ils fassent preuve de la plus élémentaire humanité tient de l’utopie.

D’un affreux cynisme qui pourra paraître éprouvant aux cœurs tendres (prévoir quelques scènes aussi gores qu’expéditives), Ben Wheatley — réalisateur du remarquable Kill List dont la sortie est prévue le 11 juillet prochain sur les écrans de France et de Navarre — et ses scénaristes, mus par une détonante causticité, procèdent dans une atmosphère délibérément menaçante et sans autre forme de procès à la démonstration d’un jeu de massacre de plus en plus annoncé.

Le film autopsie alors sans grande surprise, mais avec force gros plans rigolards, dialogues à l’emporte pièce et amoralité absolue, la ballade sauvage de notre charmant duo, non sans égratigner au passage la conscience de classe qui étreint encore l’âme de la perfide Albion.

Tout en nous entrainant dans d’improbables décors naturels qui rendent la campagne anglaise — dont il sublime l’inquiétante beauté — si délicieusement effrayante les nuits de pleine lune, Ben Wheatley perd ici ce qui nous captivait dans Kill list, œuvre bien plus subtile quoique tout aussi désopilante malgré l’horreur qui suintait doucereusement de chaque plan. Nulle empathie ne nous relie aux héros de Touristes. Uniquement un regard complice. Nous restons donc posément, en témoins privilégiés, sur le bas-côté [pas trop près de la route cependant, conseil amical] à observer les activités de nos deux maniaques épinglés dans leur folie comme de sales petits insectes avec lesquels nous ne risquons pas de nous identifier. Leur lente plongée dans la sauvagerie — si elle nous titille généreusement la rate — ne nous émeut guère ; la faute sans doute à des personnages, voire des situations, par trop caricaturaux (le pollueur, le randonneur pédant, le donneur de leçons, etc.).

Quand l’aventure caravanière se clôt sur une pirouette subodorée depuis un moment, ne demeure que la frustration.

Car si le vertige parfois nous emporte c’est essentiellement grâce au malaise généreusement distillé par les deux acteurs — soit les co-scénaristes du film, Alice Low et Steve Oram — qui s’en donnent à cœur et corps joie en se soumettant aux démons intérieurs de ce couple qui se vaut bien, tant l’un fait tout pour rattraper l’autre. Sans compter que sous ses dehors de blague de potache, Touristes offre un point de vue sur l’humanité proprement apocalyptique, et au final adroitement misogyne, la femme étant au pire une mère possessive, au mieux une amoureuse vampirique qui ne pardonne aucun écart.

NB. Pour continuer de rire un peu, il est bon de noter que les héros canins du film, nous rappelant à leurs poils défendant l’amour immodéré que nos voisins anglais portent à la gente animale, ont reçu la Palm dog 2012.

Film projeté dans le cadre de la Reprise de la Quinzaine des réalisateurs 2012 au Forum des Images. Sortie nationale prévue en décembre 2012.

© Wild Side Films/Le Pacte

Touristes/Sightseers de Ben Wheatley_2012
avec Alice Lowe et Steve Oram

Hitch for free

Dans Cinéma, Grande-Bretagne, Sites Web, Thriller le 20/02/2012 à 10:54

© DR

Pour celles et ceux qui ne goûtent guère Twitter & Facebook où cette information a déjà filtré et pour tous les cinéphiles qui ne mégotent pas quand il s’agit de mater un film sur un ordinateur, le site Open Culture a répertorié une vingtaine d’œuvres d’Alfred Hitchcock tombées dans le domaine public à découvrir ou à revoir en toute gratuité.

Vous y trouverez des classiques de sa période britannique comme Les 39 marches, la première version de L’homme qui en savait trop, Foreign correspondent mais également L’auberge de la Jamaïque ou Spellbound, tout autant que des films muets comme The lodger ou The manxman.

Par contre, ne fantasmez pas, malgré le superbe portrait* qui prélude à ce post, ni Vertigo ni Fenêtre sur cour ne figurent sur la liste. Nonobstant, une curiosité : Waltzes From Vienna, qu’Hitchcock lui-même désavoua lors de ses entretiens avec François Truffaut, est visible sur la toile.

Et si tout cela ne suffisait pas, les plus acharnés d’entre vous pourront aller jeter un oeil connaisseur sur le répertoire de films libres de droits répertoriés par le site, soit, pour le moment, près de 450 ce qui laisse augurer quelques belles soirées en perspective. Nul doute notamment que le taulier d’Inisfree sera ravi d’aller y découvrir quelques bonnes (?) vieilles pelloches tournées par son idole et que ce cher Nightswimming exilé en sa campagne trouvera de quoi agréablement s’occuper.

A consulter :

Source : @openculture

* Si quelqu’un a des infos sur le photographe à créditer, je prends. Merci.

WE NEED TO TALK ABOUT KEVIN de Lynne Ramsay

Dans Avant-première, Cinéma, Drame, Forum des Images, Grande-Bretagne, Lynne Ramsay, Positif le 26/09/2011 à 10:14

 

© Diaphana Distribution

Enfant d’Eve.

Il aurait été follement judicieux qu’Eva (Tilda Swinton, impériale en desperate housewife qui ne reconnaît pas le fruit de ses entrailles) prénomme son chérubin non désiré Damien en lieu et place de Kevin car ce damné lardon est une vraie malédiction.

Pourtant Kevin n’est pas le fils caché du diable mais bien le rejeton quelque peu insolent d’un couple d’américains moyens : mère au foyer ayant abandonné toutes velléités de carrière depuis la mise au monde d’un enfant rien moins que désiré et père — l’excellent John C. Reilly lui prête sa bonne bouille de poupon prématurément vieilli — souvent absent, un poil laxiste et foncièrement aveugle qui tient tant à la tranquillité de son foyer qu’il prend ironiquement pour une éternelle dépression post-partum les émois de son épouse quant à la nature diabolique de leur fiston qui, sous le déguisement de Robin des Bois, la prend si malicieusement pour cible.

Faut-il tant d’amour désintéressé et de bonne volonté à cette sainte pour supporter ce maudit petit chieur — à prendre au sens propre (rires) — ? D’ailleurs, Eva ne noircit-elle pas sciemment le portrait de son têtard ? Qu’elle soit ravagée par la culpabilité d’avoir mis au monde un psychopathe, ou pour éventuellement se dédouaner de lui avoir donné une si mauvaise éducation, peu importe. Le mystère reste entier et ce n’est pas la moindre des qualités de ce drame familial virant subrepticement au récit d’horreur absolue.

Dès le début, Lynne Ramsey annonce la couleur. Elle sera écarlate. Qu’il s’agisse de la boue de laquelle se libère triomphalement dans ses cauchemars une Eva esseulée et agoraphobe, de la peinture qui macule les murs de sa nouvelle résidence souillés par des mains anonymes et vengeresses ou du sang versé par le fils tant redouté (la réalisatrice aura la décence de nous épargner le massacre), le rouge est définitivement mis sur cette haine passionnelle liant une mère à son enfant.

Pour un peu, l’on pourrait croire que ce film effarant est un appel à l’infanticide, le "sweet little boy" à son papa développant au cours des années des trésors d’imagination pour pourrir obstinément l’existence de sa génitrice. Qui n’aura de cesse de rechercher une explication logique à un geste somme toute devenu fort banal en ces merveilleuses banlieues américaines déshumanisées.

Et le chenapan d’avoir enfin toute son attention alors que depuis sa naissance, n’ayant pu vraisemblablement crever sa mère en couches, il a entamé avec elle un pas de deux pervers sans issue, sinon l’anéantissement des deux camps.

Après quelques fous rires nerveux devant les machinations du méchant petit diable pour endormir le papa gâteau et torturer la maman martyr, on se dit qu’au pire Eva aurait pu balancer le bambin avec l’eau de son bain, au mieux le coller dans une institution spécialisée qui se serait chargée d’inculquer un peu de bienséance à ce fripon qui joue admirablement à l’autiste mais n’en oublie pas de tourmenter à loisir celle qui n’a finalement eu que le tort de le faire naitre.

La (première) maternité selon Lynne Ramsay n’est manifestement pas une partie de plaisir, pour peu qu’elle n’ait pas été délibérément souhaitée. Son film peut également être décrypté comme un scanner de la psyché d’une mère ayant enfanté trop tôt et hantée par la généreuse idée de devoir être parfaite. Mais les enfants le sont-ils jamais ?

La réalisatrice prend soin de ne s’attacher qu’aux souvenirs (aux fantasmes ?) de sa tragique héroïne et passe ainsi de flashbacks somnambuliques à la violence de l’ostracisme qui régit désormais sa vie par des ruptures de ton aussi brusques que déstabilisantes. De là, parfois, une narration d’une trop grande prévisibilité qui peut prêter à sourire.

Cette immense tige — qui plie souvent mais ne rompt pas — équilibriste de Tilda Swinton semble constamment tanguer entre paranoïa et dépression, toujours prête à chuter. Son jeu fin et racé en devient un objet de fascination qui nous éloigne de temps à autre du sujet. Face à elle, Ezra Miller (qui a déjà sévi dans Afterschool d’Antonio Campos_2008) ne démérite pas en petite vermine au visage d’ange déchu.

Pour conclure, We need to talk about Kevin est un excellent film d’épouvante à conseiller à toutes celles qui souhaitent (ou pas) devenir mère. Pour y réfléchir à deux fois et prendre leur décision l’esprit serein et en toute connaissance de cause. On n’a jamais que les enfants que l’on mérite. Foi d’Eva.

PS. Film projeté dans le cadre de l’avant-première Positif au Forum des images.

© Diaphana Distribution

We need to talk about Kevin de Lynne Ramsay_2010
avec Tilda Swinton, John C. Reilly, Ezra Miller, Jasper Newell, Rock Duer, Ashley Gerasimovich, Alex Manette, Kenneth Franklin, Paul Diomede et Mark Elliot Wilson

 

KILL LIST de Ben Wheatley [L'Étrange Festival 2011]

Dans Avant-première, Ben Wheatley, Fantastique, Forum des Images, Grande-Bretagne, L'Etrange Festival, Thriller le 08/09/2011 à 14:00

© Wild Side Films / Le Pacte

A chacun son dû.

Kill list, deuxième long métrage de Ben Wheatley, est de ces films qu’il vaut mieux découvrir vierge de toute information. Une seconde vision sera par contre tout à fait judicieuse pour une meilleure appréhension des petits indices que le réalisateur, débordant de talent et d’humour noir, n’aura pas manqué de semer pour attirer dans son piège les petits poucets que nous sommes.

Dès le début du film, nous cheminons — ou du moins le croyons-nous — en terrain connu. Soit, le drame social dans les classes moyennes tant prisé en Grande Bretagne, et désormais contaminé par les dramatiques conséquences des sales guerres du XXe siècle auxquelles le pays a participé et sacrifié tant de jeunes soldats.

Jay est de cette trempe. On devine sans peine sous le masque de l’époux querelleur et du bon père un tantinet à côté de ses pompes l’ex-soldat souffrant de stress post-traumatique. De par son physique passe-partout et son jeu ardent, l’excellent Neil Maskell évoque aisément une version juvénile du héros brisé de Route Irish de Ken Loach.

Parce qu’il a oublié d’acheter du PQ et a rapporté à la place de quoi imbiber toute l’Angleterre alors que l’argent ne rentre plus (pour cause, une dernière mission vraisemblablement foireuse a laissé la psyché de l’homme sur le carreau), une scène de ménage éclate sous l’œil inquiet de leur unique enfant. Suivie d’une accalmie lors du débarquement du meilleur pote de Jay, Gal (Michael Smiley, le bien nommé) flanquée d’une petite amie fichtrement inquiétante. L’alcool aidant, les dés sont jetés, les rapports vont alors osciller entre beuveries et rigolades hystériques entrecoupées de colères soudaines et de bagarres homériques. Sans conséquence aucune semble-t-il sur les véritables sentiments que les personnages nourrissent les uns pour les autres : Jay ne souhaite rien tant que de pourvoir aux besoins de sa famille, lui et Gal sont d’indécrottables frères d’arme à l’amitié indéfectible.

Et tandis que l’invitée trace des signes cabalistiques au revers des miroirs, Jay se laisse convaincre par Gal d’accepter un nouveau contrat fort juteux pour les tueurs à gages qu’ils sont devenus. Et de révéler ainsi son visage en temps de paix, celui d’une implacable machine à tuer dont la violence va aller crescendo jusqu’au point de non retour.

Il flotte comme un bon vieux parfum de la Hammer dès lors que les deux mondes — le familial, campagnard et apaisant, le professionnel, nocturne et menaçant — de Jay s’interpénètrent l’un l’autre… parfois avec humour. Ne va-t-il pas sous les yeux effarés de son épouse se préparer une fricassée de la carcasse de lapin découverte dans son jardin et qu’il pense abandonnée là par son chasseur de matou. Par ailleurs, ses cicatrices (son nouvel employeur — terrifiant Struan Rodger — lui a fait signer son CDD de son sang) ne se referment pas, ses victimes remercient leur bourreau (âmes sensibles s’abstenir, Jay jouant du marteau en parfait petit bricoleur du dimanche) de venir leur ôter leur misérable vie. Ce qui paraît être une opération de nettoyage de la lie de la société (pédophiles, pourvoyeurs de vidéos pornos) vire sensiblement, au gré de son comportement erratique, à un dessein plus universel.

Sur une musique originale signée Jim Williams, Ben Wheatley signe un implacable thriller d’une grande beauté formelle (notons notamment une poursuite haletante dans des galeries souterraines), doublé d’une réflexion sur l’impossible réinsertion des soldats dans l’inquiétante banalité du quotidien.

L’ultime scène en décevra sans doute certains mais elle n’est que l’aboutissement vers lequel tend toute l’histoire. Quand on signe avec le diable, il n’est guère surprenant que ce dernier vienne se repaitre de sa récompense.

A NOTER. Kill list bénéficie d’une deuxième projection à L’Etrange Festival  jeudi 8 septembre en fin de soirée (et malheureusement, face à Rundskop de Michael R. Roskam, révélation du festival. Le choix est donc cornélien).

© Rook Films

Kill List de Ben Wheatley_2011
avec Neil Maskell, Myanna Buring, Harry Simpson, Michael Smiley, Emma Fryer, Struan Rodger, Mark Kempner et Damien Thomas

© Rook Films

ROUTE IRISH de Ken Loach

Dans Cinéma, Drame, Grande-Bretagne, Ken Loach le 23/03/2011 à 11:22

© Diaphana Distribution

Zone grise.

Fergus est un triste sire. Doublé d’un teigneux sur lequel on ne peut compter. Du genre à se bourrer consciencieusement la gueule (qu’il tire en permanence) et à se bastonner ensuite avec les bobbies de sa majesté. Résultat des courses : garde à vue, procès en suspens et interdiction de sortie du territoire. Enfin, ça n’est pas la mort non plus. Tout du moins, pas la sienne.

Car son pote Frankie (auquel John Bishop insuffle une charge si sympathique qu’il rend sa disparition encore plus insupportable) qui l’a appelé plusieurs fois à l’aide sans l’obtenir — et pour cause — est bien raide, lui, et en de si nombreux morceaux que le cercueil est présenté fermé en signe de respect pour ses proches (Les corps éventrés et ensanglantés, c’est bon pour les infos, pas dans l’intimité).

Il y a de meilleures façons de rentrer de mission. Mais Frankie n’était pas soldat. Enfin, disons qu’il ne l’était plus. Ce n’est donc pas pour défendre la veuve et l’orphelin ou pourfendre la dictature, voire assurer le plein d’essence des 4×4 qu’il s’est retrouvé à Bagdad. Frankie était un agent de sécurité, embauché par une de ces compagnies privées qui font leur beurre des conflits dans le monde.

Et s’il convoyait "des paquets" jour après jour sur cette fameuse route Irish, la plus dangereuse de toutes, c’est un peu grâce à Fergus, son alter ego, son compagnon de beuverie, son âme damnée, son frère de lait avec qui il partageait tout — sauf sa régulière — et qui lui avait fait entrevoir la possibilité d’éviter d’aller pointer au chômage ou de se tuer toute une vie au travail en échange d’un salaire de misère.

Ken Loach, manifestement, n’a pas souhaité traiter de la sale guerre en Irak en s’attachant aux soldats gracieusement prêtés à l’empire américain par Tony Blair et consorts. Il préfère plutôt évoquer toutes les contradictions et les effets secondaires que peut avoir un conflit interminable et quelque peu hors-la-loi sur la psyché d’une société d’ores et déjà bien mal en point.

Lorsque Fergus a décidé de devenir auto-entrepreneur à Bagdad, c’était l’avouera-t-il à la veuve (Andrea Lowe, dans un rôle ingrat un poil convenu) de son ami, "pour en croquer aussi", s’assurer une belle retraite, en encaissant des sommes astronomiques exemptes de tout impôt. Fergus est-il un brave type un peu naïf ou un salaud de la même espèce que le patron de Frankie qui s’est chargé d’élever son mercenaire au rang de martyr lors d’une superbe oraison funèbre ? La question pourrait se poser si Fergus n’avait payé le prix fort pour son éventuel cynisme*.

Il n’est qu’à voir le vide absolu de son existence depuis qu’il est rentré à Liverpool s’occuper méticuleusement de sa future cirrhose. On ne sort pas aisément de sa condition si l’on n’est pas prêt à abandonner toute éthique. La lutte des classes n’est jamais loin chez Ken Loach. Fergus qui s’est offert avec le prix du sang un magnifique loft doté d’un panorama renversant n’est même pas fichu de le meubler correctement. Il s’agacera même un jour sur la manie qu’ont ses ex-collègues de se convertir au golf. Hormis l’amitié, il n’est point de salut.

Ce solitaire n’a désormais plus qu’une idée en tête. Comprendre les raisons de la mort de Frankie et au besoin, mener lui-même les recherches, au risque d’en perdre la vie, ou la raison.

De la même manière que Fergus s’est planqué dans la chapelle ardente pour forcer l’ouverture du cercueil arrivé d’Irak après une escale touristique au Koweit car il ne peut croire que ce qu’il voit, l’enquête va essentiellement se recentrer sur la vision, de ce que l’on saisit, de ce qui nous échappe, des détails qui crèvent les yeux et des mensonges qui égarent.

Des photographies, des articles de journaux, des vidéos tournées à l’arrache sur un portable, des images d’archive (insoutenables) qui parfois viennent interférer dans les conversations, des chats sur le net, tout n’est plus désormais qu’une question de regards, plus ou moins émus — le traducteur irakien —, plus ou moins aveuglés — Fergus, l’esprit ravagé par le chagrin et la culpabilité va se laisser manipuler comme un bleu** et passer les bornes —, plus ou moins apocryphes — les employeurs et autres compagnons de route —, jusqu’à la frontière infranchissable. Que notre prolétaire gonflé à bloc va pourtant traverser, traduisant à la lettre l’infamant "by all means necessary", sans jugement de la part du réalisateur, sans nécessairement plus de complaisance, mais également sans esquive. Mieux vaut avoir l’estomac solide.

Car, que l’on ne s’y trompe pas, la seule bonne cause que défend réellement Fergus est la sienne et elle ne vaut pas tripette.

Le réalisateur ne manque jamais une occasion d’exposer les contradictions de son "héros", prêt à remuer ciel et terre pour faire éclater la vérité sur des actions iniques — exactions commises sur la population civile passées sous silence vs obscénité des pots de vin versés — tout en approuvant d’autres actes tout aussi barbares basés sur des préjugés de soldat surentrainé (Légende urbaine : un Bagdadi, fut-il un bambin, ne peut être qu’un terroriste en puissance. A abattre donc, sans sommation).

Il faut tout le talent de Ken Loach et sa remarquable direction d’acteurs pour nous permettre de suivre jusqu’au bout, et parfois même jusqu’à l’empathie malgré le dégoût qu’il peut nous inspirer, le cheminement dépressif de son anti-héros (incarné par le formidablement intense Mark Womack que l’on apprécierait de revoir très vite, et ce, dans un rôle moins foncièrement antipathique, merci).

On pourra regretter — comme le fait fort à propos remarquer l’un des protagonistes — que le conflit irakien ne soit réduit ici qu’à la portion congrue et serve de toile de fond à une radiographie de la perfide Albion décidément bien malade de ses compromissions politiques et de ses amitiés militaires. Mais reconnaissons au réalisateur l’honnêteté proverbiale dont il a toujours fait preuve. Et rendons lui grâce de ne jamais rendre les armes en ces temps difficiles.

* L’employeur de Frankie, lui, se prend à rêver à d’autres contrats juteux aux quatre coins explosifs de la planète, le conflit irakien étant manifestement "passé de mode".
** Ce qui est passablement agaçant pour le spectateur, tant la ficelle parfois est un peu grosse.

© Diaphana Distribution

Route Irish de Ken Loach_2010
avec Mark Womack, Andrea Lowe, John Bishop, Talib Hamafraj, Geoff Bell, Trevor Williams et Jack Fortune

Hammer diva

Dans Cinéma, Fantastique, Grande-Bretagne le 24/11/2010 à 10:57

© Hammer

Ingrid Pitt [21/11/37 – 23/11/10]

Après Roy Ward Baker en octobre dernier, c’est au tour d’Ingrid Pitt*, inoubliable interprète de Carmilla dans The vampire lovers, un des fleurons de la Hammer réalisé en 1970, de tirer sa révérence.

Bonne nuit madame.

* Vampire de chevet de Vincent d’Inisfree qui est, rappelons-le, un homme de goût

A consulter : Pitt of horror

© Hammer

© Hammer

© Hammer

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The vampire loversde Roy Ward Baker_1970

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Countess Dracula de Peter Sasdy_1971

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The house that dripped blood/La maison qui tue de Peter Duffell_1971

ANOTHER KIND OF LOVE de Jan Švankmajer

Dans Animation, Clip, Grande-Bretagne, Jan Švankmajer, Musique, Rétrospective, Surréalisme le 01/11/2010 à 18:38

© Koninck Studios

Je t’aime, je te mange.

Voici Jiný druh lásky/Une autre sorte d’amour présenté dimanche lors de l’intégrale Jan Švankmajer au Forum des Images.

C’est l’unique (anti)clip réalisé à ce jour par Jan Švankmajer pour Another kind of love de Hugh Cornwell, chanteur des Stranglers. Pour info, la chanson figure sur son album solo, Wolf, produit en 1988.

Bienvenue dans mon monde bébé, chante Hugh Cornwell… Mais qui invite et absorbe l’autre, de l’homme ou de la femme ? Et dans quel monde sommes-nous réellement ?

Jan Švankmajer, comme à son habitude, filme inlassablement — et en stop motion — ses propres obsessions : l’animation des corps humains, les langues agressives, les rapports de force, la violence constante, les métamorphoses d’objets familiers, le cannibalisme…

La Hammer en deuil

Dans Cinéma, Fantastique, Grande-Bretagne, Horreur, Roy Ward Baker le 08/10/2010 à 21:20

© DR

Roy Ward Baker [19/12/16 - 5/10/10]

I’ve always lacked one of the qualities that a film director should have, and that’s the sense of intense curiosity in other people’s business. If you invited Fellini to a party, he’d get a drink and sit in the corner watching everybody else and making notes.
Roy Ward Baker. Source : Mubi

Après avoir dirigé en 1952 Marilyn Monroe dans un de ses rares rôles dramatiques (Troublez moi ce soir/Don’t bother to knock) et réalisé en Espagne en 1961 l’inénarrable western gay The singer not the song, Roy Ward Baker* rentra à Londres œuvrer sur quelques psychédéliques séries télévisées, The avengers/Chapeau melon et bottes de cuir, Département S ou Jason King entre autres.

La Hammer — et Amicus Productions — peuvent être à jamais redevables à ses talents d’artisan qui ont fait le bonheur des aficionados du Festival international de Paris du film fantastique et de science-fiction. Asylum y reçut notamment la licorne d’or en 1973.

* qui accessoirement est également le metteur en scène d’A night to remember/ Atlantique, latitude 41° considéré par certains comme "le" film de référence sur le naufrage du Titanic

A lire : L’hommage de la Hammer
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Don’t bother to Knock/Troublez-moi ce soir_1952

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The singer not the song/Le cavalier noir_1961
Le film est actuellement disponible sur YouTube

© The Rank Organisation

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Quatermass and the Pit/Les monstres de l’espace_1967_Hammer productions


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The anniversary_1968_Hammer productions

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The vampire lovers_1970_Hammer productions

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Scars of Dracula/Les cicatrices de Dracula_1970_Hammer productions

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Dr Jekyll and Sister Hyde_1971_Hammer productions


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Asylum_1972_Amicus productions


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And now the screaming starts !_1973_Amicus productions


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The Monster Club/Le club des monstres_1980_Amicus productions

SLUMDOG MILLIONNAIRE de Danny Boyle et Loveleen Tandan

Dans Cinéma, Comédie dramatique, Danny Boyle, Grande-Bretagne, Loveleen Tandan le 17/01/2009 à 23:01

© Pathé Distribution

Dumas en rit encore.

Question : le dernier film de Danny Boyle (assisté de Loveleen Tandan, co-réalisatrice et directrice du casting) est-il : A. Emouvant B. Révoltant C. Fascinant D. Agaçant ? Réponse : il y a un piège. Quel que soit son choix, le spectateur est encore loin du compte.

Après les petits meurtres amicaux (Petits meurtres entre amis_1995), les camés nihilistes (Trainspotting_1996), l’horreur viscérale (le terrifiant 28 days later_2003) et la science-fiction (Sunshine_2007), Danny Boyle, en choisissant d’adapter Les fabuleuses aventures d’un Indien malchanceux qui devient milliardaire de Vikas Swarup, s’attaque aujourd’hui au conte de fées (très) réaliste.

Ayant gagné, par un miracle dont seul le hasard facétieux a les codes 1/ le droit de participer au fameux jeu télévisé Comment gagner des millions ? 2/ une brassée de roupies, Jamal (Dev Patel, héros de la série télévisée britannique Skins), adolescent échappé d’un bidonville, orphelin et musulman (n’en jetez plus !), est sommé par une police des plus persuasives de prouver qu’il n’a pas triché.

Sa terrible et triste histoire nous est donc narrée par le menu et, à un récit éclaté au gré des flashbacks, Danny Boyle et son scénariste (Simon Beaufoy, auteur de The full monty_1997) ont préféré une forme très linéaire : à chaque (bonne) réponse à une question ardue se profile un (mauvais) souvenir, avec en fil conducteur une seule obsession : retrouver le troisième mousquetaire, soit un grand amour perdu par la malignité d’une effarante aventure.

Cette systématisation pourrait se révéler ennuyeuse, mais emporté par une mise en scène énergique et enthousiaste, parfois truffée de quelques coquetteries de style, on finit par se passionner pour cette destinée hors normes, au romantisme échevelé parfaitement assumé.

Grâce en soit tout d’abord rendue à l’excellent casting. Le trio principal (Jamal, son frère ainé, sa bonne amie) apparaissant à trois âges importants de leur jeune existence (7, 13 et 17 ans), le choix des enfants et le travail effectué en leur compagnie forcent l’admiration tant on supporte souvent les tours de "petits singes savants" (notons par ailleurs le goût exquis du réalisateur quant à la sélection des trois interprètes du rôle féminin).

Face à eux, un malfaisant aux manières sucrées d’un pédophile (Ankur Vikal), un policier rompu à l’usage de la gégène (Irfan Khan, vu en 2007 chez Michaël Winterbottom dans A mighty heart/Un cœur invaincu et Mira Nair, The namesake) et surtout le Jean-Pierre Foucault de la télévision hindi qu’interprète Anil Kapoor, superstar en son pays, avec tant de morgue quasi haineuse que l’on finirait presque par regretter le sourire bonasse du présentateur préféré de TF1.

Slumdog millionnaire ne possède pas la naïveté naturelle des productions habituelles du système bollywoodien mais dévoile souvent, sous la farce, une noirceur vivifiante. Car si, en un ultime clin d’œil puisque l’innocence et l’amour ont triomphé de l’adversité, le générique se déroule en chanson (avec une chorégraphie toutefois fort approximative), sont épinglés les travers et les incohérences* qui secouent encore au XXIe siècle "la plus grande démocratie du monde" comme l’Inde aime à se présenter. Obscurantisme religieux et tensions communautaires, analphabétisme, surpopulation et lutte permanente des classes, exploitation des enfants et tortures policières perdurent allègrement à l’ombre des mégapoles égarées entre traditions et modernité. Et ce n’est pas la moindre des qualités du film de Danny Boyle que de nous le rappeler**.

* Pour en mesurer la portée, il suffira de lire De ma prison de Taslima Nasreen, qui fut en 2007 assignée à résidence à Calcutta "pour sa propre sécurité" selon les termes châtiés du gouvernement indien ou de se plonger dans Maximum City: Bombay lost and found, reportage sur le vif de Suketu Mehta, de retour après une absence de près de vingt ans dans la ville qui l’a vu naître…
** Outre qu’il n’hésite pas à épingler méchamment le paternalisme compatissant de certains touristes.

© Pathé Distribution

Slumdog Millionaire de Danny Boyle et Loveleen Tandan_2009
avec Dev Patel, Mia Drake, Freida Pinto, Anil Kapoor, Irfan Khan et Madhur Mittal

OBSCÉNITÉ ET VERTU de Madonna

Dans Cinéma, Comédie musicale, Grande-Bretagne le 20/09/2008 à 23:18

© La fabrique de films

Show tiède.

Entre deux tournées, des disques, un livre et quelques langues profondes à ses copines Britney et Christina, Madonna a décidé de réaliser un film…

Allez ! il nous faut bien l’avouer, avec ses déclarations fracassantes sur ses inspirations (Godard, Visconti, Pasolini et Fellini, excusez du peu) et le fait que son film ait bien failli ne pas être distribué, on pouvait espérer assister à un super nanar des familles et se payer une bonne tranche de rigolade. Même pas !

Finalement, Madonna nous déçoit avec ce grand fourre-tout semi- autobiographique filmé un peu n’importe comment, qu’elle aurait tout aussi bien pu intituler "Eugène et les filles".

Les trois personnages principaux ne représentent jamais qu’une facette de sa personnalité : un aspirant rock-star, une timide et talentueuse ballerine au chômage et une jeune femme à la jeunesse difficile (papa don’t preach) qui rêve de missions humanitaires en Afrique… Madonna et son ego nous convient donc à un exposé de pensées pseudo-philosophiques. Faisons bref. Pour atteindre les sommets, il faut se préparer à affronter les pires humiliations, voire se vautrer dans la fange et ceux qui s’accrochent et continuent coûte que coûte de croire à leur bonne étoile réussissent…

Louise, est-ce bien raisonnable tout ça ? Car, au lieu de faire comme n’importe quel pékin, grouillot dans une boite de pub ou smicard chez McDo en attendant la gloire, voilà-t-y pas que l’un est grand prêtre sado-maso et que l’autre ôte ses petites socquettes sur le One more time de Britney Spears (la dame aura apprécié l’hommage) ; la troisième, elle, se came avec les médocs qu’elle vole à son patron… Dans tous les cas, comme les trois avatars de Madonna passent leur temps à se rouler des pelles, on peut en conclure que la Ciccone s’aime beaucoup. On est bien content pour elle !

Heureusement l’abattage de ce filou d’Eugene Hutz*, leader du groupe Gogol Bordello, réussit à nous tenir éveillé devant ce catalogue du petit cochon illustré… Pas de quoi fouetter un masochiste dans cette bluette intemporelle mâtinée d’un certain esprit United colors in Benetton (et notamment lors du concert final*) mais ce festival d’élucubrations foncièrement nunuches laisse à penser que Madonna devrait au choix, ne plus songer au cinéma, voire arrêter de picoler l’eau de la kabbale.

Quant à Richard E. Grant, bien lui en aurait pris de lire les quelques pages que son compatriote Rupert consacre à son "amie" Madonna et à la grosse bouse qu’ils ont commise ensemble avant de signer son contrat.

* Sa réplique qui tue (proverbe ukrainien) : If you want to reach the sky, fuck a duck and you can fly.

© La fabrique de films

Obscénité et vertu/Filth and Wisdom de Madonna_2008
avec Eugene Hutz, Vicky McClure, Holly Weston, Richard E. Grant, Stephen Graham, Ade, Olegar Fedoro et Francesca Kingdon

DOROTHY de Agnès Merlet

Dans Agnès Merlet, Cinéma, Drame, Fantastique, France, Grande-Bretagne le 09/08/2008 à 18:49

© Mars Distribution

Naissance d’une actrice.

Dorothy est une jeune irlandaise, du genre bizarre, accusée d’avoir agressé le bambin qu’elle gardait.

Dorothy vit au sein d’une communauté religieuse qui voit d’un mauvais œil l’arrivée sur leur petite île d’une psychiatre chargée de délivrer le sésame qui sauvera l’adolescente d’éventuelles poursuites judiciaires.

Près de 15 ans après un fils du requin (l’aventure très cruelle de deux jeunes garçons sur le chemin de la délinquance) d’excellente facture, Agnès Merlet nous offre avec Dorothy un film d’atmosphère flirtant parfois avec l’horreur.

Mais si Dorothy peut se montrer agressive ou provocante, elle ne vomit pas de bile verte. Tout au plus, parfois, dans son étrange comportement laisse-t-elle échapper quelques grossièretés. La faute, sans aucun doute, à une des multiples personnalités qui la possèdent. Car Dorothy a un don que n’hésitent pas à exploiter le prêtre et ses ouailles pour faire revivre en elle leurs chers disparus.

D’emblée, nous sommes en terrain connu. De nombreux réalisateurs ont fait leur miel avec plus ou moins de bonheur des tribus intégristes de tous poils : Breaking the waves de Lars Von Trier_ 1996, The weight of water/Le poids de l’eau de Kathryn Bigelow_2000, American haunting de Courtney Solomon_2005 ou The weaker man de Robin Hardy en 1973 et son remake par Neil LaBute en 2006…

C’est d’ailleurs aux rites païens décrits dans ce dernier film que fait irrésistiblement penser la fête villageoise où certains participants, cagoulés de têtes animales, finissent par franchir la frontière qui les séparent de leur humanité.

Dommage qu’une explication trop terre à terre et une fin des plus larmoyantes ne viennent gâcher l’ambiance mortifère distillée tout au long du film et qu’une superbe direction d’acteurs avait contribué à créer.

Dans le rôle de la psychiatre hantée par de ténébreux secrets, Carice Van Houten offre son assurance et son charme un peu suranné à cette sombre histoire de culpabilité et de deuil et confirme dans une interprétation de grande classe tout le bien que l’on pouvait penser d’elle depuis Black Book de Paul Verhoeven.

Mais la vraie révélation du film reste l’extraordinaire Jenn Murray, lutin d’une vingtaine d’années, passant par la seule grâce de sa composition pour une gamine autiste. Tout le mal que l’on peut lui souhaiter est que son talent hors normes et son étrange beauté inspirent de grands cinéastes.

© Mars Distribution

Dorothy/Dorothy Mills d’Agnès Merlet_2008
avec Carice Van Houten, Jenn Murray, David Wilmot et Gary Lewis

BIENVENUE AU COTTAGE de Paul Andrew Williams

Dans Cinéma, Comédie, Grande-Bretagne, Horreur, Survival le 13/07/2008 à 20:17

© La Fabrique de Films

Severance : 1 – Cottage : 0.

Auteur d’un premier film remarquable (London to Brighton_2006), que ce soit dans la mature cruauté du scénario ou le jeu des acteurs, Paul Andrew Williams déçoit avec son (faux) démarquage de survival loufoque aux allures de Severance (Christopher Smith_2006).

Cette (confuse) histoire d’enlèvement de la fille d’un gangster par deux frères ennemis, qui tourne au cauchemar lorsqu’ils se retrouvent dans un village inquiétant (dont les habitants semblent sortir d’un nanar de Jean Rollin), offre quelques bons moments de méchanceté rigolarde.

La description de la sourde violence des liens fraternels (soumission de l’ainé, infantilisme brutale du cadet) est subtile et doit beaucoup à la complicité des deux acteurs principaux : Andy Serkis, au phrasé improbable (interprète, sous effets spéciaux, de Gollum et King Kong) et Reece Shearsmith, petit chauve coincé et hystérique.

Malheureusement, de bonnes idées (la phobie des papillons) tournent au simple gimmick, les hommages un peu trop appuyés à Massacre à la tronçonneuse_1974 s’égrènent aux dépens du Cottage, Paul Andrew Williams ayant oublié que la force du film de Tobe Hopper tenait dans la démente mélancolie de son héros, Leatherface, la multiplication de personnages secondaires mène à d’étranges disparitions (un montage à la serpe ?) et les changements de rythme – couplés à quelques gaffes monumentales – achèvent de nous faire perdre le fil.

Certaines scènes-choc peu ragoutantes – mais foncièrement désopilantes – rappelle au cinéphile ému le Street trash de J. Michael Muro_1987 et confirment notamment le talent de Jennifer Ellison, supposée victime et vraie bimbo acariâtre, dont la confrontation avec le "monstre" restera dans les mémoires.

Au final, le scénario de Bienvenue au cottage souffre d’un vrai défaut d’écriture comme si Paul Andrew Williams comme si Paul Andrew Williams s’était contenté d’emprunter quelques (bonnes) références au cinéma gore sans avoir d’autre enjeu que de surfer sur la nouvelle vague des comédies horrifiques anglo-saxonnes.

© La Fabrique de Films

Bienvenue au cottage/The cottage de Paul Andrew Williams_2008
avec Andy Serkis, Reece Shearsmith, Jennifer Ellison et Dave Legeno

BONS BAISERS DE BRUGES de Martin McDonagh

Dans Cinéma, Comédie, Grande-Bretagne, Martin McDonagh, Thriller le 28/06/2008 à 15:40

© SND

Voir Bruges et en périr d’ennui.

Qu’il est bon d’être agréablement surpris !

Les Bons baisers de Bruges nous sont envoyés par deux tueurs à gages plutôt foireux exilés en Belgique pour s’y faire oublier…

Alors que l’on pourrait craindre une énième aventure de gangsters à l’anglaise dont le cinéma britannique fait parfois son pudding — dans la lignée de Snatch (Guy Ritchie_2000) ou de Layer cake (Matthew Vaughn_2006) pour ne citer que le dessus du panier — nous assistons ébahis à un enchaînement de situations insolites et de dialogues fleuris (rendus d’autant plus savoureux que les deux irlandais s’en donnent à cœur joie) prenant résolument, entre loufoquerie et mélancolie, le contrepied de nos attentes.

Martin McDonagh, également auteur du scénario, réussit le tour de force de nous faire apprécier ses deux héros, désarmants d’humour et pétris d’humanité malgré le geste monstrueux qui a commandé à leur bannissement.

La jubilation nait de ce que les Laurel et Hardy de la gâchette (interprétés par Brendan Gleeson, héros impeccable de deux excellents films de John Boorman The general_1998 et The tiger’s tail_2006, et Colin Farrell, qui n’est jamais aussi bon que lorsqu’il joue les petites frappes alcoolisées et irresponsables) ont une manière bien à eux de survivre, et à Bruges, et à la culpabilité qui les ronge. Le dur à cuire se prend de passion pour les charmes architecturaux de la ville* tandis que le novice récalcitrant préfère rechercher un peu de chaleur humaine auprès d’une donzelle, arnaqueuse à ses heures perdues (Clémence Poesy), et d’un nain égocentrique, cocaïnomane et parfaitement odieux (Jordan Prentice). Cerise sur le gâteau, Ralph Fiennes, dans une invraisemblable et hilarante interprétation d’un assassin glaçant et sanguinaire, viendra nous offrir une mémorable leçon de civisme.

En remerciement de cet excellent divertissement, il nous faut nous souvenir de faire de Bruges la prochaine destination d’un week-end à tuer**.

* Et aux fins de mesurer le parcours burlesque vers la rédemption entrepris par les deux canailles, il ne faut en aucun cas rater le regard assassin que lance le mentor amoureux des vieilles pierres au jeune inculte qui renâcle — déprimé qu’il est par tant de visites touristiques en forme de chemin de croix — à la perspective d’aller reluquer la fiole contenant le sang du christ. Inénarrable !
** Parcours proposé par M. McDonagh : la place Jan Van Eyckplein, le Lac d’Amour, le musée Groeninge, le restaurant Cafedraal, le Diligente Bar et la Basilique du Saint-Sang.

© SND

Bons baisers de Bruges/In Bruges de Martin McDonagh_2008
avec Brendan Gleeson, Colin Farrell, Jordan Prentice, Clémence Poésy et Ralph Fiennes