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Archives de la catégorie ‘Polar’

L’Étrange Festival 2012, Jour 6 [11/09/12]

Dans Óskar Thór Axelsson, Bande annonce, Bruno Samper, Cinéma, Comédie, Crispain Mills, Derek Franson, Documentaire, Forum des Images, Horreur, Juan Carlos Medina, Kristina Buozyté, L'Etrange Festival, Polar, Ron Fricke, SF le 11/09/2012 à 14:28

© Régine Cirotteau

Résumé de l’épisode précédent.

Hier était mon dernier jour de vacances ensoleillées à passer enfermée dans une salle de cinéma. A partir d’aujourd’hui, le boulot reprend (la pluie aussi, vous l’aurez noté), je fais donc maigre.

Extrêmement attendu pour cause d’alerte incendie déclenchée inopinément — oui, ça rappelle quelques souvenirs —, la vision de Vanishing waves de Kristina Buozyté & Bruno Samper a finalement été une souffrance. Peu inventif en matière de scénario, certaines scènes étirées à l’extrême m’ont donné envie de fuir à toutes jambes tant l’historiette était prévisible et le tout, bien soporifique.

Le souvent désopilant A fantastic fear of everything de Crispain Mills est un one man show d’un Simon Pegg déchainé qui ne laisse que peu de place à ses quelques partenaires, excepté pour un ou deux hérissons qui passaient par là. En clair, les non fans peuvent s’abstenir. Mais ils perdront l’occasion de s’esclaffer devant d’excellents gags musicaux.

Samsara de Ron Fricke est une expérience à partager dans une salle comble devant un écran géant dans lequel se perdre. Un témoignage aussi, aux plans hypnotiques, de ce qu’est ce monde — beauté et horreur mêlées — amené à disparaître peu ou prou.

En présentant Black’s game de Oskar Thor Axelsson, Frédéric Temps a évoqué Pusher de Nicolas Winding Refn qui n’est autre qu’un des producteurs associés de ce film islandais. La question est : Le cinéma a-t-il réellement besoin d’un Pusher 4 ? Ses ambitions revues à la baisse, tout le film renifle — à l’instar de son acteur principal, ersatz apathique de Stephen Dorff — le déjà-vu de première, du gros bras tatoué aux blondes cocaïnomanes, du mafieux déviant aux humiliations bien ordonnées. L’une des scènes fera certainement date et ne dépare guère dans la catégorie scato à l’honneur cette année à L’Étrange Festival, amis poètes bonjour. En bref, tout ce petit monde tourne en rond à Reykjavik et, sans nul doute parce que l’histoire débute à l’aube du millénaire, le film aux situations ultra-usées jusqu’à la corde paraît déjà totalement dépassé.

A noter que l’inénarrable Eega de SS Rajmouli bénéficie d’une seconde projection ce jour à 17h dans la salle 500 du Forum des images.

A ne pas rater également les doux dingues décortiquant Shining de Stanley  Kubrick dans Room 237 de de Rodney Ascher [Salle 300, 14h45] présenté à Cannes à la Quinzaine de réalisateurs.

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19h45. Insensibles de Juan Carlos Medina

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22h. Comforting skin de Derek Franson

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A consulter : Programme complet par salles

L’Étrange Festival 2012, Jour 5 [10/09/12]

Dans Alexander Vartanov, Óskar Thór Axelsson, Bande annonce, Bruno Samper, Cinéma, Comédie, Crispain Mills, Documentaire, Drame, Fantastique, Festival, Forum des Images, Howard Hughes, Kristina Buozyté, L'Etrange Festival, Omar Rodriguez-Lopez, Polar, Ron Fricke, SF, Western, Wilson Yip le 10/09/2012 à 10:39

© Régine Cirotteau

Résumé de l’épisode précédent.

Kenneth Anger est venu présenter avec délectation le film d’Howard Hughes, The outlaw/Le banni, précédé d’une réputation sulfureuse puisque preuve de son amour immodéré — si l’on en juge par toute la publicité faite autour alors que la donzelle boudeuse n’apparaît que  bien peu dans le film très (trop) long du mogul  — pour les roberts de Jane Russell vantés par un "les deux bonnes raisons de voir le film" péremptoire. Résultat, The outlaw est un cas d’école de première et la leçon que l’on en retiendra est qu’il ne faut jamais laisser impunément jouer un enfant gâté avec un (très) long métrage, dut-il en être également le producteur. Le film n’a aucun rythme, les acteurs — Walter Huston en tête — cabotinent, Miss Russell ballade un air d’emmerdement de première — mais oui, ses obus tiennent tous seuls — et les dialogues sont un sommet de débilité. Quant à la musique, elle appuie généreusement chaque changement de ton quand elle ne soutient pas quelques sous-entendus coquins de quelques notes farceuses. Etonnamment, la bombe sexuelle est perpétuellement renvoyée à ses fourneaux tandis que le trio de cow-boys en rut ne font pas mystère de leurs goûts pour les garçons (ou la race chevaline !), le bien pâlot Jack Buetel devenant l’objet de discorde qui brisera la si belle amitié entre Walter Huston/Doc Holliday et Pat Garrett/Thomas Mitchell. Pour sûr, Hugues était foncièrement frappadingue. On ignore qui, de Ben Hecht — qui a participé à l’écriture du scénario — ou du producteur/réalisateur en a rajouté dans la légende gay de Billy the Kid mais la scène où le chenapan compare la taille de ses revolvers à ceux de Doc Holliday devant le regard concupiscent de Thomas Mitchell vaut son pesant de chili.

Horreur, malheur pour les fans de la saga A chinese ghost story. Passons sur le fait que le jeune Yu Shaoqun n’a ni la beauté fragile de Leslie Cheung — à la mémoire duquel cette monstruosité est dédiée, gageons que sa poussière a virevolté dans sa tombe — ni l’espièglerie de Tony Leung qui a repris le rôle en 1991 et que les personnages aient été démultipliés, sans oublier un goût certain pour les blagues douteuses. Tout est laid dans ce film, les effets spéciaux, les diablotines botoxées, les explosions et les combats. Quant à Louis Koo qui interprète — en jouant "comme un japonais" selon la présentation du jour made in Mad Movies, gageons que les mânes de Toshiro Mifune auront apprécié — un chasseur de démons, reconnaissons qu’il fait ce qu’il peut, soit le minimum syndical, pour nous émouvoir avec son histoire d’amour pataude pour un ectoplasme démoniaque séduit à coups de bonbecs. Allez, ouste, aux enfers !

Changement de continent, d’époque et surtout, de ton pour Los Chidos de Omar Rodriguez-Lopez, hilarante variation d’Affreux, sales et méchants de Dino Risi. Précédé d’une petite présentation par le réalisateur qui nous a informé que sa maman aimait beaucoup le film — au vu de son épilogue, nous pouvons de tout cœur comprendre la brave femme — Los chidos nous entraîne dans un délire non sensique où tout est permis pourvu que l’on bouscule les convenances, que l’on brise les tabous et que l’on chie allègrement sur le politiquement correct du voisin américain. Et tout cela bien sûr sans faire trop d’efforts… Quoiqu’il en soit, le monde est définitivement dans la merde, Los chidos confirmant par ailleurs que L’étrange festival est placé cette année — après Headhunters et la nuit zombie — sous le signe de la scatologie bon teint. Bon appétit à tous !

Enfin, pour finir ce week-end, Alexander Vartanov est venu présenter Bullet collector, et ce en compagnie du compositeur de sa — très belle — musique Aleksei Aigi et en a profité pour nous spoiler quelque peu lui-même la fin. Décidément ! Il vaudrait mieux envisager des débats à la fin des films. Quoiqu’il en soit, Bullet collector a sa place dans ce festival, par ses côtés expérimentaux, juqu’au boutistes et glauques — une scène notamment fera date, lorsqu’un blessé s’étouffe en se ficelant le visage avec son intestin grêle (estomacs fragiles s’abstenir) — même si, le film parfois paraît bien trop long, le jeune réalisateur un peu trop enthousiaste se laissant quelque peu aller à quelques coquetteries de style. Divisé en une dizaine de chapitres, et selon Alexander Vartanov, hommage énamouré aux 400 coups de Truffaut — en version ultra violente et désespérée, les jeunes délinquants de Russie finissant peu ou prou au goulag où tous les coups sont permis —, Bullet collector est porté à bout de bras par un jeune acteur extraordinaire dont la beauté sauvage, l’air buté et la blondeur décolorée séduiraient sans peine un certain Gus Van Sant. A ne pas rater, donc.

A voir aujourd’hui, un Richard Dreyfus époustouflant dans Gros plan/Inserts de John Byrum à 15h00 dans la salle 100 du Forum des images. Vous pouvez par contre faire l’impasse sur The Thompsons des Butcher Brothers et Redd Inc. de Daniel Krige. Conseil purement amical.

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14h30. Vanishing waves de Kristina Buozyté & Bruno Samper

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17h. A fantastic fear of everything de Crispain Mills

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19h15. Samsara de Ron Fricke

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21h30. Black’s game de Oskar Thor Axelsson

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A consulter : Programme complet par salles

L’Étrange Festival, le retour

Dans Animation, Cinéma, Fantastique, Forum des Images, Gore, Horreur, L'Etrange Festival, News, Polar le 26/08/2011 à 10:36

© photo : Régine Cirotteau

Oyez ! Oyez !

La 17e édition de l’Étrange Festival s’installe au Forum des Images du 2 au 11 septembre prochain et offre cette année une quinzaine de thématiques :

Cette programmation peut être consultée en détail sur le site de l’Étrange Festival.

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HH, HITLER À HOLLYWOOD de Frédéric Sojcher

Dans Belgique, Cinéma, Drame, France, Frédéric Sojcher, Polar le 18/05/2011 à 10:35

© Eurozoom

Théories + complots.

Comment en arrive-t-on à imaginer qu’un cruel moustachu hystérique et givré qui ne quitta jamais le continent ait pu fomenter un crime peu banal en compagnie de nababs d’Hollywood alors que l’on envisage de filmer un documentaire sur la lumineuse — belle entrée en matière de la part de Michael Lonsdale dans son propre rôle — Micheline Presle, si merveilleuse d’intelligence et de grâce ? C’est pourtant le postulat du dernier film de Frédéric Sojcher qui envoie une Sherlock Holmes en jupons — ou plutôt en corsaires multicolores — à la poursuite d’un film disparu réalisé par un metteur en scène, exilé juif dont personne n’a jamais entendu parler, nommé Luis Aramcheck.

Inutile de chercher dans les dictionnaires du cinéma, il n’y a pas sa place. Luis Aramcheck n’est qu’un leurre, un chiffon agité devant le charmant visage de la toujours délicieuse et spirituelle Maria de Meideros aux fins qu’elle révèle au monde les affreux accords signés promettant la main mise totale d’Hollywood sur le cinéma mondial, chaque spectateur devant offrir en somme la plus grosse part de son cerveau disponible aux rêves grandioses et assassins de ce despote en pelloches lénifiantes.

Le mac guffin de Micheline, c’est ce "Je ne vous aime pas" (titre qui revient en gimmick drôlatique tout au long de ce vrai/faux documentaire) tourné durant la guerre avec Luis Aramcheck —qu’elle décrira comme un Brève rencontre* mais en beaucoup mieux, les amateurs de David Lean apprécieront — et qui ne sera jamais projeté, film et réalisateur disparaissant corps et biens durant la tourmente de la seconde guerre.

Maria, se muant bien malgré elle en détective privé, nous embarque alors dans une invraisemblable aventure faite de souvenirs, de complots insensés, de guerres économiques et de batailles rangées contre la suprématie culturelle américaine (détail d’autant plus ironique que notre charmant guide reconnaît avoir elle-même succombé aux sirènes d’outre Atlantique et devoir bien plus sa renommée à son rôle de petite amie de Bruce Willis dans Pulp fiction** qu’à ses qualités de réalisatrice, entre autres).

Mais il est parfois téméraire, voire totalement loufoque, de mettre à jour certains dossiers sensibles et de révéler les liaisons dangereuses des gouvernements d’antan, de salir la mémoire de héros aux amitiés bien peu recommandables, voire de râler sur le non respect des quotas dans les cinémas de notre belle et (trop) généreuse Europe.

On ne sait s’il faut pleurer de rire ou s’inquiéter de la santé mentale des protagonistes lorsqu’ils affirment sans pouffer qu’Adolf et Hollywood marchèrent d’un même pas en vue de mettre en place une dictature impérialiste visant à éradiquer l’idée même d’un cinéma "autre".

Et ce, avec documents d’époque et force témoignages — ils sont venus, ils sont tous là, et notamment Wim Wenders et Emir Kusturica, dont les rêves américains furent crevés dans l’œuf par un système de studios liberticide —, discussions enflammées (notamment à Cannes où pour un hommage à une Micheline Presle impériale, chacun y va de son couplet sur l’exception culturelle), voire théories parfaitement fumeuses. Le plus extravagant de tous étant sans contexte ce diable d’Edouard Baer, aux airs de conspirateur facétieux, affirmant sans rougir à une de Medeiros abasourdie, que le chef op’ de Jean-Luc Godard était un agent de la CIA chargé de saboter l’avènement de la nouvelle vague.

Et tout le reste est à l’avenant. Totalement brindezingue. Il aura d’ailleurs suffi de remarquer le regard malicieux de Micheline Presle, honorée de ses pairs, pour ne pas prendre cette traversée de l’Europe trop au sérieux, même si parfois quelques vérités — notamment économiques — sont toujours bonnes à rappeler.

Tandis qu’elle cavale courageusement d’un pays à l’autre à la recherche d’indices cruciaux et que les témoins trépassent, voici notre Maria précédée ou poursuivie par des barbouzes peu amènes et peu à peu lâchée par toute son équipe technique. Son documentaire étant aussi fauché que le film de Frédéric Sojcher, inutile de préciser qu’elle était fort légère. Pourtant, malgré les coups du sort, notre intrépide vole vers son destin d’héroïne définitivement tragique avec la bonne humeur, la séduction et le toupet qui s’imposent.

Filmé avec le nouveau jouet en vogue — soit le Canon 5D Mark II (dont les qualités sont particulièrement vantées par Monte Hellmann*** qui l’a utilisé pour son Road to Nowhere) — HH a également la particularité d’être en couleurs et en noir et blanc, Frédéric Sojcher ayant gentiment désaturé toutes les images appartenant au passé. Décision qui rend son film encore plus étrange s’il était possible et les pantomimes de son actrice principale foncièrement délirantes.

Déclaration d’amour avouée au cinéma et à sa diversité, HH est une petite curiosité à découvrir, sur une musique de Vladimir Cosma. Et si l’on est relativement patient, Hans Meyer ne manquera pas de vous offrir une apparition mémorable en démiurge génial. La blague est goûtue, donc.

* Brief encounter de David Lean_1945 avec Celia Johnson et Trevor Howard
** Pulp fiction de Quentin Tarantino_1994
*** Cf. Sympathy for the devil, entretiens avec Emmanuel Burdeau

© Eurozoom

HH, Hitler à Hollywood/HH de Frédéric Sojcher_2010
avec Maria de Medeiros, Micheline Presle, Wim Willaert, Hans Meyer, Theodoros Angelopoulos, Edouard Baer, Nathalie Baye, Marisa Berenson, Dominique Besnehard, Toni Cecchinato, Patrick Chesnais et Manoel de Oliveira</em

AVANT L’AUBE de Raphaël Jacoulot

Dans Cinéma, Drame, France, Polar, Raphaël Jacoulot le 25/03/2011 à 12:17

© UGC Distribution

A l’ombre du père.

A l’honneur dans le second film de Raphaël Jacoulot, la figure paternelle n’attendra pas même l’aube pour en prendre un sacré coup dans l’aile. Jugeons plutôt.

Pour qui a déjà sillonné les routes sinueuses menant à Andorre, l’hôtel de luxe perdu en pleine montagne et tenu d’une main courtoise mais ferme par Jacques Couvreur — soit Jean-Pierre Bacri, au sommet de son art et que l’on n’avait plus revu depuis l’émouvant Adieu Gary de Nassim Amaouche_2009 —, ne peut être qu’un merveilleux refuge où venir se ressourcer dans une atmosphère feutrée, à moins qu’il ne soit le décor d’épouvantables crimes aisés à escamoter. Car il neige bien dru lorsque l’aventure débute et l’ascension professionnelle d’un jeune stagiaire, ex petit loubard de son état — fantastique Vincent Rottiers, qui tient la dragée haute à son aîné — va être aussi silencieuse et ouatée que l’air ambiant.

De disputes continuelles en sarcasmes dédaigneux, le drame est noué en quelques scènes. S’il est pourtant de bon ton dans la bonne bourgeoisie de ne rien laisser paraître, le mépris réciproque qui lie Couvreur à son fils (excellent Xavier Robic) prend racine dans le refus catégorique de ce dernier d’accorder ses pas à ceux de son géniteur et d’avoir donc le toupet de se ficher comme d’une guigne de reprendre l’affaire paternelle. Et ce, sous le regard désemparé de la mère qui n’en peut mais et qui subit manifestement depuis des années les effluves nauséabondes de cette haine ordinaire.

Est-ce le temps pourri, la malchance, la rage, mais le jeune homme, parti de bien mauvaise grâce faire une course pour "le patron", écrase un piéton égaré dans la tourmente. Un accident bête, en somme. Qui, déclaré, pourrait porter autant préjudice à la carrière du fiston qu’à la bonne réputation de son établissement, songe stupidement l’hôtelier. Et Jacques Couvreur de couvrir (pardon).

Et de transformer un homicide par imprudence en crime prémédité. Et de s’imaginer dans sa culpabilité grandissante qu’un gamin en fin de stage, bien plus intelligent qu’il n’y paraît de prime abord, a été témoin de la tragédie et qu’il faut le faire taire. D’une manière moins expéditive que ne le ferait un malfaisant, mais bien plus hypocrite et répugnante. Mais pas que. Avec toute l’affection nécessaire. En lui faisant miroiter un bel avenir avec CDI et un changement de statut, voire de classe sociale. En l’invitant à pénétrer son intimité*. En se laissant charmer aussi, furtivement, par la volonté et l’ambition du gamin — deux qualités qui font défaut à son propre enfant.

Ce qui fait toute la subtilité d’Avant l’aube est qu’outre une absence totale de jugement des actes de ses protagonistes, Raphaël Jacoulot ne va jamais tenter de les décrypter par moult scènes explicatives. Bien au contraire. Charge au spectateur d’en supputer les inavouables raisons.

Chacun a ses desseins que l’honnêteté réprouve et le réalisateur excelle dans la description des mesquineries quotidiennes qui entachent les rapports humains, qu’ils soient amoureux (la petite frappe va s’éloigner autant de sa compagne qu’il trouve brusquement bien fade que de ses amis qui pourraient le faire replonger dans de sales habitudes), familiaux (les couples se décomposent alors que la vérité se fait jour. Il faut bien que la neige fonde) ou professionnels (La jalousie du petit personnel face à la promotion subite du "nouveau" qu’ils ont formé, parfois rudement).

Désormais, les conséquences de la décision de Couvreur et ses atermoiements vont se jouer sur du velours, entre non-dits assourdissants et volte-face surprenantes, jusqu’à ce qu’une enquête de police — menée par la délicieuse Sylvie Testud qui vient rompre brutalement la fausse quiétude environnante par une interprétation toute en charme funambulesque — révèle la noirceur tapie au fond des âmes, éveille les (in)consciences et que ressurgissent inévitablement les liens du sang.

Cependant, bien avant que naisse l’aube, nous aurons participé à un jeu trouble où Jean Pierre Bacri et Vincent Rottiers auront goûté chacun leur tour aux rôles du chat et de la souris. Matou matois contre minet de gouttière. Rancœur et frustration contre recherche d’une idyllique figure paternelle. Protection de la famille contre pater familias indigne. Grande bourgeoisie contre le peuple. Raphaël Jacoulot tranche dans le lard. Et c’est bien bon.

* Et ce, dans une scène époustouflante de malaise rampant, puisque l’épouse, laissée dans l’ignorance, ne comprend que pouic à l’engouement soudain de son époux pour un morveux sans éducation qu’elle prend envers et contre tout pour un simple domestique qui se doit de rester à sa place. Ludmila Mikaël y est parfaite de condescendance.

© UGC Distribution

Avant l’aube de Raphaël Jacoulot_2011
avec Jean-Pierre Bacri, Vincent Rottiers, Ludmila Mikaël, Sylvie Testud, Xavier Robic, Céline Sallette, François Perrot, India Hair et Pierre Félix Gravière

REQUIEM POUR UNE TUEUSE de Jérome Le Gris

Dans Cinéma, France, Jérôme Le Gris, Polar le 04/03/2011 à 11:28

© StudioCanal

Le coup de la cymbale.

Lucrèce est une implacable tueuse de classe internationale et à l’imagination débordante quand il s’agit d’échafauder d’ahurissants crimes censés être parfaits. Il est permis de rire de bon cœur (notamment lorsque "la spécialiste" manque de décimer par erreur tout le casting masculin) et de lui proposer éventuellement d’abattre son coiffeur.

Lucrèce, c’est Mélanie Laurent qui semble ne pas avoir saisi qu’elle jouait dans une comédie débridée. La meilleure preuve ? Le film débute par ses vocalises — tous ceux qui ont eu l’occasion de voir le dernier clip de la belle ont déjà le sourire aux lèvres — en compagnie du toujours mutin Jean Claude Dreyfus travesti en maître de chant.

Hors donc, et ce jusqu’au générique de fin, titillés bien malgré nous par une envie grandissante de trucider toutes les Castafiores, nous serons désormais partagés entre l’effarement et l’hilarité.

Effarement devant tant d’inanité et d’indigence dans un scénario qui non seulement se permet parfois de copier-coller des histoires d’ores et déjà tant racontées, le réalisateur poussant le vice jusqu’à embaucher Tchéky Karyo dans le rôle de mentor de la donzelle assassine, mais tente d’égaler de prestigieux maîtres — Sir Alfred appréciera l’hommage à sa juste valeur — avec un sérieux imperturbable et une arrogance sans égale. Notons également que Johan Leysen, transfuge de The american, tient ici le même rôle de malfaisant recruteur de criminels en puissance que chez Anton Corbijn. Consternation et tristesse donc.

Mais l’hilarité l’emporte finalement car Tchéky Karyo nous offre une parodie plutôt réussie d’André Pousse, l’excellent Xavier Gallais en organisateur de festivals totalement à côté de ses pompes vole allègrement la vedette à ses illustres costars et l’impayable Clovis Cornillac déguisé en Manitas de Plata nous ébranle définitivement les zygomatiques.

Répondant au doux patronyme de Rico et aussi charismatique qu’un caribou en chaleur, l’acteur est censé nous faire admettre — grâce à une interprétation ad hoc de bourru sous temesta — qu’il est le meilleur des barbouzes. Rigolons encore un peu ; Frédérique Tirmont en colonel est sans doute censée nous rappeler, du moins dans la perruque, l’intraitable M, Judi Dench.

Sommé par son implacable hiérarchie de sauver la vie d’un baryton qui se pique de narguer effrontément de grandes compagnies pétrolières et torturé par de troublantes crises de conscience, l’ami Rico flingue en semi-ralenti et arrêt sur image — scène hallucinante s’il en est — un handicapé mental puis se met en tête de se flageller en sauvant malgré elle la tueuse qu’il est censé arrêter.

Lucrèce n’a rien contre, la mort du baryton était — surprise ! — son dernier contrat. On y croit. Fort. Le suspense est à son comble. Lors du concert lyrique où la gredine se produit (rires), on patiente la bave aux lèvres qu’un coup de cymbale bien envoyé sonne le tocsin. Mais la plaisanterie est un tantinet poussive et trop assourdissante.

Alors on pouffe. De temps en temps. Pas assez souvent. Et l’on se met à songer à Nikita. Et là est le début de la fin. Car le film de Luc Besson s’est mué avec le temps en malicieux souvenir. Le premier film de Jérôme Le Gris, boursouflé et prétentieux, n’aura pas cette chance.

© StudioCanal


Requiem pour une tueuse de Jérôme Le Gris_2010

avec Mélanie Laurent, Clovis Cornillac, Tchéky Karyo, Xavier Gallais, Christopher Stills, Corrado Invernizzi, Frédérique Tirmont, Michel Fau et Johan Leysen

LA BLONDE AUX SEINS NUS de Manuel Pradal

Dans Cinéma, Comédie romantique, France, Manuel Pradal, Polar le 26/07/2010 à 16:05

 

© Wild Bunch Distribution

Sur les berges de l’ennui.

Que les érotomanes se rassurent. Certes, le titre du dernier opus de Manuel Pradal fait écho à la toile d’Edouard Manet vite découpée bien emballée par le jeune héros du film mais Vahina Giocante — en faillible gardienne des lieux kidnappée derechef — ne cache rien de sa superbe anatomie dans des scènes de bain et de sexe aussi nombreuses qu’inutiles, cherchant sans doute sous cet attrayant vernis à masquer la vacuité d’un scénario prenant l’eau de toutes parts.

Deux frères bientôt orphelins vivent en autarcie sur une péniche dont ils espèrent hériter. La première scène, d’un goût douteux, est explicite : l’aîné (Nicolas Duvauchelle qui ne se renouvelle guère avec ce rôle de voyou au cœur tendre) partage tout avec le cadet (la révélation Steve Le Roi qui fait preuve d’un vrai tempérament en interprétant un adolescent à l’orée de son indépendance sexuelle) qu’il embarque dans une fumeuse histoire de vol de tableau pour des gangsters d’opérette.

Passe encore le larcin parfaitement rocambolesque du fameux Manet exposé au Musée d’Orsay si une comédie débridée ou un thriller énervé s’en était échappé. Las. Cette fuite en péniche des frangins encombrés d’un chef d’œuvre invendable et de la jeune femme — définie sur le champ en termes exquis — qu’ils ont enlevée ne fait qu’accumuler des poncifs au rythme de dialogues affligeants. L’artificialité est reine et l’ennui s’installe insensiblement au gré des rencontres.

Du reste, les deux acteurs principaux peinent à incarner des personnages sans profondeur aucune et cette pauvrette de Vahina Giocante frôle souvent le ridicule, encombrée d’une sensualité dont elle semble ne savoir que faire.

Les autres protagonistes (un vieux couple vivant sur les berges, un duo de gangsters bêtes et méchants) n’ont guère plus de chance d’exister dans cette histoire qui ne paraît avoir été tournée que pour exalter la beauté de la belle. Seul, Jacques Spiesser, en père navré de l’inconsciente, apporte un minimum d’épaisseur à son apparition.

Et si l’on songe à d’autres river movies où dérivaient les passions amoureuses, la simple évocation de la fureur poétique d’Au voleur de Sarah Leonor sorti l’année passée suffit à définitivement envoyer La blonde aux seins nus par le fond.

© Wild Bunch Distribution

La blonde aux seins nus de Manuel Pradal_2010
avec Vahina Giocante, Nicolas Duvauchelle, Steve Le Roi, Caroline Raynaud, Paul Schmidt, Jacques Spiesser, Christian Bouillette, Mireille Franchino, Jo Prestia et Sacha Bourdo

 

ENVOYEZ LA FRACTURE de Claire Devers

Dans France2, Polar, Suite Noire, TV le 30/08/2009 à 06:01

© France 2, Agora Films

Mélancolie vaudou.

Un film dont le personnage principal se prénomme Ambroise (Laurent Stocker, césar du meilleur espoir masculin 2008 pour Ensemble c’est tout de Claude Berri) et se prend de passion pour le vaudou ne peut pas être totalement sérieux.

Au travers d’un kaléidoscope et au mépris total de la moindre chronologie, Claire Devers nous conte l’aventure d’un dessinateur freelance un poil raté, responsable de l’accident qui a coûté les jambes à sa compagne de jeu (il verse dans le sado-masochisme et n’aime rien tant être saucissonné, ce qui nous vaut une scène hilarante en compagnie de Léa Drucker, perverse intermédiaire totalement à côté de ses pompes), trop gentil et velléitaire, odieusement surexploité par un patron chafouin (Michel Aumont, à se tordre) dont l’avarice n’a d’égale que la malhonnêteté.

Accablé par les dettes et les factures qui s’accumulent, poussé au pire par une épouse acariâtre et sadique, le doux dingue se vautre avec volupté dans les désillusions.

Un malicieux auteur de romans à 4 sous, par le cadeau d’une valise débordante de grigris, va lui ouvrir les portes d’un monde parallèle dans lequel il va s’engouffrer, miné par le fol espoir de prendre sa revanche sur les aléas de sa misérable existence.

Laurent Stocker — parfait en farfadet blondinet foncièrement hystérique fasciné par les rites africains — va découvrir par la grâce d’un vieil héritage et la rencontre d’une galeriste (Dominique Reymond dans une apparition mémorable) le monde impitoyable des ventes aux enchères. S’ensuivent alors des mésaventures burlesques et des rencontres avec des personnages improbables qui vont tenter chacun leur tour de l’empapaouter en beauté, sans se douter qu’ils sont victimes de sorts distillés sans trop de ménagement par notre apprenti ensorceleur aux abois.

Inutile de préciser que dans un film noir, rien ne tourne jamais comme les protagonistes le prévoient dans leur immense et égoïste naïveté. Au jeu du marabout bout de ficelle, Claire Devers s’amuse et excelle à faire rire le spectateur d’événements somme toute radicalement épouvantables.

Seul l’épouse d’Ambroise (une superbe Clotilde Hesme, en maitresse femme clouée dans un fauteuil roulant), aussi amèrement prosaïque que son époux est un impénitent rêveur, remettra les choses à leur juste place. La vie n’est pas si simple qu’on puisse la réduire à quelques tours de magie.

Envoyez la fracture de Claire Devers clôt — momentanément espérons-le — et sur un ton des plus mélancoliques, le cycle Suite Noire de France2.

© France 2, Agora Films

Envoyez la fracture de Claire Devers_2009
avec Laurent Stocker, Clotilde Hesme, Léa Drucker, Michel Aumont, Judith Chemla, Dominique Reymond et Babacar M’Baye Fall
d’après le livre de Romain Slocombe

LA REINE DES CONNES de Guillaume Nicloux

Dans France2, Polar, Suite Noire, TV le 17/08/2009 à 22:38

© France 2, Agora Films

La jeune fille et la mort.

Relatée à la première personne en des flashbacks successifs, La reine des connes conte la triste histoire d’Emma qui n’eut que le tort d’être née sous l’identité d’Emmanuel dans une famille bourgeoise à l’esprit étriqué.

Emma n’est pas une mauvaise fille… Si elle se prostitue c’est, dit-elle, pour ne pas entamer son capital qui va lui permettre de s’évader d’un corps qui n’est pas le sien. Ses relations avec la clientèle sont d’ailleurs placées sous le sceau de l’affection.

Emma n’est pas très futée non plus… Petit papillon prisonnier de sa chrysalide, elle est le pigeon rêvé pour une arnaque à laquelle ne peut succomber qu’un transsexuel obsédé à l’idée de renaître. Dans son abyssale candeur, la bécasse se figure dès lors qu’elle peut doubler sa mise sans risque, fait confiance à tout le monde et en oublie de soupçonner les zazous prêts à l’empapaouter en beauté… alors que le spectateur subodore le désastre dès l’apparition des malfaisants.

Guillaume Nicloux réussit le tour de force de nous faire rire des terribles malheurs* qui fondent sur son héroïne tout en la filmant avec une tendresse infinie et sans une once de condescendance, y compris dans les scènes les plus improbables. Le réalisateur est aidé dans cette lourde tâche par un acteur touché par la grâce, Clément Hervieu-Léger, aussi troublant en douce ingénue poissarde qu’effarant en garçon désaxé et hargneux.

Évitant les clichés et sans fausse pudeur, le scénario prend à rebrousse-poil toutes les idées reçues, et sur la transsexualité (mystérieusement, c’est lorsque le comédien se montre au masculin que son personnage paraît alors le plus incongru, comme déguisé), et sur la tolérance (glaçante scène familiale où, surprise, c’est le père qui assume l’apparence de son rejeton**).

L’empathie est si forte avec cette grande bringue fataliste un tantinet suicidaire que l’on ne peut que croiser les doigts et rêver à sa réussite… mais les polars finissent mal en général pour ceux qui s’éloignent des sentiers battus. La reine des connes nous brise finalement le cœur tout en s’affirmant comme une belle réussite teintée d’amertume.

* Une scène d’anthologie : la nigaude découvrant qu’elle a été cambriolée met à sac toute sa chambrette
** Par amour, par refus du conflit — alors que la mère assouvit crument son rejet tandis que la lâcheté paternelle sera stigmatisée ultérieurement — ou par pure indifférence ? Liberté est donnée au spectateur d’embrasser l’une ou l’autre de ces raisons. Belle composition du couple Hélène Alexandridis/Pascal Bonitzer

© France 2, Agora Films

La reine des connes de Guillaume Nicloux_2009
avec Clément Hervieu-Léger, Yves Verhoeven, Pascal Bongard, Nicolas Jouhet, Hélène Alexandridis, Pascal Bonitzer, Katia Golubeva, Sophie Cattani, Garance Clavel et Pierre Trividic
d’après le livre de Laurent Martin

LE DÉBARCADÈRE DES ANGES de Brigitte Roüan

Dans France2, Polar, Suite Noire, TV le 11/08/2009 à 23:54

© France 2, Agora Films

Magouilles, souffrance et beauté.

Vous venez pour le massage ? demande narquoisement notre héros aux deux grandes brutes qui s’apprêtent à le passer à tabac.

Ainsi débute Le débarcadère des anges, 6e film de la Suite noire** réalisé par Brigitte Roüan, qui restera sans doute dans les annales pour avoir révélé le talent d’Ysaë, musicien hip hop et fondateur du Pop Art Lyrical*.

D’une charmante désinvolture, il est la bonne surprise de ce polar qui évoque à mots très découverts les exactions de cliniques de chirurgie esthétique et les relations incestueuses liant monde interlope, politiques et forces de police, tout en explorant les chemins de la filiation.

Notre novice, autoproclamé détective et baratineur de jolies poupées, se laisse embarquer par un ami d’enfance — soucieux de plaire à une péronnelle (Sarah Biasini, gentillette) — dans une abracadabrante enquête dont personne ne sortira indemne.

En lieu et place de la sempiternelle voix-off qui escorte tout privé qui se respecte, c’est son supposé père, flic disparu lors de ses jeunes années, qui va lui révéler des cieux où il est monté tous les arcanes du métier, et plus puisqu’affinités.

Dans cet éternel combat de David contre Goliath, malgré les efforts d’un flic désabusé et suffisamment cynique pour se maintenir à flots et survivre (Gérard Meylan, chaplinesque), l’amitié, les beaux principes, les espoirs et les fantasmes prendront un sacré coup dans l’aile, sans compter que les meurtres de jeunes beautés sont toujours plus cruels au soleil.

La réalisation est à l’image du héros, nonchalante — et l’on sait gré à Brigitte Roüan d’aimer filmer les corps masculins alanguis — les dialogues sont savoureux et il règne sur ce débarcadère un humour bon enfant qui tranche singulièrement avec la noirceur, voire la crudité, de certaines scènes… D’où vient alors la sensation que l’on reste sur sa faim ?

Au final, cette nouvelle pierre apposée au mémorial des magouilles marseillaises cinématographiques donne singulièrement envie de revoir le beau film noir signé par une autre femme, Juliet Berto, en 1982, Cap canaille.

* Extraits musicaux disponibles sur ysae.fr.
** Le 5ème, La musique de papa, signé Patrick Grandperret, ne sera pas chroniqué puisque visionné avec vingt bonnes minutes de retard… sans regret, eu égard à la terrible prévisibilité de l’épilogue. Les commentaires sur cet épisode sont cependant les bienvenus.

© France 2, Agora Films

Le débarcadère des anges de Brigitte Roüan_2009
avec Ysaë, Gérard Meylan, Sarah Biasini, Maeva Pasquali, Sofiane Belmouden et Christophe Carotenuto
d’après le livre de Patrick Raynal

QUAND LA VILLE MORD de Dominique Cabrera

Dans France2, Polar, Suite Noire, TV le 10/08/2009 à 21:06

© France 2, Agora Films

Les invisibles.

Que voilà une terrible déception !

Et pourtant, tous les éléments requis laissaient espérer un thriller haletant : un sujet sensible, l’exploitation sexuelle des immigrées clandestines, une actrice splendide, Aïssa Maiga (que l’on essaie ici encore d’enlaidir sans succès… cf. Les insoumis de Claude-Michel Rome_2008 de sinistre mémoire), un second rôle solide, Samir Guesmi, une histoire poignante à rebondissements, la renaissance par l’art et la création… Las !

Est-ce le rythme poussif qui plombe une histoire tortueuse salement décousue, un mauvais choix en matière de pistes scénaristiques (fiction policière, chemin de croix artistique ou étude ethnologique ?), voire une direction d’acteurs parfaitement approximative — y compris en ce qui concerne les comédiens précités — mais après un début remarquable (la description de l’arrivée des jeunes femmes et l’avènement de leurs désillusions jusqu’au sordide assassinat de l’une d’entre elles), l’ennui finit par gagner tandis que les minutes semblent compter double.

On a beau compatir au destin tragique de l’héroïne, cette ballade sanglante entrecoupée de plans d’hystérique créativité picturale (toutes proportions gardées… d’ailleurs, ce que l’on retient surtout c’est l’ironie (involontaire ?) dans laquelle baignent toutes les scènes évoluant dans un milieu pseudo-artistique snob, d’un racisme larvé, où tout africain qui graffite ne peut être qu’un futur Basquiat en puissance) ne passionne pas. Et peu nous chaut finalement de savoir qui va l’emporter.

Cet abandon est regrettable, car Dominique Cabrera touche parfois du doigt une terrible vérité, l’invisibilité totale de certaines couches de la population.

Ainsi, la jeune femme peut-elle, après son premier meurtre, errer ensanglantée en plein Montreuil sans que cela n’éveille la suspicion ou, du moins, l’intérêt des gens qui la croisent. C’est peu pour une série noire, c’est beaucoup quant à la réalité du monde.

© France 2, Agora Films

Quand la ville mord de Dominique Cabrera_2009
avec Aïssa Maïga, Samir Guesmi, Laurentine Milebo, Alain Dzukham-Simo, Assane Seck et Djeneba Kone

VITRAGE À LA CORDE de Laurent Bouhnik

Dans France2, Polar, Suite Noire, TV le 10/08/2009 à 19:22

 

© France 2, Agora Films

La gaffe est dans le crime.

Le travail, c’est la santé prétend le célèbre adage… Hors donc, le héros de Vitrage à la corde (interprété par un Manuel Blanc impérial) va tout faire pour le conserver, son boulot, où cadre modèle il trime depuis six ans et a récolté tant de satisfactions matérielles, sans compter la plénitude d’un bonheur familial sans anicroche (filmé à la manière d’un cartoon, le récit de sa vie témoigne d’un conformisme écœurant). Une existence normale, en somme, qui a un coût et qu’il compte conserver, dût-il pour cela trucider accidentellement ou pas toute la région.

Voilà donc notre petit employé, gaffeur impénitent, embarqué dans un engrenage d’une implacable logique. De petits arrangements avec le crime en homicides involontaires, ce qui était au départ un banal accident de voiture va se muer en ballade sanguinaire.

Et la voix-off omniprésente — les apartés du bonhomme sont hilarantes — de prendre le spectateur à témoin : honnêtement, qui serait prêt à tout perdre sur un coup de folie ou un incident du sort alors qu’il est si facile d’abattre les obstacles qu’un destin facétieux pose sur votre parcours ?

En homme à principes d’une impayable candeur, doublé d’un égoïste psychorigide, Manuel Blanc (bien loin désormais du jeune provincial arriviste qu’il incarnait dans J’embrasse pas d’André Téchiné_1991) domine le film de sa folie doucereuse. C’est un monstre soit, mais si humain que l’on ne peut s’empêcher de lui souhaiter de réussir dans ses entreprises macabres. Là est l’effet pervers de l’aventure…

L’histoire, emberlificotée au possible, ménage les coups de théâtre où s’agitent frénétiquement les pantins conviés à la fête. Notre serial killer qui s’ignorait est si obsédé par les événements chaotiques qui mettent à mal son petit confort personnel, qu’il en oublie de porter une réelle attention à son entourage : épouse qui le fait marcher au pas (Karole Rocher, savoureuse), voisin patelin (excellent Philippe Duquesne) et se méprend, dans un aveuglement notoire, sur les motivations d’un flic obstiné (Jackie Berroyer, impeccable décalque en mode tragi-comique de Colombo). Une apparition mémorable de Michel Muller, d’un cynisme forcené, achève d’emporter le morceau.

Si une violence sourde envahissait sournoisement chaque plan de Tirez sur le caviste, ici, c’est une radieuse loufoquerie qui prime. Nonobstant, le film de Laurent Bouhnik partage avec l’œuvre d’Emmanuelle Bercot une immoralité des plus jouissives.

© France 2, Agora Films

Vitrage à la corde de Laurent Bouhnik_2009
avec Manuel Blanc, Jackie Berroyer, Philippe Duquesne, Jean-François Gallotte, Karole Rocher, Bibi Naceri, Moon Dailly et Michel Muller
d’après le livre de Colin Thibert

 

TIREZ SUR LE CAVISTE de Emmanuelle Bercot

Dans Emmanuelle Bercot, France2, Polar, Suite Noire, TV le 09/08/2009 à 19:15

© France 2, Agora Films

Le petit chaperon roux.

Un joyau, assurément !

Si les épisodes à venir sont de ce calibre (un mélange létal de violence, d’humour et de sexe), nul doute que la Suite noire assurera sa pérennité au sein des programmes de France 2.

Construit comme un rubik’s cube et saupoudré de plaisanteries de fort mauvais aloi, Tirez sur le caviste (inspiré du roman de Chantal Pelletier, qui fut dans une vie antérieure cofondatrice de la compagnie Les 3 Jeanne aux côtés d’Eliane et Martine Boéri) entraine méchamment le spectateur au bout de sa logique monstrueuse.

Tout commence lorsqu’un vigneron amateur de bonne chère (Niels Arestrup, grandiose Pantagruel) flingue sa moitié à bout portant sur le futile prétexte qu’elle lui a une nouvelle fois gâché son céleri rémoulade.

Contrairement à On achève bien les disc-jockeys, la rigolade et l’immoralité sont de rigueur dans le dernier film d’Emmanuel Bercot dont il faut saluer ici la maîtrise, la direction d’acteurs et l’audace dont toute l’équipe a fait preuve.

La réalisatrice oppose perversement à l’ogre Arestrup un petit chaperon roux (Julie-Marie Parmentier, exceptionnelle en marginale autiste, dotée d’un don inné pour la cuisine et mue par l’amour fou) et laisse mijoter ce duo improbable.

Tandis que notre gourmet atteint l’orgasme aux bons soins des petits plats de la diablesse et se révèle violent dès lors qu’il n’a pu en jouir pour abus de cuisson, la demoiselle se languit et ronge son frein en enregistrant des messages enflammés à l’objet de tous ses désirs, à qui elle promet sous peu un bonheur gastronomique confinant à l’extase.

De par la déconstruction de la mise en scène, nous sommes happés dans un jeu du chat et de la petite souris morose où le rat ne se révélera pas être celui que l’on croit. Christine Citti, en vorace amoureuse*, complète remarquablement la distribution.

Par son mélange explosif d’humour radicalement noir et de description très crue du quotidien des enfants perdus, Tirez sur le caviste se révèle être une excellente surprise dans la filmographie d’Emmanuelle Bercot et une confirmation du talent de ses interprètes.

* Il ne fait aucun doute que la scène d’amour graphique entre la frêle Julie-Marie Parmentier et la charnelle Christine Citti, emplie de joie et de fureur, est pour beaucoup dans la frilosité de France 2 quant à la programmation de la série en seconde partie de soirée… Emmanuelle Bercot sait filmer les corps. Rappelons qu’elle avait révélé en 1998 celui de la fragile Isild Le Besco dans La Puce.

© France 2, Agora Films

Tirez sur le caviste d’Emmanuelle Bercot_2009
avec Julie-Marie Parmentier, Niels Arestrup, Christine Citti, Pierre Berriau, Pierre-Félix Gravière et Jean-Bernard Pouy
d’après le livre de Chantal Pelletier

ON ACHÈVE BIEN LES DISC-JOCKEYS de Orso Miret

Dans France2, Orso Miret, Polar, Suite Noire, TV le 09/08/2009 à 18:00

© France 2, Agora Films

Trahison, impair et mort.

Pour leur premier épisode, les producteurs de la série Suite Noire frappent très fort en adaptant un roman de Didier Daeninckx, auteur consacré de Meurtres pour mémoire (évoquant la sanglante répression orchestrée par Maurice Papon contre les manifestants pour l’indépendance de l’Algérie en octobre 61) et grand pourfendeur des travers de la société française (sa mémoire sélective, notamment).

Ici, ce sont les exactions contre les radios libertaires qui sont en ligne de mire.

Le (triste) héros — remarquablement incarné par Francis Renaud — accepte, moyennant une remise de peine, de servir d’indic à des flics plus ou moins ripoux quoiqu’assurément vicieux qui souhaitent faire d’une balance plusieurs prises : clouer le bec d’une radio libre, remettre à leur juste place les bonnes âmes pleine d’humanité (Lubna Azabal, juste et discrète en infirmière de jour transfigurée en voix des taulards la nuit), et accessoirement mettre la main sur des braqueurs sans foi ni états d’âme. L’épisode débute d’ailleurs par un braquage d’une violence inouïe s’achevant en une série de meurtres absurdement gratuits qui ne laisse aucun doute sur la tragique destinée des protagonistes.

Il fallait du talent à Francis Renaud pour nous faire accepter son personnage de traitre pour la bonne cause (au nom de la paternité), fragile et ambigu, dont on ignorera jusqu’au bout les réels sentiments que lui inspirent les victimes de son double jeu. Isolé par ses mensonges, il ne peut que se heurter aux solitudes qu’il côtoie. L’amour ni la rédemption ne seront invités au voyage.

Notons également la belle présence de Yann Tregouët (le jeune meurtrier de Lady Jane de Robert Guédiguian_2008).

© France 2, Agora Films

On achève bien les disc-jockeys d’Orso Miret_2009
avec Francis Renaud, lubna Azabal, Yann Tregouët, Jean-Quentin Chatelain, Chad Chenouga, Muriel Solvay
d’après le livre de Didier Daeninckx

SUITE NOIRE sur France2

Dans France2, News, Polar, Suite Noire, TV le 09/08/2009 à 15:40

© France 2, Agora Films

Noir c’est noir, reste-t-il quelqu’espoir ?

Votre serviteur n’ayant que peu de part de cerveau disponible pour le passer devant la télévision, mes remerciements, toutes affaires cessantes, à Kilucru l’irréductible qui eut la charmante idée de rameuter les troupes devant la petite lucarne en rappelant l’ouverture estivale de la Suite noire sur France 2, soit chaque dimanche, une fiction d’une heure programmée en fin de soirée (puisque malheureusement certaines idées ou images peuvent encore choquer des téléspectateurs pourtant abreuvés en prime time d’obscénités en tous genres).

Hors donc, négligeant de sacrifier à la sacro-sainte saga de l’été, France 2 nous propose en lieu et place d’amours contrariées et happy-end obligé, huit histoires (voire plus si affinités) très noires non dénuées d’humour, voire d’amour… Quant au happy-end, il peut être de rigueur mais non imposé. Deux obligations cependant pour les réalisateurs convoqués : l’adaptation de romans édités aux Éditions La Branche et le format — 60 minutes — amplement suffisant pour emballer/peser une fiction rondement menée.

Les polars inscrits à la collection Suite noire (rejeton adultérin de la célèbre Série Noire), dirigée par le créateur du Poulpe (immortalisé en 1998 par l’inénarrable Jean-Pierre Darroussin dans le film de Guillaume Nicloux) Jean-Bernard Pouy, évoquent plus les bombes tragico-sociales de Jean-Patrick Manchette que le whodunnit cher à Agatha Christie. Charge incombe à chaque réalisateur d’imposer sa patte.

Passeront l’examen cet été Orso Miret (Le silence_2004), Emmanuelle Bercot (Backstage_2001), Laurent Bouhnik (L’invité_2007), Dominique Cabrera (Folle embellie_2004), Patrick Grandperret (Meurtrières_2006), Brigitte Roüan (Travaux_2005), Guillaume Nicloux (La clé_9007) et Claire Devers (Les marins perdus_2003).

D’autres adaptations sont d’ores et déjà en production, avec aux manettes Raoul Ruiz (La maison Nucingen_2009), Edwin Baily (Faut-il aimer Mathilde ?_1993), Emmanuelle Cuau (Très bien merci_2007) et Claire Denis (35 rhums_2009).

Pour en (s)avoir plus, se reporter au site dédié au projet suite-noire.com
et à l’interview de Jean-Bernard Pouy par rue89.

BELLAMY de Claude Chabrol

Dans Cinéma, Comédie dramatique, France, Polar le 01/03/2009 à 11:47

© TFM Distribution

Bel ennui.

Le cinéma de Claude Chabrol n’est jamais aussi bon que lorsque le réalisateur décide d’être cruel avec ses personnages.

Las, avec Bellamy, rôle taillé sur mesure pour Gérard Depardieu à qui il prête certains traits de leurs caractères respectifs (l’amour de la bonne bouffe, des vignobles, des dames… et l’horreur des voyages), le pourfendeur de la bourgeoisie provinciale s’est sacrément adouci (du moins en apparence, son film étrange s’achevant dans une noirceur des plus misanthropes…) et finit par ennuyer* avec une mise en scène poussive, à l’image de son commissaire aux neurones ralentis par la lumière trop crue du soleil nîmois et un physique somme toute aux proportions effarantes…

Le cœur n’a plus l’air d’y être et l’on se fiche comme d’une guigne (et Chabrol aussi sans doute aucun) de savoir qui a tué quoi et pour qui dans cette invraisemblable histoire d’arnaque à l’assurance. Certes, ce diable d’homme filme avec tendresse l’extravagante carcasse de Gérard Depardieu (bien loin de son interprétation en roue libre dans Diamant 13 de Gilles Béhat. Manifestement, le Gégé est content d’être là, c’est déjà ça !) et réussit à nous faire aimer son personnage, gros matou priapique, jaloux et égoïste. Ce n’est pas le moindre de ses talents… Par contre, on a parfois la sensation que le film a été tourné durant la digestion de l’équipe tant le rythme est mou, sans atteindre toutefois le mystère et la perversité qui transparaissent dans le jeu de Bruno Cremer, monumental commissaire Maigret télévisuel auquel le film rend indirectement hommage (le film est dédié à deux Georges, Brassens et Simenon).

Tout occupé à cadrer sa grosse bête envahissante, le réalisateur en oublie les comparses… et si l’acteur, plein de délicatesse, offre l’opportunité de briller à ses imposants côtés à l’exquis casting féminin, il n’en est pas de même pour les garçons qu’il étouffe allègrement. Clovis Cornillac, tout en aigreur avinée, essaie vainement d’exister face au facétieux couple Bunel/Depardieu et Jacques Gamblin (dans un triple rôle, quelle folie !) se perd sous ses masques divers et sombre dans l’hystérie et le parlé faux.

Les dames donc, comme toujours chez Claude Chabrol, s’en sortent finalement beaucoup mieux, à des degrés divers. Les deux Marie, Bunel et Matheron, nous offrent chacune une partition sans faute. Vahina Giocante, superbe, tente de renouveler son personnage de tentatrice mais se fait allègrement voler la vedette par une Adrienne Pauly, acide et excentrique (dans le rôle de Claire Bonheur… comment rater une interprétation avec un patronyme pareil !).

Ajoutons à cela une scène de plaidoirie qui vire à l’absurde (Rodolphe Pauly n’y pousse-t-il pas la chansonnette pour faire acquitter son client et accessoirement assassiner Brassens ?) et l’on regrette que Claude Chabrol, pépère entouré de sa petite famille**, nous ait refilé un de ses films de vacances réalisés sans trop d’efforts.

* Certains spectateurs se sont d’ailleurs laissés aller à une douce torpeur un tantinet bruyante, la faute sans doute aux fauteuils moelleux du Gaumont Opéra…
** Comme à son habitude, il a confié le sort musical de son dernier opus à son fils aîné Matthieu, le cadet, Thomas, fait une apparition éclair et — pince-sans-rire — crache sur la Star Ac’. De plus, la scénariste et dialoguiste Odile Barski est incidemment la maman des petits Pauly… N’en jetez plus !

PS. Les inconditionnels peuvent retrouver le Chabrol des grands jours dans une série d’interviews orchestrées par AlloCiné : Claude Chabrol juge ses 50 ans de cinéma !

 

© TFM Distribution

Bellamy de Claude Chabrol_2009
avec Gérard Depardieu, Clovis Cornillac, Jacques Gamblin, Marie Bunel, Vahina Giocante, Marie Matheron, Adrienne Pauly, Maxence Aubenas, Yves Verhoeven et Rodolphe Pauly

DIAMANT 13 de Gilles Béat

Dans Cinéma, France, Polar le 31/01/2009 à 23:15

© Mars Distribution

Mais que fait la police ?

Faisons court : le film de Gilles Béat ressemble à son affiche, il est moche et tout pourri.

Et le réalisateur a beau avoir laissé tomber le h de son nom, on a bien vite reconnu l’inénarrable metteur en scène de Rue Barbare_1984 (Cultissime plaisir coupable, avec Bernard Giraudeau déguisé en docker filant des coups de boule à Bernard-Pierre Donnadieu), Urgence_1985 (avec la toute frêle Fanny Bastien balançant de méchants coups de latte au même, estampillé gros affreux des années 80 dans les polars à la française) et surtout Dancing machine_1990, superbe nanar où sont venus sombrer corps et biens Alain Delon (en maître de ballet, on en rit encore) et Patrick Dupont.

Mais ce n’est pas ce passé somme toute exaltant qui allait faire peur au nouveau duo comique, Depardieu et Marchal. Bien au contraire, les deux larrons semblent résolument ravis de se retrouver après 36 quai des orfèvres_2004 pour une énième (sous) mouture de leurs aventures cinématographiques que Béat/Béhat pille sans vergogne et pour cause, le scénario est signé Olivier Marchal…

Il n’est donc guère étonnant d’y retrouver ses tics particulièrement agaçants (des flics au bout du rouleau, alcooliques, mais toujours armés (au secours !), des tabassages en règle, des commissariats puant le foutre et la sueur emplie de trop jolies dames (notamment la fichtrement ravissante Aïssa Maïga qui devrait mieux choisir ses rôles), de belles images (en vrac : corridas, tortures, balles en pleine tête, photos anthropométriques de cadavres explosés disséminées ici et là — pour détendre l’atmosphère au boulot, la police n’a manifestement rien trouvé de mieux—, corps découpés à la morgue, etc.) que l’on aimerait éviter de voir trop souvent et un casting invraisemblable pour une histoire qui ne l’est pas moins.

Les décors sonnent faux (une ville inconnue, puzzle de diverses cités belges, et de préférence les jours de grève des éboueurs), les damoiselles ont de bien drôles de nom : Calhoune (cette pauvrette d’Asia – que diable suis-je venue faire dans cette galère ? – Argento a perpétuellement l’air de lire un prompteur), Léon (Anne Coessens, qui fait ce qu’elle peut) ou Z’yeux d’or (Catherine — Madame Olivier M. dans le civil — Marchal dans le rôle d’une journaliste trop bien informée parce qu’elle "baise utile", fin de citation), les malfaisants (emmenés par un Aurélien Recoing qui s’amuse comme un petit fou à gâcher son talent) conduisent une voiture dont la plaque annonce FIEL-48 (c’est là qu’il faut s’esbaudir) et les dialogues subtils et raffinés tuent plus sûrement que les balles.

Déjà passablement étourdi par un générique épileptique (on ne dira jamais assez le mal que Seven de David Fincher — 1996 quand même, il serait grand temps d’évoluer ! — a pu faire au cinéma français de genre sans imagination), le spectateur, plongé dans une triste histoire de flics ripoux pas si pourris que ça finalement mais faisant croire aux crevures d’en face qu’ils sont encore plus corrompus que c’est pas dieu possible, finit par baisser les bras n’y comprenant que pouic et contemple, fasciné, la monstrueuse carcasse de Depardieu (encore quelques menus efforts pour te briser la santé cher Gérard et tu pourras postuler pour un remake de L’outremangeur sans qu’il soit nécessaire à la production de prévoir un budget Prothèse !).

© Mars Distribution

Diamant 13 de Gilles Béat_2009
avec Gérard Depardieu, Olivier Marchal, Asia Argento, Anne Coesens, Aïssa Maïga, Catherine Marchal et Aurélien Recoing

BRAQUAGE À L’ANGLAISE de Roger Donaldson

Dans Cinéma, Comédie, Polar, USA le 10/08/2008 à 16:45

 

© Metropolitan FilmExport

Coquine Albion.

Le générique nous prévient immédiatement, ce bank job a été réalisé d’après des faits réels, cachés au bon peuple britannique par un gouvernement et des barbouzes un peu plus doués que leurs contemporains si l’on en croit l’impudence crasse des tabloïds actuels.

Une bande de pieds nickelés (tous vêtus comme des sacs… nous sommes en 1971) se voit proposer par une ancienne camarade de jeux plus ou moins tordus le coup du siècle : le cambriolage de la salle des coffres d’une des officines de la Lloyds.

Reprenons au début. La donzelle a maille à partir avec la justice depuis qu’elle est revenue du Maroc en compagnie d’épices exotiques parfaitement illicites. Le gouvernement, quant à lui, a de menus problèmes avec un agitateur/maquereau/extorqueur/maître chanteur qu’il aimerait réduire au silence si seulement il parvenait à mettre la main sur le corps du délit : des clichés volés mettant en scène la princesse Margaret, un jour où la gourgandine expérimentait quelques chapitres du Kamasoutra.

Dès lors, les vieux gredins au pouvoir ont une riche idée, exploiter sans vergogne l’amitié de l’apprentie trafiquante avec les ahuris qui ne voient pas plus loin que le bout de leurs dettes et les faire participer à leur corps défendant aux turpitudes princières. Les crétins empochent bijoux et pognon, les photos cochonnes retournent dans le giron royal et tout ira pour le mieux dans la perfide Albion.

Mais voilà… dans leur rapine (un casse filmé de bout en bout, avec force crétineries d’usage – l’un des idiots commande un fish and chips avant de se remettre à creuser, le guetteur paume son talkie-walkie en plein boum), les délinquants s’emparent également des trésors d’une mère maquerelle (jolis instantanés de divers ministres dans des positions que la morale réprouve) et d’un fin calepin compromettant l’honnêteté de la vertueuse police de sa très gracieuse majesté.

C’est dire le nombre de personnages hauts en couleurs et autant d’intrigues secondaires qui viennent se greffer à ce qui devait rester dans les annales comme un simple cambriolage des plus décents, sans haine, sans violence ni décès inutile. Et la charmante comédie de virer au drame.

Ce film, qui se laisse voir sans déplaisir, prévaut pour la description sans faille d’un braquage hors norme et la tendresse que Roger Donaldson a pour ses personnages, petits ratés qui pour avoir saisi la chance de leur vie se retrouvent pris en étau entre un gouvernement qui les poursuit pour atteinte à la sécurité de l’état et un monde interlope qui leur est inconnu et va leur faire payer très cher leurs ambitions.

L’équipe d’acteurs (de sacrées trognes) est à la hauteur, même si Jason Statham, crétin patenté chez Guy Ritchie (Arnaques, crimes et botanique_1998) et proclamé empereur du coup de tatane grâce à la série des Transporteurs, n’était sans doute pas l’acteur idéal pour incarner ce chef de bande improvisé, bon mari et bon père, tenté par la diablesse Saffron Burrows (un poil trop botoxée). Mis à part cette faute de goût, l’interprétation est solide, avec une mention très spéciale pour David Suchet (Interprète télévisuel d’Hercule Poirot) particulièrement remarquable dans le rôle onctueux et délicat d’un pornographe sadique souffrant de calculs rénaux. N’en jetez plus !

© Metropolitan FilmExport

Braquage à l’anglaise/The Bank Job de Roger Donaldson_2008
avec Jason Statham, Saffron Burrows, Stephen Campbell Moore, Daniel Mays, James Faulkner, Richard Lintern et David Suchet

 

AFFAIRE DE FAMILLE de Claus Drexel

Dans Cinéma, Comédie, France, Polar le 21/06/2008 à 20:41

© La Fabrique de Films

Viva Caravaca.

L’histoire tiendrait aisément sur un billet de 5 euros. Durant un match de foot, la caisse est dérobée (par qui, on le devine bientôt sans peine), le butin caché, puis détruit, mais il n’a cependant pas disparu pour tout le monde.

Choisissant de raconter cette aventure façon Rashomon, le film se rejoue cinq fois sous notre nez, adoptant le point de vue des protagonistes principaux qui parfois se croisent, s’ignorent le plus souvent, se mentent, démentent, se trompent et se trahissent énormément.

Toutefois, il semblerait que Claus Drexel n’ait pas voulu (ou pu) choisir entre deux traitements : la comédie policière sur une famille déboussolée et amorale ou un vrai polar peuplé de psychopathes plus ou moins décérébrés (une mention particulière est attribuée à Eric Caravaca). Les personnages sont bien campés : André Dussollier (homme tranquille et frustré qui trouve là une occasion de s’encanailler) et Miou-Miou (en nunuche tout à côté de ses escarpins dans un rôle qui ressemble à s’y méprendre à celui qu’elle tenait dans Le grand alibi) forment un couple d’enfer.

L’humour est présent et vire même à la grosse farce dans une scène incongrue où partant s’offrir des munitions, notre André tombe sur des vendeurs parfaitement inquiétants mais le film manque cruellement de rythme et l’on finit par se désintéresser de cette comédie poussive où le metteur en scène a manifestement un peu trop compté sur l’abattage de ses comédiens.

© La Fabrique de Films

Affaire de famille de Claus Drexel_2008
avec André Dussollier, Miou-Miou, Eric Caravaca, Hande Kodja et Julien Courbey

LE GRAND ALIBI de Pascal Bonitzer

Dans Cinéma, France, Polar le 03/05/2008 à 09:46

 

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La grande déconfiture.

Opérant un drôle de mélange d’Agatha Christie sans son Poirot et du jeu du cluedo auquel fait immanquablement penser la belle affiche de Floc’h (mais qui diable a bien pu tuer le docteur dans la piscine avec le révolver du maître de céans retrouvé dans les mains de la femme de la victime ? mystère…), Pascal Bonitzer semble s’être également beaucoup amusé à parodier Alfred Hitchcock (cf. le décalque éhonté de l’épilogue de La mort aux trousses). Malheureusement, Mathieu Demy n’a rien de Cary Grant et Valeria Bruni Tedeschi (que l’on aimerait voir se renouveler un peu) n’est pas Eva Marie Saint.

Comme pour L’heure zéro de Pascal Thomas, ce film choral est l’occasion d’un tour de piste plus ou moins talentueux selon les acteurs en cause mais nous offre néanmoins la joie de retrouver (après Danielle Darrieux chez Thomas) la belle et mélancolique Emmanuelle Riva.

Il nous faut donc l’avouer, on s’ennuie ferme à cette enquête (même si Pierre Arditi et Miou-Miou, parfaits en excentriques, sont bien assortis), les seuls personnages intéressants – voire attachants – étant cruellement éliminés. Lambert Wilson, excellent dans son rôle de psychiatre arrogant trop sensible à la gente féminine et adepte des lapsus, nous prouve qu’il se bonifie avec l’âge et Catarina Murino exsude une triomphante sensualité (auprès des tristounettes Anne Consigny, Valeria Bruni Tedeschi et Céline Sallette, très fade ici, aux antipodes de son interprétation dans Meurtrières de Patrick Grandperret) qui lui sera fatale.

Finalement, c’est le fameux alibi pressenti, la bêtise et la transparente médiocrité accordées à l’assassin comme preuve d’innocence, qui finit par nous faire sourire.

C’est peu.

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Le grand alibi de Pascal Bonitzer_2008
avec Lambert Wilson, Miou-Miou, Valeria Bruni Tedeschi, Anne Consigny, Caterina Murino, Mathieu Demy, Pierre Arditi, Maurice Bénichou, Céline Sallette et Emmanuelle Riva