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Festival Paris Cinéma [09/07/12 — Journal de bord 11] : Lau Kar-leung, Peter Chan & Cécilia Rouaud

Dans Cécilia Rouaud, Cinéma, Festival, Festival Paris Cinéma, Lau Kar-leung, MK2 Bibliothèque, Peter Chan le 17/08/2012 à 10:36

© FredMJG

Jour du Palmarès.

D’avoir vu Vulgaria samedi soir m’a offert l’occasion de me lever un peu plus tard, soit juste une heure de rab’ pour mon horloge interne.

Petite journée que ce lundi puisque la distribution des prix a lieu ce soir.

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© Celestial Pictures Limited

15h. Martial Club de Lau Kar-leung_1981
avec Gordon Liu, Karry Hui, Mai Tak-lo, Ku Feng et Johnny Wang

Art et morale. Fi des moumoutes et des rôles d’affreux, avec Martial club de Lau Kar-leung, nous revoilà en terrain connu avec un Gordon Liu à longue natte dans le rôle qui lui fut assigné à la Shaw Brothers au regard de sa charmante frimousse, soit le garnement indocile possédant nonobstant une belle âme*.

Martial club est placé dès son prologue sous le signe du challenge et du dépassement de soi avec une joute homérique entre deux conceptions de la danse du lion qui, si elle semble un peu longuette, a le mérite de présenter les protagonistes et d’insister sur l’esprit de corps censé habiter tout disciple du kung-fu qui se respecte.

Deux élèves doués mais turbulents (Gordon Liu et Te-Lo Mai, dont la sœur discrète et raisonneuse interprétée par Kara Hui n’est pas non plus manchote question bataille rangée), fils héritiers de deux établissements de la ville sont amis et, négligeant leurs études au grand dam de leurs paternels respectifs, passent leur temps à se mesurer l’un à l’autre — au niveau triche, belles parlottes et descentes dans les boxons, ils en sont à un point partout — tout en mettant à sac les tavernes qui veulent bien encore leur faire crédit.

La menace va sourdre d’une troisième école dirigée par des malfaisants qui se foutent comme d’une guigne de leur premier mantra et espèrent bien supplanter leurs concurrents par la grâce d’un grand maître venu de l’ouest joué par Johnny Wang, cantonné habituellement dans le rôle de la vermine.

Ici, le coquin ne va pas manquer de se mesurer au petit Gordon certes, dans un superbe combat final où les deux adversaires rivalisent d’invention et d’élasticité tout en cheminant l’air de rien dans une ruelle devenant de plus en plus étroite, mais rappellera également à la bande de fourbes les valeurs fondamentales de l’art martial et ce, sans débordement de violence inutile.

Outre le duel — opposant Gordon Liu à Johnny Wang — qui clôt le film, deux autres échauffourées d’anthologie rythment l’aventure. L’une, subrepticement anarchique et résolument urvoltée, prend place dans un théâtre bondé, l’autre, d’une beauté ravageuse, se déploie sur des rouleaux de tissu aux couleurs chatoyantes.

Du beau spectacle en somme, à la morale cinglante.

* A noter qu’il offre ici une facette un tantinet plus digne de la fougueuse jeunesse du fameux héros Wong Fei-hong, interprété par Jackie Chan dans Drunken master.

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© Warner Bros

16h50. Comrades, Almost a love story de Peter Chan_1996
avec  Maggie Cheung, Leon Lai, Eric Tsang, Christopher Doyle et Kristy Yang

Nos plus belles années. Si les voies de la destinée sont en général impénétrables, il semble impossible à Peter Chan* — et aux spectateurs qui sentent battre sous leurs carapaces de cinéphiles endurcis un cœur de midinette tant ils sont submergés de sentiments complexes à la vision du couple si charmant que forment Maggie Cheung et Leon Lai — de ne pas se laisser aller à un romantisme échevelé où hasards et coïncidences complotent à réunir au bout de dix ans deux personnes si différentes et manifestement peu faites l’une pour l’autre qu’elles ne peuvent qu’enfin vieillir dignement ensemble.

Quiao/Maggie Cheung est la reine du système D. Se faisant passer pour une autochtone, elle profite éhontément de ses compatriotes émigrés à Hong Kong et ne s’agenouille que devant le solde de son compte bancaire qui grossit au gré de ses boursicotages. Jun/Leon Lai est un grand naïf persuadé que toute vie se gagne à la sueur de son front et animé par la volonté d’engranger suffisamment pour faire venir sa fiancée de Chine, l’épouser, lui faire plein d’enfants qui travailleront à leur tour très dur bref.

Ces deux là n’étaient fait que pour se croiser dans un Hong Kong de haute solitude, le temps que Quiao envoie Jun prendre des cours d’anglais (le professeur est interprété par Christopher Doyle qui magnifiera à tout jamais quatre ans plus tard la beauté singulière de Maggie Cheung dans In the mood for love de Wong Kar Wai) et empoche une commission au passage. Mais c’était compter sans la ténacité du bonhomme ravi d’avoir trouvé une épaule entreprenante et amicale sur laquelle s’appuyer… Un bon gros bêta, on vous dit.

Bien évidemment, et nous attendons impatiemment que nos deux zèbres passent  à l’acte, ils succomberont mais de vils coups du sort se chargeront de séparer nos tourtereaux, Quiao perdant sur un coup de dé toute sa fortune mal acquise et Jun convolant avec sa belle — comme il se l’était promis. Envers et contre tout. Et tant pis si les sentiments manquent à l’appel.

N’étant guère femme à se laisser abattre aussi facilement, Quiao parviendra à ses fins, dut-elle succomber au charme rugueux d’un truand sensible (étonnant Eric Tsang, inoxydable chef de triade dans Infernal Affairs d’Alan Mak) rencontré dans la pénombre d’un salon de massage — la manière de flirter du mafieux laisse d’ailleurs pantoise — où, nouvelle pauvre, elle a échoué et dont le scénario scellera d’ailleurs fort opportunément la fin.

Peter Chan nous fait partager cette drôle de passion au long cours entre deux rêveurs effrénés, mêlant à ces vies bien privées les bouleversements politico-économiques vécus par Hong Kong, et notamment l’angoisse et la folie qui ont précédé l’année de la rétrocession. Tout en décrivant cette maladie de l’exil qui frappe nos héros, leur bougeotte et insatisfaction perpétuelles les poussant à émigrer continuellement vers des terres promises toujours plus excitantes.

Il est également bon de noter que les trois femmes de la vie de Jun (sa tante qui l’héberge, Quiao sa sex-friend et son épouse, moins timide et docile qu’il ne se l’imaginait) sont non seulement dotées d’une volonté inflexible et d’une certaine noblesse d’âme mais possèdent en sus un don quasi inné pour la survie.

La voix de la diva taïwanaise Teresa Teng — héroïne bien malgré elle d’une combine malheureuse de Quiao  — parcourt le film et son tragique destin scellera à jamais dans une rue new yorkaise celui de nos amoureux, au ravissement des spectateurs énamourés.

Si Leon Lai, de par sa beauté un peu molle, fait reconnaissons-le de la figuration intelligente, c’est Maggie Cheung** — merveilleuse, est-il besoin de le souligner — qui porte le film sur ses frêles ( ?) épaules et nous transporte, impériale, au gré de sa fantaisie et de ses chagrins.

*  Réalisateur des Seigneurs de la guerre_2007 avec Jet Li, Andy Lau et Takeshi Kaneshiro
** Ultra primée pour ce rôle qui lui valut le prix de la meilleure actrice lors des Hong Kong Film Awards et des Hong Kong Film Critics Society Awards entre autres, tandis que Peter Chan et Eric Tsang y étaient également honorés

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Retrouvailles du jury à l’occasion de la cérémonie de clôture. Chris a tombé sa veste de survetque nous lui envions toutes et s’est fait tout joli pour monter sur scène et annoncer notre palmarès. Et je ne retire rien de ce que j’ai pu en dire.

Place au film présenté en 2 temps/3 mouvements par la réalisatrice entourée de quelques acteurs silencieux et bien figés. Seule une Vanessa Paradis un poil fébrile se fendit d’une intervention qu’elle voulait sans doute enthousiasmante. Selon elle, nous allions chacun reconnaître notre famille dans le film. Help !

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© Origami Films

21h. Je me suis fait tout petit, Cécilia Rouaud_2012
avec Denis Ménochet, Vanessa Paradis, Léa Drucker, Laurent Lucas, Laurent Capelluto, Louise Grinberg, Angèle Garnier, David Carvalho-Jorge, Valérie Karsenti et Grégory Gadebois

Chronique à venir.

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Il faut bien reconnaître que nous sommes quasiment tous restés avachis dans nos fauteuils par pure courtoisie.

Le générique de fin à peine entamé, nous nous enfuyons vers le Limelight où j’aurais enfin l’occasion d’échanger quelques mots avec Phil Siné croisé quelques jours plus tôt, ainsi qu’avec Agnès, une des étudiantes et où nous retrouverons Jérome pour boire un verre ou deux jusqu’au bout de la nuit.

A suivre…

Si vous avez raté le début

  • Avant première de Holy Motors de Léos Carax
  • Teaser
  • Jour 1 — vendredi 29 juin 2012 — avec Jeff Mills, André Sauvage & Herman Yau
  • Jour 2, Part 1 — samedi 30 juin 2012 — avec Roman Cheung, Nam Nai-choi, Herman Yau & Chin Man-kei
  • Jour 2, Part 2 — samedi 30 juin 2012 — avec Ann Hui, Yuen Wo Ping, Wu Ma, Miguel Gomes & Yeun Sang-ho
  • Jour 3 — dimanche 1er juillet 2012 — avec Ann Hui, Clara Law, Ringo Lam, Bence Fliegauf & Khavn de la Cruz
  • Jour 4 — lundi 2 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Michael Hui, Yang Yong-hi, Tom Shu-yu Lin & Yim Ho
  • Jour 5 — mardi 3 juillet 2012 — avec Raoul Ruiz, Kim Nguyen & Julia Murat
  • Jour 6, Part 1 — mercredi 4 juillet 2012 — avec Wu Ma & Kirk Wong
  • Jour 6, Part 2 — mercredi 4 juillet 2012 — avec Patrick Lung-Kong, Peter Wai-Chuen Yung & Allen Fong
  • Jour 7 — jeudi 5 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Ann Hui, Elmin Alper & Allen Fong
  • Jour 8 : Les délibérations — vendredi 6 juillet 2012 — avec Allen Fong
  • Jour 9, Part 1 — samedi 7 juillet 2012 — avec Patrick Tam & Ann Hui
  • Jour 9, Part 2 — samedi 7 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Yuen Wo Ping, Tsui Hark & Pang Ho-cheung
  • Jour 10, Part 1 — dimanche 8 juillet 2012 — avec la Fresh Wave
  • Jour 10, Part 2 — dimanche 8 juillet 2012 — avec Zhu Shilin, Doe Ching & Patrick Lung-Kong

Et le palmarès du Festival Paris Cinéma 2012

Festival Paris Cinéma [08/07/12 — Journal de bord 10. Part 2] : Zhu Shilin, Doe Ching & Patrick Lung-Kong

Dans Cinéma, Doe Ching, Festival, Festival Paris Cinéma, Forum des Images, Patrick Lung-Kong, Zhu Shilin le 10/08/2012 à 09:45

© FredMJG

Les femmes prennent le pouvoir.

Un léger problème sur le son lors de la projection de The decisive moment digéré, une pause café gourmand s’impose ; puis la journée se poursuit au Forum des images sans souci majeur, et ce, jusqu’au bout de la nuit.

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© Hong Kong Film Archive

16h30. Sorrows of the Forbidden City de Zhu Shilin_1948
avec  Zhou Xuan, Shu Shi, Hong Bo et Tang Ruoqing

Dans les griffes de Cixi. Narrant les dernières années de règne de la dynastie Qing, Sorrows of the forbidden city est une œuvre remarquable, d’une beauté visuelle surprenante et qui fait la part belle aux femmes, victimes toujours sacrificielles de la raison d’état.

Sommé d’épouser la donzelle — une traitresse larmoyante et rapporteuse — choisie par l’impératrice douairière qui répugne à lui abandonner totalement le pouvoir, voilà notre falot empereur, Guangxu, réduit à l’état de simple pantin, qui s’entête toutefois à n’honorer que la première concubine (la ravissante Zhou Xuan), femme de cœur et de tête, dont il est éperdument amoureux.

Et la jeune femme de profiter de ces grâces et de cette position inopinée pour provoquer la vieille peau et tenter de moderniser le palais. Tandis que l’ambitieux caresse un enthousiaste projet de réformes tant politiques qu’administratives de la Chine. Tout en lorgnant sur le trône où il espère bien un jour pouvoir poser ses augustes fesses.

D’une grandeur tragique, Sorrows of the forbidden city est un étourdissant ballet d’intrigues et de trahisons avec son compte d’eunuque délateur et de ministres félons, où confinés dans une cage dorée où même les geôliers ne détiennent guère la clé, les princes, leurs favorites et leurs sbires s’affrontent et se défient au total mépris du peuple qui gronde aux portes de la forteresse, éternelle cible de guerres insensées et de défaites sanglantes.

Le film s’achève sur la fuite éperdue de l’empereur et de sa suite, tandis que la concubine, belle âme indomptable n’aura d’autre choix que l’obéissance aveugle et le déshonneur de la déroute ou le suicide et l’affirmation de soi et de sa liberté.

Triste constat où l’on voit les nobles se travestir en paysans pour échapper tant à la vindicte des vainqueurs qu’à la folie des Boxers, assassins nationalistes qu’ils ont réchauffés en leur sein, rêvant d’une armée secrète chargée de juguler l’avidité des puissances étrangères.

A noter pour la petite histoire que le film de Zhu Shilin fut jugé  — notamment à cause de sa critique acerbe des agissement des Boxers — antipatriotique et interdit par Mao Tse Tung et ce, sous l’impulsion de sa femme si l’on en croit la rumeur publique.

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© Hong Kong Film Archive

19h. Our Sister Hedy de Doe Ching_1957
avec Julie Yeh Feng, Hong Mu, Jeanette Lin Tsui, Dolly Soo Fung, Peter Chen Ho, Kelly Lai Chen et Wang Yuen-lung

4 mariages et un accident. Comme le Docteur March, monsieur Kong a fort à faire avec ses quatre filles. Bien que d’un tempérament différent mais sacrément cabochardes, elles ne vont cesser de se chamailler à tout propos — au sujet de leur avenir mais surtout bien évidemment de la gent masculine — durant près de deux heures.

Le film, bien qu’amusant, est un peu longuet puisque l’on devine très tôt que ce singulier quatuor va finir par se caser selon l’archétype représenté, au grand bonheur du papa gâteau, un tantinet dépassé.

Car malgré un suspense impitoyable pour cause d’un affreux drame qui s’abat sur le garçon manqué de la bande (la fameuse Hedy, grande gueule interprétée avec une belle assurance par Jeanette Lin Tsui) — et qui laisse augurer du pire avant de se résoudre en deux temps trois mouvements à l’hilarité générale des spectateurs — tout est bien qui finira merveilleusement bien. A la jeune mais sensible écervelée, un mariage d’amour ; à la vieille fille trop raisonnable, le veuf d’ores et déjà flanqué de deux gamines ; à la scandaleuse (la réjouissante Julie Yeh Feng en mante religieuse héroïne de quelques cha-cha-chas dévoyés), les épousailles de raison. Quant à notre brave Hedy, malgré ses dénégations, elle se noiera dans le regard velouté de Kelly Lai Chen et convolera également en justes noces après un infernal chassé-croisé amoureux où le téléphone joue malicieusement un rôle primordial.

Comédie de mœurs charmante bien qu’extrêmement datée — le rêve secret de toute damoiselle qui se respecte et ayant acquis son indépendance financière est manifestement encore et toujours de trouver, si ce n’est l’amour de sa vie, du moins un beau parti —, Our sister Hedy témoigne néanmoins de l’émancipation des femmes dans le Hong Kong bourgeois des années 50 et des transformations profondes de la société.

Le plus surprenant dans la réalisation très classique de Doe Ching est le manque total de fluidité entre les différentes scènes. Chaque petite vignette, qu’elle soit drolatique ou sentimentale, se clôture immanquablement par un brutal et expéditif fondu au noir qui tend de ce fait à étouffer la narration. Parti-pris fort singulier donc, qui heurte en permanence la rétine et tend à devenir fatiguant sur la longueur.

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© Hong Kong Film Archive

21h15. Teddy Girls/Fei nu zheng zhuan de Patrick Lung-Kong_1969
avec Josephine Siao, Kenneth Tsang Kong, Nancy Sit Kar-yin, Meng Li, Lydia Sum, Ha Ping et Patrick Lung Kong

Rebelles, et pour cause. Teddy girls nous plonge sans ménagement dans le monde brutal de la délinquance juvénile, côté filles. Et elles ne sont guère moins violentes que les mâles. L’héroïne (l’impeccable Josephine Siao, future héroïne de The spooky bunch de Ann Hui), qui vient d’un milieu plutôt aisé, ne sait comment exprimer son mal de vivre autrement qu’en participant à des bringues à tous casser — et surtout les têtes des gars qui oseraient s’approcher d’un peu trop près de ses copines.

Envoyée illico dans un centre de redressement, elle va se trouver confrontée à moult humiliations de la part de ses co-détenues — nettement moins sadiques cependant que dans les multiples séries B consacrées aux "femmes en prison" — qui vont lui faire passer le goût de la délation.

C’est que Josephine veut avant tout qu’on lui fiche une paix royale et caresse en loucedé l’idée de s’évader de sa cage pour faire payer au centuple sa génitrice, coupable d’avoir trompé son père jusque dans le lit conjugal, et surtout crever son beau-père, immonde gigolo qui a précipité la ruine de sa famille tandis qu’elle croupit en tôle.

Comprenant que l’union fait la force, Josephine fait un marché avec d’autres infortunées (dont Nancy Sit Kar-yin, sur le chemin quant à elle, de la réhabilitation), tout aussi résolues à se venger des hommes qui les ont subornées.

Maquereau d’une lâcheté exemplaire, traitre visqueux ou jeunes excités qui n’aiment rien tant que trousser les jeunes filles surtout quand elles disent non, le moins que l’on puisse remarquer est que la gent masculine est décrite ici de manière bien peu glorieuse. Il n’y a, pour sauver la dignité du sexe fort, que le bienveillant directeur de l’institution — porte-parole du réalisateur* — qui préfère, au grand dam de ses supérieurs moins enclins à l’indulgence, comprendre et conseiller plutôt que châtier aveuglément. Ainsi va-t-il encourager ses "pensionnaires" à s’exprimer au travers d’un défilé de mode, scène hautement ahurissante en un tel lieu.

Dès lors que les fugitives se consacrent à leur vendetta, le rythme du film s’accélère et les scènes de crime sont filmées dans un état d’hystérie totale, un frénétique meurtre à l’arme blanche révélant notamment la folie psychotique d’une des proscrites (Lydia Sum). Lorsque Josephine se retrouve face à sa proie, la voilà qui entame avec elle une danse de mort quasi orgasmique, où les rôles brusquement se trouvent inversés. A l’adolescente le pouvoir de vie ou de mort sur l’affreux, au beau-père désormais sans défense face à la furie, la peur abjecte.

Si Teddy girls évoque, sans toutefois égaler le sadisme inhérent au genre, les pelloches de la Nikkatsu exploitant à loisir le thème de la criminalité juvénile, et plus particulièrement la fameuse série des Stray Cat Rock** produite en 1970, le film s’inscrit nonobstant dans la droite lignée des mélodrames sociaux de Patrick Lung-Kung.

Pour preuve, le long discours très moral du directeur qui clôt le film où il s’interroge sur la part de responsabilité d’une civilisation répressive aux lendemains qui font déchanter une jeunesse en perte de repères et réaffirme l’importance de l’éducation parentale, tout en n’oubliant pas de pointer du doigt les inégalités sociales qui poussent au crime les plus démunis. Il est évident que pour lui, comme pour le réalisateur, toute société a les voyous qu’elle mérite. Édifiant.

* A noter que Patrick Lung-Kong s’est octroyé ici — après avoir interprété le flic tenace qui rendait la vie infernale au protagoniste de Story of a discharged prisoner — le rôle ingrat, qu’il tient à la perfection, du libidineux beau-père.

** Et surtout le fameux Boulevard des chattes sauvages de Yasuharu Hasebe, avec l’indomptable Mako Keiji — future Femme scorpion vengeresse — en tête d’affiche, projeté en début d’année à la Cinémathèque Française lors du centenaire de la Nikkatsu.

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A suivre…

Si vous avez raté le début

  • Avant première de Holy Motors de Léos Carax
  • Teaser
  • Jour 1 — vendredi 29 juin 2012 — avec Jeff Mills, André Sauvage & Herman Yau
  • Jour 2, Part 1 — samedi 30 juin 2012 — avec Roman Cheung, Nam Nai-choi, Herman Yau & Chin Man-kei
  • Jour 2, Part 2 — samedi 30 juin 2012 — avec Ann Hui, Yuen Wo Ping, Wu Ma, Miguel Gomes & Yeun Sang-ho
  • Jour 3 — dimanche 1er juillet 2012 — avec Ann Hui, Clara Law, Ringo Lam, Bence Fliegauf & Khavn de la Cruz
  • Jour 4 — lundi 2 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Michael Hui, Yang Yong-hi, Tom Shu-yu Lin & Yim Ho
  • Jour 5 — mardi 3 juillet 2012 — avec Raoul Ruiz, Kim Nguyen & Julia Murat
  • Jour 6, Part 1 — mercredi 4 juillet 2012 — avec Wu Ma & Kirk Wong
  • Jour 6, Part 2 — mercredi 4 juillet 2012 — avec Patrick Lung-Kong, Peter Wai-Chuen Yung & Allen Fong
  • Jour 7 — jeudi 5 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Ann Hui, Elmin Alper & Allen Fong
  • Jour 8 : Les délibérations — vendredi 6 juillet 2012 — avec Allen Fong
  • Jour 9, Part 1 — samedi 7 juillet 2012 — avec Patrick Tam & Ann Hui
  • Jour 9, Part 2 — samedi 7 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Yuen Wo Ping, Tsui Hark & Pang Ho-cheung
  • Jour 10, Part 1 — dimanche 8 juillet 2012 — avec la Fresh Wave

Et le palmarès du Festival Paris Cinéma 2012

Festival Paris Cinéma [08/07/12 — Journal de bord 10. Part 1] : La Fresh Wave

Dans Cinéma, Court-métrage, Festival, Festival Paris Cinéma, Forum des Images, Lai Yan-chi, Leung Chung-Man, Vicky Wong, Wong Chun, Wong Hin-Yeung le 09/08/2012 à 09:47

© FredMJG

Festival International de Courts Métrages Fresh Wave.
Abandon ce jour du programme prévu (Man on the brink d’Alex Chung qu’il me semble avoir déjà vu au siècle dernier (bah ! quoi ?) dans une copie bien pourrave et les deux téléfilms d’Allen Fong — un crève cœur — réalisés pour la série Below the lion rock à laquelle a également participé Ann Hui) au MK2 Bibliothèque car 1/ me connaissant, je sais que je ne vais pas avoir le courage de reprendre le métro pour changer de cinéma 2/ c’est l’occasion de profiter un peu de Johnnie To en allant visionner les courts métrages de la Fresh Wave dont il est le parrain.

Direction donc le Forum des images en espérant fort qu’aucun sabotage ne vienne assombrir plus encore ce dimanche pluvieux.

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© ADC

14h. 6th March de Wong  Chun_2011
avec Wong Yat-ho, Derrick Benig, Chan Wai-kin, Cheng Shu-fung, Yu Ka-lun et Charles Chan

Table ronde. Arrêtés lors d’une manifestation, trois étudiants — qui ressemblent comme des clones, conscience politique aiguë en sus, aux collégiens de L’enfer des armes — font face à 3 générations de policiers aux idées et aux méthodes dissemblables (le plus vieux est autrefois arrivé à la nage de la Chine continentale et leur reproche insidieusement de ne pas avoir les ambitions équivalentes à la chance qui leur est offerte de poursuivre des études, le plus jeune est le frère de l’un des protestataires).

Entre menaces sous-jacentes et leçons de morale édifiantes, 6th march renvoie dos à dos des gamins qui ne se retrouvent pas dans les idées de leurs ainés (l’ascension sociale doit obligatoirement se faire dans la souffrance et à la force du poignet tout en suivant aveuglément la ligne du parti si l’on en croit les fonctionnaires de police) et des adultes totalement dépassés face à une jeunesse qui refuse de jouer le jeu de l’individualisme à tout crin. Travailler plus pour gagner encore moins, voilà bien une idée universelle qui parcourt désormais le monde.

Si la corruption généralisée, la crise financière et surtout, la folie immobilière qui a toujours court à Hong Kong sont fustigées, Wong Chun n’en oublie pas de nous faire partager les affres familiales de ses jeunes héros, où l’ainé semble encore et toujours devoir se sacrifier pour les cadets.

Les six acteurs sont remarquables et la tension prégnante de bout en bout.

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© ADC

Basket de Wong Hin-Yeung_2009
avec Sin Ng-tsai, Lam Cham-yin Augustine, Law Ah-kau et Wong Kam-mui

Fils indignes. Délaissant la cartographie sinueuse de Hong Kong, Wong Hin-Yeung situe son court métrage dans un petit village de pêcheurs en pleine crise. Le poisson est rare, les bouches à nourrir trop nombreuses, la famille se doit donc d’ ‘éloigner’ les inutiles.

Basket est une sorte de mini Ballade de Narayama, sans la noblesse de cœur — la grand-mère que l’on va abandonner dans une crique comme on le ferait d’un clébard à l’orée d’une forêt est parfaitement gâteuse et son mutisme vaut condamnation —, dont la cruauté est soulignée à l’épilogue par la logique lapidaire d’un enfant. Cinglant.

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© ADC

Gwangong VS Alien de Leung  Chung-Man_2011
avec Chan Wai Sing, Choi Kit, To Ching Sing, Vito Kit, Torrice Tsui et Kwai Tin Pang

Godzilla pas mort. Un alien belliqueux aux allures de poussin en ferraille s’apprêtant à détruire Hong Kong, Pékin envoie sans coup férir son super robot de la mort, Lei Feng, héros de la propagande maoïste. Manifestement aussi obsolète que ses idées, notre androïde succombe sous les coups de l’envahisseur contre lequel, en désespoir de cause, est mandé le héros sans peur et sans reproche Gwangong.

Définitivement barré, Gwangong vs alien rappelle les San Ku Kaï et autre Bioman de notre enfance. Si ce n’est que, sous couvert d’un délirant film de monstres, Leung Chung-man critique de manière acerbe le gouvernement chinois tout en rendant un insolent hommage aux révoltés de Tien’anmen.

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© ADC

15h. 1+1 de Lai Yan-chi_2010
avec Ricky Yeung Sau-churk, Jocelyn Kan et Ducky Chi-tak

Le bonheur en héritage. Interprété par des non-professionnels — Ricky Yeung Sau-churk est cependant un artiste activiste reconnu — 1+1 rappelle, de par sa structure, les docu-fictions d’Allen Fong.

Le film de Lai Yun-chi suit un grand-père et sa petite fille dans les rues de Hong Kong où ce touchant duo plante des bambous au milieu du béton, marquant ainsi chaque endroit que le progrès et les entreprises immobilières vouent à la disparition.

Tout à leur villégiature, ils se créent des souvenirs, dissertent sur le temps qui passe, le bonheur d’être ensemble et notamment le pardon à accorder aux tiers et à soi-même par l’entremise du kidnapping d’une petite tortue, dont la libération en pleine ville a suffi à racheter les péchés de son propriétaire.

1+1 est un délicieux conte écolo-poétique où emmener de préférence les enfants turbulents qui y apprendront quelques leçons élémentaires de vie : profiter des gens qu’ils aiment avant qu’ils ne disparaissent et leur allouer pleine confiance pour ne pas risquer de se perdre définitivement.

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© ADC

The decisive moment de Vicky Wong_2010
avec Huang Xianguang, Tang Kwun-hang, Yow Chee-bore, Mak Lok-sun, Leung Pui-yee et Lam Kin-ming

Portrait d’un vieux briscard. Emprunt d’une certaine nostalgie, The decisive moment est le faux biopic — interviews de ses anciens collègues à l’appui — d’un reporter photographe ,"Uncle Cheung" (Huang Xianguang), qui a bâti sa réputation sur un don imparable, la capacité quasi magique de capturer au bon moment le tragique d’une scène, et ce, sans états d’âme particulier. Jusqu’à ce qu’un jour, de l’autre côté de l’objectif, l’agonie d’un proche le force à se confronter à sa propre conscience et l’abandonne, impuissant à poursuivre son métier.

Désormais incapable de prendre une photo "intéressante" selon la nouvelle éthique des médias modernes engagés dans une course concurrentielle qui leur fait souvent oublier toute pudeur pour coller du sang à la une, Uncle Chung va trouver une nouvelle raison de vivre en prenant sous son aile un jeune collègue cynique et méprisant, quoique fasciné par cette gloire défunte. Disciple qu’il rendra célèbre, à son corps défendant. Mais le doigt sur le déclencheur comme si son appareil pouvait encore servir de bouclier et tenir la mort à distance.

Traitant judicieusement des dérives de la presse à sensation, The decisive moment interroge tout autant la fascination des sociétés modernes pour les faits divers que la difficulté des journalistes à calculer la saine distance entre voyeurisme et témoignage.

A lire : Sur EastAsia, l’entretien avec les réalisateurs Lai Yan-chi et Vicky Wong.

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A suivre…

Si vous avez raté le début

  • Avant première de Holy Motors de Léos Carax
  • Teaser
  • Jour 1 — vendredi 29 juin 2012 — avec Jeff Mills, André Sauvage & Herman Yau
  • Jour 2, Part 1 — samedi 30 juin 2012 — avec Roman Cheung, Nam Nai-choi, Herman Yau & Chin Man-kei
  • Jour 2, Part 2 — samedi 30 juin 2012 — avec Ann Hui, Yuen Wo Ping, Wu Ma, Miguel Gomes & Yeun Sang-ho
  • Jour 3 — dimanche 1er juillet 2012 — avec Ann Hui, Clara Law, Ringo Lam, Bence Fliegauf & Khavn de la Cruz
  • Jour 4 — lundi 2 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Michael Hui, Yang Yong-hi, Tom Shu-yu Lin & Yim Ho
  • Jour 5 — mardi 3 juillet 2012 — avec Raoul Ruiz, Kim Nguyen & Julia Murat
  • Jour 6, Part 1 — mercredi 4 juillet 2012 — avec Wu Ma & Kirk Wong
  • Jour 6, Part 2 — mercredi 4 juillet 2012 — avec Patrick Lung-Kong, Peter Wai-Chuen Yung & Allen Fong
  • Jour 7 — jeudi 5 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Ann Hui, Elmin Alper & Allen Fong
  • Jour 8 : Les délibérations — vendredi 6 juillet 2012 — avec Allen Fong
  • Jour 9, Part 1 — samedi 7 juillet 2012 — avec Patrick Tam & Ann Hui
  • Jour 9, Part 2 — samedi 7 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Yuen Wo Ping, Tsui Hark & Pang Ho-cheung

Et le palmarès du Festival Paris Cinéma 2012

Festival Paris Cinéma [07/07/12 — Journal de bord 9. Part 2] : Patrick Tam, Yuen Wo Ping, Tsui Hark & Pang Ho-cheung

Dans Cinéma, Festival, Festival Paris Cinéma, Hong Kong, MK2 Bibliothèque, Pang Ho-cheung, Patrick Tam, StrictoPerso, Tsui Hark, Yuen Wo Ping le 04/08/2012 à 19:08

© FredMJG

Samedi, c’est également jour de la brocante.

Ayons donc une pensée pour tous ceux qui ont décidé de braver les intempéries pour y exposer ou y chiner.

Quant à moi, je poursuis mon marathon du week-end avec ce brave Pat’.

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© Mei Ah Entertainment Group Ltd

13h. Nomad/Lie huo qing chun de Patrick Tam_1982
avec Leslie Cheung, Ken Tong, Patricia Ha et Cecilia Yip

Plein soleil. 4 jeunes gens, beaux, plus ou moins riches — mais partageurs — et qui semblent s’ennuyer à périr jouent nonchalamment au jeu de l’amour vache et du hasard (Mention spéciale pour le couple Leslie Cheung dont on espère à tout moment une danse hypnotique et lascive devant le miroir d’une armoire* et Cécilia Yip, excellente en infernale chipie entretenue) tout en trainant un mal de vivre indéfinissable dans un Hong Kong nocturne d’une beauté inouïe.

Vivre vite, mourir jeune en laissant un beau cadavre semble être leur crédo. Ça tombe rudement bien. Leur existence oisive va prendre un étrange tournant lorsque l’ex-amant d’une des filles, dissident de l’Armée Rouge japonaise, vient se réfugier auprès d’eux et les invite à séjourner avec lui sur son bateau baptisé Nomad. Et le spectateur de se demander combien de temps il va falloir à notre ménage à trois pour imploser.

Mais l’homme est poursuivi par une de ses anciennes camarades, du genre hargneux, chargée de l’abattre. Ignorant tout de la menace qui rôde, voilà nos amoureux qui se livrent avec délices à leurs ébats, s’abandonnent pleinement aux caresses du soleil — il faut voir comment le réalisateur filme en long plans langoureux ses actrices, mais surtout ses acteurs, à moitié nus, endormis comme deux chérubins sur le sable, en saisissant en quelques plans la vanité de leurs jeunes chairs corruptibles pour avoir le souffle coupé — et attendent, on ne sait quoi. Et de nous inquiéter sur l’avenir improbable de ces petites créatures sans défense.

L’épilogue d’une invraisemblable brutalité — notre vengeresse ninja débarquant en plein farniente sabre au clair en vue de régler définitivement le sort des traitres de tous poils — ne laissera personne indemne et surtout pas le spectateur qui se demande volontiers si Patrick Tam n’aurait pas filmé cette romantique aventure que dans le seul but de la saccager et d’occire méchamment ses protagonistes. Comme si le bonheur n’était qu’utopie, voire niaiserie en ce bas monde. Surprenant !

* Ceux qui ont vu Nos années sauvages de Wong Kar Wai réalisé quelques huit années plus tard approuveront vivement.

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Si quelques fous rires nerveux ont accueilli le massacre final, un charmant jeune homme, encore abasourdi, m’a demandé près de la sortie comment j’entendais cette fin si étrange alors que tout le film était voué à l’exaltation d’une jeunesse libre et triomphante… Mais renseignements pris, il n’avait pas vu My love is that eternal rose ou il se serait méfié.

Je retrouve Shunrize qui avait mis le Yuen Wo Ping à son programme et  nous croisons dans la salle 6 ce brave Alexandre Mathis échappé de la forêt où il réalise depuis un moment un court-métrage, flanqué de Nico et de Viguen.

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© Hong Kong Film Archive

15h. Iron Monkey de Yuen Wo Ping_1993
avec Donnie Yen, Yu Rong-guang, Jean Wang, Tsang Sze-man et Yam Sai-koon

Danse avec les rondins. Iron Monkey est un robin des bois as du Kung-fu qui vole aux riches corrompus pour redistribuer ses rapines aux pauvres. Les hauts fonctionnaires ne l’entendant pas de la même oreille se mettent dans l’idée de faire embastiller toute personne pratiquant peu ou prou les arts martiaux, ce qui offrent quelques scènes réjouissantes pour les zygomatiques tant leurs sbires sont décrits comme d’improbables crétins (la palme à celui qui arrête un capucin).

Les geôles se remplissent mais le hors-la-loi sévit toujours. Profitant de l’arrivée d’un étranger en ville, fort versé dans les sports de combat et flanqué de son bambin, ils ne trouvent rien de plus intelligent que de le faire chanter en lui subtilisant le marmot qui ne retrouvera la liberté qu’en échange de la capture de cette fichue canaille d’Iron Monkey.

Bien mal leur en prend de caresser une idée si saugrenue. Après une échauffourée où les deux combattants s’observent, se jaugent et apprennent à reconnaître la noblesse de leurs intentions, voici nos preux chevaliers qui se liguent illico contre l’oppresseur.

Exaltant les qualités de cœur des âmes pures, Iron Monkey est une succession de combats, souvent nocturnes et magnifiquement chorégraphiés, où les adversaires jonglent aussi bien avec des ombrelles que du mobilier, s’envolent et se jouent de la pesanteur, cavalent sur les toits du village, échappent aux policiers — l’un d’entre eux ressemble à s’y méprendre à ce pleutre de sergent Garcia — en les ridiculisant, se dédoublent par la grâce de leurs disciples — Jean Wang est si charmante que notre voyageur s’en trouvera momentanément ému — et où, comme de bien entendu, les gens de bien triompheront inéluctablement du mal.

Sans compter que nos deux héros, Donnie Yen et Yu Rong-guang ne sont pas désagréables à regarder. Ils nous offrent par ailleurs, doués comme ils le sont également pour les tâches ménagères, une joute culinaire de derrière les fourneaux qui nous fait foncièrement saliver.

Si l’on précise qu’à leurs ennemis jurés se joignent en désespoir de cause des nonnes en délire commandées par un moine Shaolin, vendu au démon et spécialiste d’un superbe coup bas baptisé "la paume de King Kong", avec lequel nos vertueux vont entamer une homérique danse sur des rondins enflammés, il va de soi que le spectacle est enchanteur et le délire, particulièrement jouissif (et ce ne sont pas quelques menus problèmes techniques qui vont nous faire bouder notre plaisir).

A noter que vous pouvez retrouver Yuen Wo Ping dans sa masterclasss animée par Nicolas Saada aux 3Luxembourg intégralement enregistrée par 1kult ici.

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Les papilles en émoi, je me balade avec Valérie qui tient à faire un tour à la brocante et lui vante sournoisement les qualités de Nomad — et notamment son prodigieux final — avant de lui proposer de poursuivre l’après-midi avec le dernier opus de Patrick Tam prévu aux festivités, Love massacre, précédé ici d’une très flatteuse réputation de film culte où nous devons retrouver Chris et Anna, également tentés par l’expérience.

Miss Shunrize, que je commence à soupçonner d’être atteinte de masochisme latent, consent… Et débute un grand moment de rigolade que nous ne sommes pas prêtes d’oublier.

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© D&D Limited

17h. Love massacre/Ai Sha de Patrick Tam_1981
avec Brigitte Lin, Charlie Chin, Chang Kuo-chu, Tina Lau, Deanie Yip, Patrick Lung Kong et Ann Hui

Mélodie meurtrière en bleu blanc rouge. Second film de Patrick Tam et tourné en grande partie à San Francisco, Love massacre débute comme un drame existentiel où les héros totalement déconnectés de la vie réelle sombrent les uns après les autres dans une dépression carabinée avant de virer au jeu de massacre — au sens propre — lorsque l’un des protagonistes, à la santé mentale chancelante, laisse libre court à la violente frustration engendrée tant par le suicide de sa sœur cadette que par l’incapacité de survivre à une rupture amoureuse. Notre bonhomme se met à massacrer consciencieusement toutes les jeunes femmes habitant sous le même toit que celle qui l’a quitté et qu’il ne peut toutefois se résoudre à occire.

Love massacre est une œuvre tout bonnement effarante. Si l’on savait déjà que Jean Luc Godard est une de ses idoles, Patrick Tam s’embarque dès le prologue — une femme à la robe écarlate s’enfonce dans le désert et nous rappelle la fuite des héroïnes (é)perdues chères à Antonioni — dans des expériences visuelles étonnantes. Rendant tout autant hommage à Mark Rothko — le couple qui se délite erre longuement dans une galerie qui expose ses toiles hypnotiques — qu’à David Hockney, le réalisateur fait évoluer des personnages comme vidés de leur substance, qui s’intègrent au décor ou s’en détachent inconsciemment, images à peine mouvantes dans des plans sublimes où tranchent le bleu (des murs ou du ciel), le blanc (des vêtements) et le rouge (du sang qui gicle).

Si la palette dans la seconde partie du film — place désormais au slasher glauque — fait immanquablement songer aux recherches plastiques des maîtres du giallo, c’est pourtant un film en noir et blanc — où sont néanmoins insérés, comme  des blessures, quelques plans en couleurs — qu’évoque irrémédiablement Love massacre, soit Les anges violés de Koji Wakamatsu, tourné en 1967 et inspiré du même fait divers sanglant qui endeuilla Chicago en 1966 et sur lequel la scénariste Joyce Chan (également auteur de Ah SzeThe spooky bunch et The secret de Ann Hui) a brodé cette schizophrénique variation.

Dans le rôle de la maîtresse infortunée, Brigitte Lin (future reine de glaces dans Zu, les guerriers de la montagne magique de Tsui Hark_1983 et héroïne en 1994 de Chungking express puis des Cendres du temps de Wong Kar Wai) balade son spleen d’héroïne tragique avec une grâce toute somnambulique tandis que le sinistre Charlie Chin est parfaitement répugnant dans le rôle du psychopathe. La scène finale entre les deux amants est proprement ahurissante de grandiloquence mélodramatique et de malaise diffus.

Notons que l’on ne peut parfois s’empêcher de rire tant certains dialogues, tantôt d’une niaiserie abyssale — ainsi un gandin souhaitant négligemment une bonne nuit à notre héroïne folle d’inquiétude tandis que derrière la porte notre dingo s’excite comme un foufou à poignarder ou étouffer la maisonnée — sonnent (involontairement ?) creux.

Il y a comme un détachement du réalisateur bien trop empressé à lécher ses plans qu’à offrir un peu de chair à ses ectoplasmes. Quoiqu’il en soit, Love massacre — qui fut un échec sanglant (sans jeu de mot) au box office — mérite d’être vu, ne serait-ce que comme curiosité tant il tranche de par l’intransigeance de ses partis pris stylistiques sur la production de l’époque.

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Valérie me maudit donc, mais à moitié, tant son voisin qui y croyait à fond et sursautait à chaque Bouh! l’a mise en joie.

Un peu échaudée par la mésaventure Wild, wild rose, je décide de privilégier une révision sur grand écran du chef d’œuvre nihiliste de Tsui Hark — accessoirement, pour me faire pardonner, j’y entraine Valérie qui ne l’a jamais vu et décide pour la peine de profiter de la première projection de Vulgaria dans la foulée, ce qui me prive de la découverte des films de Ton Shu-shuen, mais me permettra lundi de me lever un peu plus tard que prévu.

Le film de Tsui Hark est présenté par Léonard Haddad que nous aurions bien écartelé lorsqu’il s’avisa de causer du décorum de la dernière scène du film… Mais rendons toutefois grâce à HK Video (et à Christophe Gans) pour avoir en d’autres temps édité les deux versions du film. Celle qui nous est présentée aujourd’hui est le director’s cut  que les producteurs retirèrent de l’affiche et pour laquelle Tsui Hark retourna quelques scènes qui n’édulcorèrent guère la critique corrosive émanant du projet. Ceci expliquant pourquoi les scènes censurées sont d’une piètre qualité technique. Mais ne boudons pas notre plaisir, notamment lorsque retentissent Dawn of the dead de Goblin emprunté à George Romero ou Oxygène de Jean-Michel Jarre (!).

Liste non exhaustive des morceaux de la bande (pas très) originale à lire ici.

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© Fotocine Holding

19h. L’enfer des armes/Di yi lei xing wei xian de Tsui Hark_1980
avec Lo Lieh, Lin Chen-chi, Albert Au, Paul Che et Lung Tin-sang

Les quatre de l’apocalypse. Après The butterfly murder_1979 et Histoire de cannibales_1980, L’enfer des armes (Dangerous encounter of the first kind ou Don’t play with fire) est un damné brûlot d’un cynisme éhonté qui clôt sur une note insolemment tragique la trilogie du chaos de Tsui Hark avant qu’il ne décide de s’embarquer dans d’ébouriffants spectacles débordant de guerrières acrobatiques, de combats de sabre et de manifestations fantasmagoriques.

Dès le prologue, le rouge est mis. Une bande de gamins s’amusent à balancer de la peinture rouge dans la cour de leur immeuble, éclaboussant au passage une des habitantes qui les maudit.

Trois étudiants bien propres sur eux, manifestement doués mais livrés à l’ennui décident, par défi, de fabriquer une bombe et de la poser dans un cinéma où, ironie du sort, est projeté un film de guerre explosif (rappelons que Tsui Hark s’est inspiré d’un fait divers qui secoua les bonnes âmes de Hong Kong à la fin des années 70). Manque de bol pour le trio, une jeune fille qu’ils pensent tout d’abord aisément impressionnable a été témoin de leur saloperie et en profite pour les faire chanter.

Nos velléitaires ne sont pas au bout de leur surprise. Car la belle orpheline élevée par son flic de frère* — un type alcoolique et violent en butte avec sa hiérarchie, dépassé autant par les événements que par cette adolescente révoltée qu’il ne comprend guère — est une anarchiste à tendance hautement suicidaire, une vraie de vraie, de celle qui ne fait pas dans la dentelle et n’a strictement rien d’autre à perdre que le dégoût de l’existence, en bref, une sociopathe de première dont on se demande si sa propension à supplicier et massacrer des bestioles sans le moindre repentir ne relèverait pas de la camisole. La demoiselle s’imagine dès l’abord qu’elle vient de croiser des frères de sang aussi prompts qu’elle à adopter contre une société qu’elle abhorre la solution finale : flinguer en masse, sans distinction en bombardant la cité en loucedé. Alléger sa douleur de vivre par la destruction systématique de l’autre, et surtout de ses biens, voilà qui titillait chaque jour la vénéneuse psyché de notre terroriste en herbe avant qu’elle ne tombe sur les trois stooges.

Mais ils ne viennent pas du même monde et nos petits bricoleurs ne sont guère enclins à se mélanger avec cette drôlesse qui les empêcherait plutôt de se ré-emmerder en rond. Nos lascars ont toutefois le plus grand mal à se débarrasser discrètement de cette verrue qui les colle jusqu’à ce qu’ils se découvrent un ennemi commun. Soit une bande de mercenaires menée par un Rambo blondinet (atroce caricature du vétéran du Vietnam revanchard, tatoué et psychopathe) auquel ils dérobent des bons au trésor auxquels était joint un mystérieux contrat avec lequel les petits anges se sont fait un plaisir de se torcher. Bras d’honneur face caméra auquel vont répondre tortures et rafales d’armes lourdes.

L’enfer des armes est sans appel, rappelant brutalement à tous leurs véritables places dans la chienlit ambiante. Les américains (Humour involontaire ? Les acteurs occidentaux débitent tous leurs lignes comme des croquemitaines issus d’une série Z, ce qui accroit encore la dinguerie de l’ensemble) ne sont que de vulgaires tueurs sans scrupule, le gouvernement en place, des gredins et les expatriés qui profitent des bienfaits de la ville, de vils colonisateurs. Il faut d’ailleurs noter de quelle manière le flic renvoie aux anglais leur propre racisme quand il se met dans l’idée de tabasser deux businessmen qu’il a pris pour des malfaisants sous le fallacieux prétexte qu’ils se ressemblent tous (rires dans la salle).

Mais il ne faut pas s’imaginer que Tsui Hark excuse automatiquement l’imbécillité des collégiens ou cautionne la folie de son héroïne — prodigieuse Chi Len Li à qui l’on filerait volontiers le pardon de bouddha sans confession —, la plus ahurissante des forcenées à avoir jamais erré dans son univers. Bien au contraire. Pour lui, on hérite des enfants que l’on mérite. Et manifestement, le temps n’est plus à leur abêtissement. Dans une société devenue sans repère, crevant dans l’œuf les espoirs et les ambitions d’une jeunesse déjà perdue, où ne règne plus que résignation et appât du gain, et qui ploie encore sous le joug des colonisateurs qui se partagent toujours les meilleures parts d’un gâteau qu’ils vont rétrocéder dans quelques années à un pays guère avenant, le réalisateur distribue à tout un chacun son dû.

Entraînés par notre passionaria qui ne songe qu’à tout brûler, nos bad boys de pacotille vont bientôt reconnaître l’évidence, qu’ils ne sont que de stupides chiots incompétents face aux impitoyables chiens de guerre, mafieux et autres profiteurs de tous poils. Pris dans le maelström d’une histoire qui les dépasse, leur cavale les mènera aux confins de la folie pour certains, directement à la mort pour d’autres. Le bloodshed hargneux sur lequel s’achève cette histoire pleine de bruit et de fureur laisse totalement pantois.

Amoureux des chats, des jeunes filles en fleurs et nostalgiques du bon vieux temps des colonies, s’abstenir. Merci.

* Magnifiquement interprété par Lo Lieh, qui trouve avec ce rôle de poulet borderline fringué comme l’as de pique, franc du collier et éminemment sympathique, l’occasion rêvée d’offrir un second souffle à une carrière débutée sous les auspices de la Shaw Brothers qui le cantonnait généralement dans des rôles d’affreux.

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© Golden Scene

21h. Vulgaria de Pang Ho-cheung_2012
avec Chapman To, Dada Chan, Ronald Cheng, Susan Shaw et Hiro Hayama

Se payer sur la bête. Pan Ho-cheung, réalisateur du mémorable Dream Home, film d’horreur viscérale sous couvert d’une critique acerbe des dérives immobilières à Hong Kong et présenté à L’Etrange festival 2010 s’essaie avec Vulgaria — qui porte remarquablement bien son titre — à la comédie burlesque mâtinée de mélancolie. Dur combat.

Un producteur de films de série Z (Chapman To, remarquable dans ce rôle de loser bien peu reluisant) est invité à causer de son grand œuvre devant des étudiants en cinéma. Définissant son métier comme celui d’un simple comptable prêt à toutes les bassesses pour taper les gens fortunés, il égrène sans fausse gêne des souvenirs quelque peu honteux ayant préludé au remake d’une comédie érotique des seventies tout en crachant subtilement dans la soupe et lève un voile sur la réalité peu glorieuse des conditions de travail dans l’industrie cinématographique hongkongaise (dont il profite cependant éhontément).

Dénonçant en une scène les liaisons dangereuses de producteurs aux abois avec un chef des triades, ce plaisantin de Pang Ho-cheung enfonce un clou déjà bien rouillé là où on ne l’attend pas, en transformant un diner d’affaires* en une orgie zoophile pas piquée des hannetons qui restera dans les annales et où l’expression "charger la mule" prend enfin tout son sens. Sans oublier des goûts tout aussi douteux en matière culinaire dont l’hénaurmité n’a d’égale que le désir de choquer le pékin.

La Chine en prend pour son grade, mais il va de soi que la plaisanterie est sans doute plus subtile pour les gens du cru, le réalisateur s’amusant des différences intrinsèques, tant de langage que de coutumes, qui séparent inéluctablement le hongkongais de base aux continentaux présentés ici comme une bande de peigne-culs. [Quoiqu’il en soit, de par son statut, Vulgaria ne passera jamais la frontière. Lire à cet effet l’excellente interview de Pang Ho-cheung sur Twitch].

D’ailleurs, tout à son récit, voici notre pathétique héros qui s’appesantit désormais sur l’échec total de sa vie familiale à peine tempéré par la rencontre d’une demoiselle de fort petite vertu, au surnom évocateur de Popping Candy, qui deviendra actrice tant ses compétences pour une certaine caresse buccale parfumée aux bonbecs  frizzy-pazzy — cascade hautement improbable à ne pas réaliser chez soi — saura toucher le cœur de notre impénitent jouisseur.

Si le réalisateur ridiculise les mafieux souhaitant s’offrir à bon compte une économie parallèle où blanchir leur argent de poche et assène quelques vérités sur les difficultés que rencontrent les acteurs de Category III (Hiro Hayama, héros valeureux du 3e opus de Sex and Zen — en 3D, ça laisse rêveuse — joue ici son propre rôle) pour accéder à un cinéma mainstream, Pan Ho-Cheung en profite lui, pour changer de style, et abandonne brusquement la trivialité pour réorienter son délire grassouillet vers une comédie romantique fort tendre qui menace de s’achever dans une écœurante félicité.

Au grand dam des étudiants qui se fichent comme d’une guigne que leur conférencier atteigne le nirvana et ne souhaitent rien tant que d’obtenir plus de détails graveleux sur certains épisodes passés sous silence.

Tout autant que le spectateur bien marri de s’être tant marré, auquel Pang Ho-cheung tend en définitive un miroir peu amène. Inutile de préciser devant cette mise en abyme parfaitement orchestrée que les tabloïds ont encore de bien beaux jours devant eux.

* A noter, à la même table, la présence imposante de Suet Lam, acteur de second plan perpétuellement atteint de fringale aiguë et bien connu des amateurs des films de Johnnie To.

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La nuit Infernal affairs est annulée pour cause d’amical diner. En définitive, et après avoir appris le KO par forfait — soit pour cause d’infernal public aux projections du 3Luxembourg — d’Alexis, le taulier de PixAgain, je n’ai aucun regret.

A suivre…

Si vous avez raté le début

  • Avant première de Holy Motors de Léos Carax
  • Teaser
  • Jour 1 — vendredi 29 juin 2012 — avec Jeff Mills, André Sauvage & Herman Yau
  • Jour 2, Part 1 — samedi 30 juin 2012 — avec Roman Cheung, Nam Nai-choi, Herman Yau & Chin Man-kei
  • Jour 2, Part 2 — samedi 30 juin 2012 — avec Ann Hui, Yuen Wo Ping, Wu Ma, Miguel Gomes & Yeun Sang-ho
  • Jour 3 — dimanche 1er juillet 2012 — avec Ann Hui, Clara Law, Ringo Lam, Bence Fliegauf & Khavn de la Cruz
  • Jour 4 — lundi 2 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Michael Hui, Yang Yong-hi, Tom Shu-yu Lin & Yim Ho
  • Jour 5 — mardi 3 juillet 2012 — avec Raoul Ruiz, Kim Nguyen & Julia Murat
  • Jour 6, Part 1 — mercredi 4 juillet 2012 — avec Wu Ma & Kirk Wong
  • Jour 6, Part 2 — mercredi 4 juillet 2012 — avec Patrick Lung-Kong, Peter Wai-Chuen Yung & Allen Fong
  • Jour 7 — jeudi 5 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Ann Hui, Elmin Alper & Allen Fong
  • Jour 8 : Les délibérations — vendredi 6 juillet 2012 — avec Allen Fong
  • Jour 9, Part 1 — samedi 7 juillet 2012 — avec Patrick Tam & Ann Hui

Et le palmarès du Festival Paris Cinéma 201

Festival Paris Cinéma [07/07/12 — Journal de bord 9. Part 1] : Patrick Tam & Ann Hui

Dans Ann Hui, Cinéma, Festival, Festival Paris Cinéma, Hong Kong, MK2 Bibliothèque, Patrick Tam, StrictoPerso le 31/07/2012 à 10:05

© FredMJG

Jour 9, 9 films. Le compte est bon.

Du Tam en veux-tu, en voilà pour ce samedi. Je continue donc de découvrir son œuvre télévisuelle et deux raretés.

Pour m’en remettre, j’ai également mis au menu un thriller de Ann Hui et une seconde vision d’un wu xia pan de Yuen Wo Ping qui a offert hier une masterclass au Festival, tandis que je caresse l’idée de modifier en profondeur mon programme de fin de journée.

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© TVB

09h. C. I. D.: Four Moments of life (Dawn, Noon, Dusk, Night) de Patrick Tam_1976
avec Simon Yam, David Lo, Chan Ka-yee, Lui Mo-kan, Ching Nai-kan et Yu Yueng

C.I.D. Four moments of life met en scène, à divers moments d’une journée et dans un style ultra réaliste, quatre policiers de la Crime Investigation Département dont les enquêtes vont révéler les craintes et désillusions quant au bien-fondé de leurs efforts et à l’avenir de leur métier.

Dawn. Au son de la 7e de Beethoven, un Simon Yam des plus jouvenceaux s’éveille sous le regard perçant d’Alain Delon mais sa vie n’a rien de glamour lorsqu’il est confronté à une enfant victime de maltraitance de la part de sa mère et ce, sous le regard complice du père.

Noon. Un flic déjà bien fatigué des aléas de sa fonction, traine les pieds pour répondre à une plainte pour regards salaces et toute à la nonchalance de son enquête va non seulement débusquer un pédophile mais perdre encore plus foi dans son prochain lorsqu’il interrogera — dans un somptueux plan séquence — la présumée victime, une adolescente abandonnée à elle-même et d’un cynisme absolu.

Dusk. Deux petits vieux se cherchent et s’affrontent dans une maison de retraite jusqu’à ce qu’une plaisanterie stupide mette un terme sanglant à leur dispute. L’humour qui présidait à cette scène se change brusquement en horreur totale. Confronté au désespoir du meurtrier, le policier compatissant qui le questionne va se retrouver obsédé par ce crime, y compris dans la chaleur de son foyer.

Noon. Un flic soupçonné par la police anti-corruption confit ses angoisses à une amie tout en essayant de retrouver le coupable d’un délit de fuite.

Les quatre histoires — à noter que de vrais policiers ont parfois été à l’origine des scénarii de cette série — racontées sans complaisance nous plongent au cœur même de la misère humaine et des faits divers sordides auxquels sont confrontés des fonctionnaires souvent méprisés — quand ils ne sont pas soupçonnés de malversations ou de négligences — et guère armés psychologiquement pour y faire face sans y perdre santé, conscience professionnelle ou innocence.

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© TVB

Thirteen: Traces of her de Patrick Tam_1977
avec Yung Wai-man, Yim Ho et Pang Nei

Une jeune femme disparaît du jour au lendemain corps et biens et c’est de la faute à Godard (ou presque).

Débutant cet épisode de la série Thirtheen sous le regard bienveillant de Anne Wiazemsky  – protagoniste en 1967 de La chinoise —, et traitant son histoire sous forme d’une enquête policière en questionnant relations estudiantines et amis, Patrick Tam procède à la reconstitution de la personnalité de son héroïne (la charmante Yung Wai-Man vue dans Father and son de Allen Fong) à la manière d’un puzzle ou bien plutôt selon les collages qu’a créés son petit ami — interprété par le réalisateur Yim Ho, auteur du très beau Homecoming —, un jeune photographe si obsédé par Jean-Luc Godard qu’il ne peut immortaliser, voire s’intéresser à sa bien-aimée, qu’en projetant inlassablement sur son corps des plans des films de son idole. On prendrait ses jambes à son cou pour moins que ça.

La résolution de "l’affaire" ne peut que confirmer la fuite en avant de la donzelle loin de l’existence des plus futiles qu’elle menait alors avec son fétichiste. L’anti Miu Kam-fung en quelque sorte.

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© TVB

Thirteen: Suffocation de Patrick Tam_1977
avec Chow Yun-fat et Lui Shui-yung

Le sens de la vie. Campé par un Chow Yun Fat d’une vingtaine d’années — et déjà irrésistible — Suffocation est un étrange objet en forme d’hommage foncièrement morbide à Michelangelo Antonioni et son fameux Blow up, dont le morceau de bravoure final est à placer très haut sur l’échelle de la folie pure.

Chow y est un photographe obsédé par la mort et la violence. Manifestement, le seul truc qui le fasse bander est de collectionner des clichés de sa superbe maitresse dans des natures mortes des plus sanglantes — ceux qui ont vu Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon d’Elio Petri_1970 et les extravagantes mises en scène de Gian Maria Volonté sur le corps de Florinda Bolkan peuvent aisément imaginer la chose — ou de payer des petites frappes pour qu’elles se bastonnent tandis qu’il les mitraille. Quant il ne photographie pas avec une délectation toute frénétique un homme qu’il croit mort à une table de restaurant. A voir sa tête dépitée quand l’inconnu reprend conscience en dit long sur sa santé mentale.

Le jeune homme perd peu à peu pied entre fantasme et réalité, surprend des fantômes de ses “victimes” dans les couloirs et n’hésite pas à agresser un jeune mannequin pour la déstabiliser et entrevoir enfin la vérité de la femme sous le vernis des faux semblants.

Tout à sa démence créative, il n’hésitera pas — le geste onaniste est alors filmé en un très long plan séquence devant nos yeux ébahis — à s’enfermer lui-même dans un immense sac plastique aux fins — le doigt posé sur le déclencheur — de surprendre sur son visage les prémices de l’asphyxie qui ne peut manquer de l’emporter… jusqu’à ce que d’un poing rageur*, il ne crève l’enveloppe-cocon dans laquelle il expire et ne revienne à la vie.

Suffocation, objet télévisuel radical, tout en bénéficiant d’un jeu halluciné extrêmement maitrisé de son interprète principal, confirme que Patrick Tam est définitivement cinglé.

* Le taulier de Filmosphère en riait encore dans l’après-midi lorsque nous nous sommes croisés entre deux séances.

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© Hong Kong Film Archive

11h10. The secret/Fung gip de Ann Hui_1979
avec Sylvia Chang, Angie Chiu, Tsui Siu-keung, Alex Man et Lee Hai-suk

Exercice de style extrêmement brillant et inspiré d’un fait divers qui défraya la chronique dans les années 70, The secret, premier long métrage de Ann Hui, oscille en permanence entre chronique sociale d’une famille désemparée par un crime odieux, thriller haletant et fantasque conte — nettement plus mélancolique ici que dans The spooky bunch — de fantômes. Nonobstant, la multiplication des personnages — donc, des suspects — et la déconstruction permanente d’une histoire solidement alambiquée ne fait pas perdre de vue au spectateur bien cartésien qu’on le mène généreusement en bateau.

Les corps mutilés d’un couple — celui de la femme a connu quelques ravages — sont retrouvés dans une forêt où vit un simple d’esprit (ce brave Norman Chu en profite pour cabotiner à mort) protégé par une mère aussi acariâtre que possessive. Parallèlement à la police, une jeune voisine — interprétée par Sylvia Chang — littéralement hantée par les mânes d’une des victimes, décide de mener ses propres recherches. Seront révélés quelques troubles secrets à base de double vie, d’enfant conçu hors mariage et d’adultère qui se résoudront par un twist final pas piqué des hannetons.

Cette révélation, filmée de manière outrancière et en totale contradiction avec l’atmosphère étrange et vénéneuse qui prévaut toute l’aventure, entraine derechef quelques fous rires nerveux tant la frénésie qui s’empare de quelques uns des protagoniste et la trivialité des enjeux mettent dangereusement à nu les croyances ancestrales acceptées de facto dès lors que notre délicate héroïne se voit entrainée dans les souffrances hallucinées d’une grand-mère endeuillée.

A noter, en marge de l’enquête policière, une exceptionnelle description des bas fonds et du petit peuple de Hong Kong, ville tentaculaire et potentiellement dangereuse, qui n’est jamais aussi photogénique qu’au crépuscule, lorsque les spectres — vrais ou faux, peu importe — l’envahissent.

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Un déjeuner peu diététique sur le pouce et me voilà en pleine forme.

Après Tony Leung et Chow Yun Fat ce matin, c’est avec Leslie Cheung que j’ai rendez-vous en ce début d’après-midi pour l’avant-dernier film projeté dans le cadre du focus Patrick Tam et je suis fort curieuse de découvrir à quelle sauce le choupinet a été dévoré…

A suivre…

Si vous avez raté le début

  • Avant première de Holy Motors de Léos Carax
  • Teaser
  • Jour 1 — vendredi 29 juin 2012 — avec Jeff Mills, André Sauvage & Herman Yau
  • Jour 2, Part 1 — samedi 30 juin 2012 — avec Roman Cheung, Nam Nai-choi, Herman Yau & Chin Man-kei
  • Jour 2, Part 2 — samedi 30 juin 2012 — avec Ann Hui, Yuen Wo Ping, Wu Ma, Miguel Gomes & Yeun Sang-ho
  • Jour 3 — dimanche 1er juillet 2012 — avec Ann Hui, Clara Law, Ringo Lam, Bence Fliegauf & Khavn de la Cruz
  • Jour 4 — lundi 2 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Michael Hui, Yang Yong-hi, Tom Shu-yu Lin & Yim Ho
  • Jour 5 — mardi 3 juillet 2012 — avec Raoul Ruiz, Kim Nguyen & Julia Murat
  • Jour 6, Part 1 — mercredi 4 juillet 2012 — avec Wu Ma & Kirk Wong
  • Jour 6, Part 2 — mercredi 4 juillet 2012 — avec Patrick Lung-Kong, Peter Wai-Chuen Yung & Allen Fong
  • Jour 7 — jeudi 5 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Ann Hui, Elmin Alper & Allen Fong
  • Jour 8 : Les délibérations — vendredi 6 juillet 2012 — avec Allen Fong

Et le palmarès du Festival Paris Cinéma 201

Festival Paris Cinéma [06/07/12 — Journal de bord 8] : Les délibérations & Allen Fong

Dans Allen Fong, Cinéma, Compétition, Festival, Festival Paris Cinéma, Forum des Images, Hong Kong, MK2 Bibliothèque, StrictoPerso le 26/07/2012 à 09:45

d © FredMJG

Palmarès du Jury des blogueurs et du Web en orbite et premier couac. Damned !

Grand jour des délibérations* sous la houlette de notre bon Jérome Drago, toujours sur la brèche, et qui nous avait donné rendez-vous sur la terrasse du Limelight — sous le soleil exactement — où nous nous retrouvâmes flanquées de brioches, mignardises et autres douceurs fruitées, ces friandises excellant à ouvrir l’esprit et à rendre fort bon enfant quelques discussions qui s’avérèrent fructueuses.

Il ne fallut pas plus d’un vote pour exclure définitivement quelques films de notre liste de favoris mais il est à noter que chacun eut sa chance et son compte de soutiens. Sauf un — qui se retrouve au palmarès — et qui a fait l’unanimité contre lui sans que nous ayons besoin de trop nous concerter. Rien que le souvenir de notre fuite éperdue dans le noir évoque bien la détresse et la totale incompréhension ressenties devant cette chose.

De mémoire, Tabou de Miguel Gomes arrivait en tête, talonné par Our homeland et A simple life. De bonnes ondes se dégageaient également pour Rebelle, voire pour Historias.

Après moult échanges, nous convînmes que le très beau film de Ann Hui, de par son universalité, serait sans nul doute plébiscité par le public du Festival (qui se trompe rarement). Bingo !

Restaient donc en lice Tabou et Our homeland que d’ardents défenseurs ne voulaient point abandonner… au grand dam d’un certain qui commença à avoir des suées et sa veste de survêtement n’y était pour rien.

Second et dernier vote : Miguel est en tête avec 4 voix mais Yong-hi refuse de lâcher prise avec 2 voix. Nous sommes 5 dans le jury, cherchez l’erreur. Puis apprenez qu’il est bon de s’obstiner parfois. Car en désespoir de cause, nous nous tournons vers Jérome, notre éventuel sauveur, aux fins de resquiller un lot de consolation pour Our homeland et offrir, ainsi, sans regret aucun ni futur remords notre grand prix au croco portugais.

Le temps devenant peu clément, nous nous réfugions à l’intérieur  et attendons patiemment la venue d’Aude Hesbert et Caroline Vautrot qui doivent nous confirmer que nous pouvons offrir un coup de cœur — qui n’a jamais aussi bien porté son nom, tant le film en a ému plus d’une — à Our homeland. Ce qui fut fait. Au soulagement de tous.

En mode détente totale après un devoir accompli sans cris ni larmes mais dans la joie et une bonne humeur constante, nous décidons de tous nous retrouver pour diner le dernier jour du festival avant la projection de Jane Eyre de Cary Fukunaga avec vous-savez-qui.

Puis, voilà Noémie qui se met en tête de lancer un palmarès plus-WTF-tu-meurs et nous fait bûcher, tout en nous mitraillant à l’occasion pour parachever son roman-photo du festival.

Une des charmantes barmaids ne trouve rien de mieux que de nous offrir un verre. Le petit blanc sec est excellent et agit brusquement comme un euphorisant sur mon estomac qui crie famine. La chouquette ne nourrit pas sa femme ou son gars en survet’, il fallait que ce soit dit. Nous avons désormais tous un petit creux et décidons de nous restaurer aux bons soins du Festival.

La conversation allant bon train — et la rigolade éhontée itou —, j’en oublie l’heure ou presque et laisse passer la projection de High noon de Heiward Mak prévue à 14h. Vous pouvez lire un avis sur ce film chez L’impossible blog ciné puisque son taulier le vit mercredi, jour de projection de The system et Just like weather. Les choix, parfois, sont cornéliens.

Alors que que Noémie nous avait quittés bien plus tôt, attendue qu’elle était au Festival de La Rochelle la veinarde, mes acolytes Valérie, Anna, et Chris partirent en milieu d’après-midi vaquer à leurs occupations et, tandis que j’abandonnais Jérome à son dur labeur de CM, je m’en allais — toujours bien guillerette — découvrir un vrai petit bijou, soit Father and son, le premier film d’Allen Fong.

* Mes préférences dans l’ordre : Tabou de Miguel Gomez & Our homeland de Yong Yang-hi ex-aequo, A simple life de Ann Hui, The king of pigs de Yeun Sang-ho (si mal aimable qu’il n’eut pas l’heur de plaire), Rebelle de Kim Nguyen, Historias de Julia Murat (bien lent à démarrer), Beyond the hill d’Emin Alper (à la fin complètement ratée).

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© HKFA

17h. Father and son/Foo ji ching de Allen Fong_1981
avec Shi Lei, Chu Hung, Lee Yue-tin, Cheng Yu-or et Yung Wai-man

Les 400 coups d’Allen Fong. Avant de faire improviser ses acteurs sur une trame minimaliste — Just like weather —  ou dans un docu-fiction peu ou prou inspiré de leurs propres vies — Ah Ying —, Allen Fong fut, pour son premier film, son propre sujet d’observation.

Father and son, à haute teneur autobiographique, possède déjà les qualités intrinsèques d’un metteur en scène soucieux de creuser inlassablement le sillon d’une vérité sociale faite d’interrogations permanentes, de souci documentariste et de travail sur la mémoire, qu’elle soit collective ou individuelle. Et partant, de l’éternel conflit entre ancien et moderne, traditions ancestrales versus aspirations de la jeunesse.

Situant notamment un long flash-back dans le Hong Kong des années 60/70, il est étonnant de remarquer que la vision d’Allen Fong n’est pas très éloignée de celle qu’un Patrick Lung-Kong mis en œuvre en 1967 dans son polar Story of a discharged prisonner où filmant une société à double vitesse, il se préoccupa du sort des familles modestes n’ayant d’autre choix que d’habiter en marge de la ville dans d’insalubres bidonvilles. Au risque de voir détruire en une nuit tous les fruits de leur labeur.

L’un de ces pères si soucieux de voir réussir leur progéniture quitte à les éduquer avec trop de rigueur s’écroule victime d’une crise cardiaque au moment où il apprend que son fils — qui poursuit des études aux Etats-Unis comme le fit Allen Fong — a réussi ses examens. Pour faire court, il meurt de joie. Au grand dam du fiston qui a manifestement une revanche à prendre sur un paternel rigide jusqu’à l’injustice et qui a de tout temps tenté de brimer ses aspirations.

Les souvenirs affluent alors, d’une enfance et d’une adolescence vécues comme une longue dispute — brimades, rébellions et répressions permanentes — minant jusqu’aux fondations d’une famille où l’aînée se sacrifiera volontiers pour que le cadet puisse accéder à ses aspirations — cliché absolu du mélodrame cantonais —, querelle que la mort seule rendra caduc.

C’est que caramba ! le rejeton, faisant fi de réussite sociale, ne rêve dès son plus jeune âge que de devenir saltimbanque, attiré comme une phalène par les écrans des cinémas dans lesquels il s’introduit parfois subrepticement en compagnie de son meilleur ami, mauvaise graine en puissance, avec qui il va partager sa passion enflammée — parfois littéralement, la démonstration d’une lanterne magique artisanale fichant le feu un beau jour à la chambre des gamins — pour les jeux d’ombre.

Les 400 coups des deux garnements sont filmés avec la plus grande des tendresses par Allen Fong qui entame ainsi sa déclaration d’amour au cinématographe avec une fraicheur et une liberté telles, qu’elles nous transportent et nous renvoient élégamment à notre propre jeunesse, à cet instant précis où nous furent nous-mêmes irrémédiablement fascinés par les premières images (é)mouvantes projetées sur un mur blanc.

Pour un peu, nous souhaiterions rembobiner le film et en modifier la fin. Car qu’advient-il de la douleur et des désirs de réconciliation lorsque l’un des deux adversaires est désormais hors de combat ? 

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© Hong Kong Film Archive

Ne voulant pas rater Grace Chang dans The wild, wild rose, libre adaptation de l’opéra Carmen de Bizet par Wong Tin-lam — un grand mélodrame que l’on dit magnifique — prévu au programme et projeté au Forum des Images, me revoilà cavalant et toujours quelque peu peu ivre dans les couloirs de la ligne 14.

Résultat des courses : pas de Carmen qui tienne.

Car, après une alerte incendie déclenchée manifestement par erreur, et tandis que nous attendons fous d’espoir pendant une bonne demi-heure que le film démarre, la projection est purement et simplement annulée au regret des spectateurs (le film ne repassera pas puisqu’il s’agissait aujourd’hui de la seconde et ultime séance).

Les pompiers dépêchés sur les lieux arrivaient d’ores et déjà alors que je rentrais chez moi, si déçue, que j’en oublie sous le choc que j’avais prévu d’aller dénicher le trésor sur une île ruizienne. Une fois arrivée, je n’ai pas le courage de repartir au Nouveau Latina. Surtout que le week-end qui approche ressemble fort à un infernal marathon.

Adieu donc Melvil, Anna, Martin, Lou, Jean-Pierre et Sheila (oui, je suis sûre que L’ile au trésor vaut le coup d’être découverte).

A suivre…

Si vous avez raté le début

  • Avant première de Holy Motors de Léos Carax
  • Teaser
  • Jour 1 — vendredi 29 juin 2012 — avec Jeff Mills, André Sauvage & Herman Yau
  • Jour 2, Part 1 — samedi 30 juin 2012 — avec Roman Cheung, Nam Nai-choi, Herman Yau & Chin Man-kei
  • Jour 2, Part 2 — samedi 30 juin 2012 — avec Ann Hui, Yuen Wo Ping, Wu Ma, Miguel Gomes & Yeun Sang-ho
  • Jour 3 — dimanche 1er juillet 2012 — avec Ann Hui, Clara Law, Ringo Lam, Bence Fliegauf & Khavn de la Cruz
  • Jour 4 — lundi 2 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Michael Hui, Yang Yong-hi, Tom Shu-yu Lin & Yim Ho
  • Jour 5 — mardi 3 juillet 2012 — avec Raoul Ruiz, Kim Nguyen & Julia Murat
  • Jour 6, Part 1 — mercredi 4 juillet 2012 — avec Wu Ma & Kirk Wong
  • Jour 6, Part 2 — mercredi 4 juillet 2012 — avec Patrick Lung-Kong, Peter Wai-Chuen Yung & Allen Fong
  • Jour 7 — jeudi 5 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Ann Hui, Elmin Alper & Allen Fong

Et le palmarès du Festival Paris Cinéma 2012

Festival Paris Cinéma [05/07/12 — Journal de bord 7] : Patrick Tam, Ann Hui, Elmin Alper & Allen Fong

Dans Allen Fong, Ann Hui, Cinéma, Compétition, Elmin Alper, Festival, Festival Paris Cinéma, Hong Kong, MK2 Bibliothèque, Patrick Tam, Turquie le 25/07/2012 à 10:35

© FredMJG

Tam en modes Polar ou Godard, au choix.

J’avale trois dolipranes pour contrer une migraine qui tente en loucedé de prendre le pouvoir et je file vaillamment au MK2 Bibliothèque.

Projection ce jour — en sus d’un polar, puis d’un téléfilm de Patrick Tam, réalisateur de The sword et décidément ahem… surprenant (et le terme est faible) et de la seconde réalisation d’Allen Fong — des deux derniers films de la compétition, à ne pas rater puisque demain est le grand jour des délibérations où nous allons sans doute discuter ardemment, éventuellement nous empoigner, tenter de nous corrompre,voire plus si affinités.

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© Mei Ah Entertainment Group Ltd

13h10. My heart is that eternal rose/Sha shou hu die meng de Patrick Tam_1989
avec Joey Wang, Tony Leung Chiu-wai, Kenny Bee, Michael Chan et Gordon Liu

Mélancolique ballade en mode rouge sang. Sous son titre de roman-photo, My heart is that eternal rose* camoufle un thriller de fameuse facture qui, s’il laisse la part belle à la tragédie amoureuse séparant dès le sanglant prologue deux jeunes inconstants qui s’interrogeaient alors sur leurs sentiments mutuels, se révèle d’une impudente cruauté tandis que le réalisateur ne dédaigne pas, en pleine romance, filmer des scènes de torture, voire un massacre généralisé sans autre forme de procès.

Séparés par un coquin de sort alors qu’ils venaient de se déclarer, Rick (Kenny Bee, belle gueule qu’il tire durant tout le film en un jeu des plus absents, était le neveu à marier de The spooky bunch d’Ann Hui) et Lap (la charmante Joey Wang, héroïne des Histoires de fantômes chinois), objet de tous les désirs, ne cesseront durant tout le film de se croiser et de se rater. Le couple semble être poursuivi par une éternelle malédiction depuis que Lap s’est vendue à un impitoyable parrain aux tifs gominés, Shen (interprété par l’ineffable Michael Chan Wai-Man, ici foncièrement réfrigérant), aux fins qu’il protège son père des foudres de la police après une malhonnête opération des plus foireuses.

Rick, exilé aux Philippines, n’a pas trouvé d’autre manière de subsister que d’embrasser la carrière de tueur à gages — Il est à noter que Chow Yun Fat connaissait le même destin dans Story of Woo viet d’Ann Hui, à croire que le pays n’offre pas d’autres recours aux réfugiés — tandis que Lap traine son spleen, tente d’empêcher son paternel rongé par la culpabilité de se détruire et, à son (beau) corps défendant, inspire violemment à deux hommes de tendres sentiments.

L’un, Cheung, garde du corps et confident — soit, mesdames, Tony In the mood for love Leung Chiu-wai qui, à 27 ans et doté d’un brushing aérodynamique échouant à masquer son charme (déjà) fou, emporte le morceau dans un rôle tout en sensibilité** — la couve et risquera sa vie à vouloir la sauver ; l’autre, Lai, est une immonde vermine d’un sadisme raffiné et là, c’est le drame capillaire, l’hallucination collective : Gordon Liu, notre moine shaolin préféré, joue les odieux avec un enthousiasme féroce et porte en cette fabuleuse occasion une satanée moumoute ! Aberration inouïe pour un film qui en compte plus d’une. Si Cheung subit un supplice pour protéger la belle, Lai, lui, n’hésitera pas à tenter de la violer dans l’évier, ce qui laisserait à penser que le gredin a regardé Liaison fatale en boucle.

Tandis que le film bénéficie d’un rythme infernal et que la question qui vient à toutes les lèvres est Saperlipopette mais qui diable, entre l’impassible Rick et le choupinet Cheung, Lap va-t-elle choisir désormais ?, Patrick Tam se soucie des retournements de situation comme d’une guigne — en plein suspense, le Shen bien marri d’être cocu n’hésite pas, avec tout le respect nécessaire dû aux anciens mais force menaces sous-jacentes, à inviter la mamie de Cheung à raisonner son chenapan de petit-fils pour qu’il se décide à rentrer dans le droit chemin de la triade — et s’avère bien peu enclin à faire de quartier.

Un gunfight final d’une dinguerie prodigieuse ne laisse aucun espoir ou presque aux divers protagonistes, néanmoins fort résistants. Pour Patrick Tam, les fautes se doivent d’être rachetées au prix du sang (effusions assurées). Et il n’y a pas de seconde chance, sauf pour les cœurs purs. Bouleversant.

Et si l’on ajoute que l’un des directeurs de la photographie est un certain Christopher Doyle — Le second, David Cheung se chargea de coordonner sobrement les scènes de combat —, futur compagnon de route de Wong Kar Wai, on peut aisément imaginer que la beauté du film touche parfois au sublime.

* Ce film sera suivi d’une éclipse de 17 ans (période pendant laquelle Patrick Tam montera entre autres Nos années sauvages_1990 puis Les cendres du temps de Wong Kar Wai_1994 et Election de Johnnie To_2005). A lire : l’entretien accordé à Aurélien Dirler et Xavier Chanoine en 2007 à Deauville sur Cinémasie.
**  Pour lequel il remporta le prix du meilleur second rôle aux 9th Hong Kong Film Awards.

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Nous nous retrouvons pour la première fois depuis le début du festival au complet pour profiter du 7e film de la compétition.

C’est une chance, le film est excellent. Et pour l’œil — Hello Andy ! —, et pour les papilles.

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© Indiestory Inc

15h. A simple life de Ann Hui_2011
avec Andy Lau, Deanie Ip, Wang Fuli et Qin Hailu

Malheureusement, Ann Hui n’a pu venir au festival et c’est bien regrettable, la face du focus qui lui est consacré cette année en eut été changée.

Le film n’a pas encore de date de sortie de prévue, mais gageons que le prix du public, couplé à celui que les étudiants lui ont décerné, attireront un distributeur.

Chronique à venir.

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Encore enchantée par le polar de Patrick Tam vu en début d’après-midi, j’entraîne avec moi une Valérie intriguée par mon programme. La taulière de Shunrize aura ensuite bien du mal à se remettre de cette expérience inédite… qui sera loin d’être la dernière que je lui ferais subir.

Quoiqu’il en soit, le focus Patrick Tam nous est présenté par Bastian Meiresonne, un charmant et enthousiaste garçon au débit de mitrailleuse, spécialiste du cinéma asiatique, et auteur entre autres de Shohei imamura : évaporation d’une réalité.

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© TVB

17h15. Seven Women: Miu Kam-fung de Patrick Tam_1976
avec Miu Kam-fung, Lo Yuen, Ng Ching-yuen et Cheung Suk-yi

I love Godard. Avant de réaliser en 1980 son premier film, The sword, Patrick Tam fourbit ses armes à la télévision et y laissa notamment libre court à sa singulière passion pour Jean-Luc Godard.

Étonnant décalque — pour la forme uniquement, l’histoire est mélodramatique à souhait bien que narrée de manière distanciée (ce qui signifie en clair que l’on se fiche peu ou prou de ce qui peut arriver aux personnages) — de Deux ou trois choses que je sais d’elle, nous sommes les témoins d’un reportage/confession d’une femme au foyer qui, face caméra, s’annonce également actrice, et dont la vie est d’une effrayante vacuité.

Marié à un homme mollasson et volage qui écoute Beethoven — et l’Internationale ! — et ne rêve que de voitures de luxe tout en lisant le journal à haute voix ou en édictant lors de fêtes bien ennuyeuses de puissants aphorismes, notre jolie blasée ne parait se réaliser que dans un consumérisme effréné.

Sa falote existence n’est que faux-semblants et pure indifférence, y compris lorsqu’elle apprend que son époux — qui l’honore chaque nuit par désir, habitude ou besoin, nul ne le sait et sans doute pas même lui — la trompe avec sa meilleure amie. La mort accidentelle de cette dernière ne déplacera pas d’un cheveu son impeccable mise en plis.

Bizarrement, le seul événement qui pourrait quelque peu inquiéter notre futile est d’avoir vraisemblablement surpris sur le pas de sa porte un éventuel cambrioleur. A croire que Patrick Tam s’amuse follement à voir affleurer une crispation inquiète sur son beau visage d’ordinaire impassible.

Léger assoupissement devant des plans méthodiquement métamorphosés en affichage publicitaire ou authentique hallucination auditive mais il s’avèrerait qu’à une occasion la dame ait écouté, d’un air absent, Noël à Jérusalem d’Enrico Macias… quoique je n’en jurerais pas.

Ce second épisode de Seven women* restera incontestablement comme l’ovni du festival.

* qui en comprends sept — comme son titre l’indique — et dont la particularité est de porter le patronyme de leur interprète principale. A noter que la série a été écrite par Joyce Chan, scénariste de The spooky bunch de Ann Hui. 

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Nous nous échappons durant l’entracte — et manquons l’épisode 3 de la série Seven women — intitulé On Sai, Yeung See-tai, May Lee — initialement prévu, dans la mesure où 1/ j’ai l’étrange impression que Valérie va coller un contrat sur ma tête 2/ nous serons obligées de partir durant la projection pour ne pas arriver en retard pour le 8e et dernier long métrage de la compétition. Quoiqu’il en soit, je déteste partir au cours d’un film.

Un bon thé aux fins que ma collègue se remette de ses émotions et c’est reparti !

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© Memento Films

19h. Beyond the hill/Tepenin ardi de Emin Alper_2012
avec Berk Hakman, Tamer Levent, Reha Őzcan et Mehmet Ozgur

Le réalisateur n’a pas fait le déplacement mais a envoyé en éclaireur l’acteur principal, Berk Hakman, au très joli torse malheureusement tronqué dans la photo ci-dessus.

Manifestement intimidé, il tendit à parler de préférence à son bonnet — lire, la traductrice — plutôt qu’à la salle. Devant quelques rappels à l’ordre fort peu amènes, il affirma d’une voix haute et claire avoir apprécié participer au film. Le contraire eut été étonnant. Personne n’osa l’interroger sur l’extravagance de la dernière scène du film, qui demeure à ce jour parfaitement incompréhensible.

Sortie prévue en janvier 2013. Chronique à venir.

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Un tantinet en mode feignasse, je décide de surseoir à mon passage au Forum des images où j’avais prévu de voir In the face of demolition de Lee Tit et m’affale à nouveau dans la salle 11 pour la première projection de Ah Yin d’Allen Fong, ce qui me permettra, perfide que je suis, de profiter itou de son premier film Father and son qui repasse demain et sur lequel j’avais fait une croix, la mort dans l’âme. On se fait plaisir comme l’on peut.

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© HKFA

21h. Ah Ying de Allen Fong_1983
avec Hui So-ying, Peter Wang et Cheng Chi-hung

Ah Ying (Hui So-ying, source d’inspiration pour le personnage qu’elle interprète et résolument magique) est la troisième fille quelque peu malmenée d’une famille nombreuse. Ses amours sont au point mort ; quant à ses parents — mère surchargée, père alcoolique —, ils ont d’ores et déjà décidé de son avenir. La jeune femme écoute David Bowie et Brian Eno et, rêveuse hors pair, ne souhaite rien tant que devenir actrice.

Dotée d’une force de caractère peu commune, Ah Ying va réussir à bénéficier de cours de théâtre où sa franche candeur (A l’argent ou la gloire après lesquels soupirent ses camarades de classe, elle préfère l’affirmation de soi) et ses aptitudes vont séduire — en tout bien tout honneur — l’enseignant, Cheung (Peter Wang, co-scénariste du film, metteur en scène, et accessoirement, professeur de théâtre de Hui So-ying, interprète de Ah Ying… vous suivez ?), réalisateur en vue, de retour d’Amérique avec un projet sous le bras fort ardu à financer.

Cheung, travaillé par l’histoire et la mémoire, prépare un documentaire sur Hong Kong et ses habitants. Aussi va-t-il s’intéresser à Ah Ying quand elle lui confie vouloir échapper à sa condition de vendeuse de poissons. L’idée lui vient d’en faire l’héroïne d’un segment de son grand œuvre, tout en l’impliquant dans le projet comme collaboratrice, tout à la fois sujet, actrice et mine de renseignements. Il est amusant de constater que Cheung suit les mêmes traces qu’a auparavant empruntées Allen Fong lors de ses repérages, lorsqu’il va sur le terrain enquêter sur la réalité sociale dans laquelle se morfond son élève. Mais il est souvent malaisé de faire la part des choses entre l’objet que l’on étudie et la créature que l’on filme.

Et c’est ainsi qu’insidieusement, nous ne savons plus si nous sommes toujours dans l’aventure improvisée par Allen Fong qui voit naître une amitié amoureuse que Cheung (Relativement désillusionné par ses échecs successifs auprès de potentiels producteurs, il se permettra même un parallèle entre sa jambe folle et la carcasse de la voiture antédiluvienne qu’il conduit établissant d’emblée que leur différence d’âge est pour lui une barrière infranchissable) crèvera dans l’œuf en repartant aux États-Unis pour raison de santé — non sans avoir offert à Ah Ying en guise de cadeau d’adieu l’occasion de briller sur scène à ses côtés — ou si nous assistons à une projection du documentaire réalisé par Cheung.

Tout au plus, espérons-nous — perdus que nous sommes entre la fiction et le réel — après avoir suivie notre battante dans diverses démarches puis l’avoir retrouvée derrière son étal, écaillant et vidant les poissons avec dextérité (ces images familières semblent répondre à la scène qui ouvre le film, tournée sous un angle sensiblement différent… mais encore faudrait-il revoir Ah Ying pour en être convaincu), qu’il ne s’agisse bien que de l’histoire gigogne concoctée par Allen Fong et non d’un retour à la plus triste des réalités.

Nonobstant, Ah Ying est avant tout une œuvre qui se ressent plus qu’elle ne s’explique. D’un charme évanescent mais d’une intelligence redoutable, le second film d’Allen Fong repousse les limites de sa méthode et ce, jusqu’au vertige.

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J’essaie de gratter quelque peu sur mon journal de bord et me rends compte, mais un peu tard, qu’il m’est impossible de ne pondre que 3/4 lignes sur les films que j’ai vus. Je commence à craindre fortement avoir présumé de mes forces (et surtout de mon esprit de synthèse résolument défaillant).

A suivre…

Si vous avez raté le début

  • Avant première de Holy Motors de Léos Carax
  • Teaser
  • Jour 1 — vendredi 29 juin 2012 — avec Jeff Mills, André Sauvage & Herman Yau
  • Jour 2, Part 1 — samedi 30 juin 2012 — avec Roman Cheung, Nam Nai-choi, Herman Yau & Chin Man-kei
  • Jour 2, Part 2 — samedi 30 juin 2012 — avec Ann Hui, Yuen Wo Ping, Wu Ma, Miguel Gomes & Yeun Sang-ho
  • Jour 3 — dimanche 1er juillet 2012 — avec Ann Hui, Clara Law, Ringo Lam, Bence Fliegauf & Khavn de la Cruz
  • Jour 4 — lundi 2 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Michael Hui, Yang Yong-hi, Tom Shu-yu Lin & Yim Ho
  • Jour 5 — mardi 3 juillet 2012 — avec Raoul Ruiz, Kim Nguyen & Julia Murat
  • Jour 6, Part 1 — mercredi 4 juillet 2012 — avec Wu Ma & Kirk Wong
  • Jour 6, Part 2  — mercredi 4 juillet 2012 — avec Patrick Lung-Kong, Peter Wai-Chuen Yung & Allen Fong

Et le palmarès du Festival Paris Cinéma 2012

Festival Paris Cinéma [04/07/12 — Journal de bord 6. Part 2] : Patrick Lung-Kong, Peter Wai-Chuen Yung & Allen Fong

Dans Allen Fong, Cinéma, Festival, Festival Paris Cinéma, Forum des Images, Hong Kong, MK2 Bibliothèque, Patrick Lung-Kong, Peter Wai-Chuen Yung le 23/07/2012 à 09:34

© FredMJG

A la découverte d’Allen Fong et autre raretés.

Seconde partie de ce mercredi plutôt épique dont je me soucierais peu de connaître les sorties cinéma, étant bien plus préoccupée à l’idée de ne pas rater le début de la séance au Forum des Images. Mon sens aigu de l’orientation fait à nouveau merveille dans le dédale souterrain et c’est radieusement épuisée que j’arrive enfin à m’affaler dans un fauteuil de la salle 300, tout en songeant que dans moins de deux heures, il va me falloir ré-emprunter le chemin inverse. Ô joie !

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© Hong Kong Film Archive

16h30. Story of a discharged prisoner/Ying xiong ben se de Patrick Lung-Kong_1967
avec Patrick Tse Yin, Patsy Kar Ling, Kien Shih, Wong Wai et Patrick Lung-Kong

Un bienfait est toujours mal rendu. Le générique de Story of a discharged prisonner de Patrick Lung-Kong, thriller social (et réputé pour être l’inspiration première de John Woo pour son Syndicat du crime/A better tomorrow)  transfiguré en gros mélo contant la difficile réinsertion d’un délinquant, débute comme un polar nerveux à la Nikkatsu, au rythme endiablé et réalisé dans un noir et blanc des plus contrastés. Mais là, s’arrête la comparaison. Le héros sans peur mais non sans reproche n’a rien du charme un peu canaille de Joe Shishido, mais bien plutôt la beauté un peu mélancolique du charismatique Patrick Tse Yin, quelque peu abîmé par 15 ans passés en cabane, torturé par la culpabilité et plus tenaillé par un vrai désir de reprendre le droit chemin que de tailler sa route en solitaire. Ployant sous le poids d’une dette incompressible envers les siens, voire la société toute entière, il n’aura de cesse de refuser l’étrange amitié d’un jeune fan qui rêve de marcher sur ses pas.

Mais la route — soit celle qu’il parcourt entre le bidonville où il crèche et les appartements plus luxueux de la ville où vivent sa mère — qui le renie de peur qu’il contamine le reste de sa progéniture (!) —, son jeune frère au bel avenir tout tracé et les éventuels employeurs qu’il contacte — est longue pour retrouver son honneur perdu. En sortant de prison (ce brave cœur a souhaité assister les derniers instants d’un de ses acolytes, blessé à mort lors d’un cambriolage foireux), malgré les rares mains tendues dont celle d’un ancien complice rangé des voitures, Lee Cheuk/Patrick Tse Yin, notre ex-détenu va découvrir qu’il n’a pas fini de payer son erreur de jeunesse.

Sans compter que se dressent devant lui deux hommes, revers d’une même médaille, qui précipiteront patiemment sa chute et que le réalisateur n’hésite pas à renvoyer dos à dos.

Car le truand (interprété avec une inquiétante dangerosité par l’indestructible Kien Shih/One-eyed Dragon) qui n’a de cesse — après avoir "consolé" sa bien-aimée lors de son emprisonnement — de vouloir le réintégrer de force dans sa bande de fripouilles et ce, même au prix de la respectabilité du frérot qui a bien moins de scrupules que son repenti d’aîné, n’a en définitive rien à envier au flic* sarcastique et intraitable qui le poursuit de ses soupçonneuses assiduités, dans l’inconscient espoir de le voir trébucher aux fins de justifier ses propres principes moraux.

De mésaventures et maigres espoirs en troubles chantages, notre héros, sans se départir d’un masque tragique, va se révéler bien plus chevaleresque que tout le beau monde qui gravite autour de lui et méprise ses efforts quotidiens. Non sans avoir auparavant obtenu le pardon maternel (!), Lee Cheuk, cette âme pure, va accepter d’être sacrifié sur l’autel de la respectabilité de la cellule familiale et achèvera son chemin de croix là où il l’a débuté, en endossant la faute d’un autre.

La morale est donc sauve. En apparence.

Si Kien Shih est grandiose en chef de triade patelin et sadique à la fois, Patrick Tse Yin, en éternelle victime expiatoire, est exceptionnel de retenue et c’est avec un peu de rancœur que l’on se doit d’accepter les clichés inhérents au genre qui parsèment ce mélodrame (prévoir tout de même quelques scènes d’action, mélange de torgnoles et de kung fu, pas piquées des hannetons) cantonais, nonobstant fort critique à l’égard d’une société à double vitesse.

* Comme John Woo le fera dans A better tomorrow, c’est Patrick Lung-Kong qui se colle à ce rôle quelque peu pervers

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Et hop, re-cavalcade en sens inverse pour rejoindre le MK2, où j’arrive sur les rotules après avoir laissé passer une bonne vingtaine de rames fichtrement bondées.

Mémo à moi-même, ne plus jamais perdre mon temps et mon énergie à tenter de changer de salle en cours de journée. Et notamment aux heures de pointe. Merci.

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© DR

20h. The system/Xing gui de Peter Wai-Chuen Yung_1979
avec Pak Ying, Kien Shih, Chiao Chiao, Erwin Panos, Peter Brent et Mike Lovatt

L’ascète et le jouisseur. The system ne badine pas avec la cruelle réalité et dénonce pêle-mêle non seulement l’extraordinaire pouvoir de coercition des autorités policières hongkongaises mais également les amitiés particulières qu’elles nouent avec certains membres de la pègre. Quand il ne s’agit pas purement et simplement pour certains de franchir la fameuse ligne invisible qui les fait passer de l’autre côté de la loi. Sans oublier, outre les pourris et magouilleurs de tous bords, les fameuses guerres de polices qui font plus de victimes collatérales que les échauffourées avec les truands.

L’obstiné — et bien naïf — inspecteur Chan (excellent Pak Ying), sans nul doute le dernier policier d’une moralité sans faille de Hong Kong, va l’apprendre à ses dépens dans ce polar nerveux réalisé par un Peter Yung déchainé et, semble-t-il, d’un indéfectible pessimisme.

Le réalisateur va suivre pas à pas, avec un souci du détail quasi documentaire, la tortueuse enquête de son flic lancé sans filet — tantôt en usant de moyens guère très ragoutants — dans le démantèlement d’un puissant réseau de trafic de drogue dont les ramifications s’égarent un peu trop souvent dans les locaux de la police, et ce, jusqu’au sommet.

Bien que bardé de gadgets électroniques dernier cri, notre homme va se retrouver face à une hiérarchie dont l’aveuglement n’a d’égale que son degré de corruption et, de fait, souvent dans l’impossibilité de faire correctement le job qu’il porte en si haute estime. Voyant ses suspects relaxés ou subornés par d’autres brigades, Chan le nettoyeur, en désespoir de cause, va baisser la garde et accorder sa confiance à un indic. Mauvaise pioche.

L’indic, c’est Kien Shih (Encore lui, oui !), d’une telle virtuosité qu’il confine au génie. Doté d’une intelligence retorse et d’un inébranlable culot, il est aussi menaçant en parrain intrépide qu’en vipère délatrice, quand il ne se laisse pas aller à baisser le masque (vraiment ?) et se révéler mutin et charmeur en bon mari et père de famille. Inutile de préciser qu’il ne fait pas bon lui tourner le dos puisque sa hantise des barreaux lui inspire en permanence de circonvenir à toute enquête de police en jouant les agents triples, voire quadruples avec le même aplomb et sans l’ombre d’un regret.

Outre sa fin apocalyptique d’une invraisemblable noirceur — violence inopinée et barbarie au menu — qui n’offre que peu d’espoir à une société bien mise à mal par l’individualisme et le cynisme, The system est truffé de scènes passionnantes qui plongent le spectateur dans les entrailles mêmes de la course effrénée et jonchée d’embûches de Chan. Particulièrement lors d’un suspense haletant qui préside à une filature* dans un Hong Kong dédaléen où le temps semble imperceptiblement s’allonger. Palpitant !

* Séquence qui peut rappeler d’excellents souvenirs à ceux qui ont vu le nettement moins désespéré Filatures/Gun chung de Johnnie To_2007.

*****

Hormis l’hommage à Johnnie To venu participer à une master class au Forum des Images, trois coups de projecteurs sont dédiés cette année à Ann Hui, Patrick Tam et Allen Fong, chantres de la nouvelle vague hongkongaise. Ce dernier, éternellement coiffé d’un invraisemblable galurin, et seul des trois à être présent à Paris — il pourra sans nul doute causer aux absents du chaleureux accueil qu’il a reçu chez nous—, s’est fait une joie de venir nous parler de son œuvre  (depuis 1981, 5 longs-métrages et un documentaire après avoir débuté à la télévision en réalisant deux épisodes pour la série Below the rock, à laquelle à également participé Ann Hui) et répondre à quelques questions.

Ce qui meut avant tout les personnages de Just like weather — le film qui nous est projeté ce soir — nous prévient-il d’emblée est l’éternel désir d’aventures de l’être humain. Après nous avoir livré quelques détails biographiques et s’être enorgueilli d’avoir vu son nom au menu des Cahiers du Cinéma (Découvrir Allen Fong par Aurélien Dirler, dans le numéro de juin 2012), Allen Fong s’étendit également sur son éthique journalistique — principes qu’il applique à son cinéma : penser au public tout en restant objectif sans oublier de faire preuve de compassion — et sa soif d’indépendance. On sent, malgré l’hilarité quasi constante du personnage, une intransigeance et une force de caractère peu communes. Rencontre rafraichissante donc.

A noter que je verrais donc ses trois premiers films dans un ordre déchronologique.

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© HKFA

21h45. Just Like Weather/Mei guo xin de Allen Fong_1986
avec Lei Yuk-Kuen, Chan Hung-nin, Cheng Chi-hung et Yu Wan-fei

Mémoires fragmentées d’un premier amour. Un (très) jeune couple fait le point sur sa vie et ses désirs d’avenir.

A noter que Christine a épousé Hung, guère plus vieux qu’elle, à 16 ans. Le film s’attache à décortiquer l’amour qu’ils se portent et les concessions qu’ils seraient prêts à accepter pour adopter, sans nécessairement se trahir, les rêves de l’autre. La dispute intervient alors que l’avenir de leur ménage tient au fil ténu d’une essentielle divergence de point de vue (de vie ?) : tandis que Christine souhaite bâtir sa destinée à Hong Kong, Hung envisage d’émigrer en Amérique. En désespoir de cause, la jeune femme accompagne finalement son époux dans un périple censé les mener de San Francisco à New York ; voyage qui permettra à nos deux adulescents, de refaire le monde, faire le point et prendre, s’ils en ont déjà la capacité, les grandes décisions qui s’imposent.

Sur ce maigre (?) canevas, Allen Fong déstructure l’histoire de ses deux héros aux sentiments en perpétuelle évolution et changements soudains — comme le temps semble-t-il. En moult va-et-vient dans leurs souvenirs qu’ils égrènent devant la caméra d’un documentariste — le réalisateur se met alors en scène pour ausculter cette juvénile passion qui s’étiole au contact des réalités — les jeunes gens vagabondent au gré de ce road movie mélancolique, des nouvelles rencontres qui se forgent et du bonheur de l’illusoire indépendance retrouvée, tout en laissant affleurer la peur secrète de lâcher en définitive la proie pour l’ombre.

Le charme étrange du film qui nous enveloppe peu ou prou tient à ce qu’Allen Fong nous perd discrètement entre fiction et documentaire en laissant la part belle à l’improvisation et en introduisant des souvenirs appartenant non pas aux personnages que nous voyons grandir sous nos yeux, mais à ses acteurs. Cela tient à la méthode de travail du metteur en scène qui, bien qu’il parte toujours d’un script, introduit subrepticement au gré de ses découvertes des détails incongrus chapardés à ses comédiens, qui nous permettent curieusement de nous attacher aux deux jeunes héros qu’ils interprètent.

Du cinéma-vérité — voire du Stanislavski sans prise de tête psychodramatique — en somme, qui n’appartient qu’à lui, où nous assistons, quasi en direct — le documentaire pouvant alors faire office de répétitions —, de scènes tronquées en révélations tardives, à la construction des personnages de Just like weather, qui nonobstant gardent encore et toujours une part de mystère, la complexité de l’âme humaine.

A voir : l’interview d’Allen Fong

*****

Je piaffe d’impatience à l’idée de rentrer au plus tôt car il est plus que temps que je commence à publier sur ce Festival. J’envisage donc une petite insomnie supplémentaire…

A suivre…

Si vous avez raté le début

  • Avant première de Holy Motors de Léos Carax
  • Teaser
  • Jour 1 — vendredi 29 juin 2012 — avec Jeff Mills, André Sauvage & Herman Yau
  • Jour 2, Part 1 — samedi 30 juin 2012 — avec Roman Cheung, Nam Nai-choi, Herman Yau & Chin Man-kei
  • Jour 2, Part 2 — samedi 30 juin 2012 — avec Ann Hui, Yuen Wo Ping, Wu Ma, Miguel Gomes & Yeun Sang-ho
  • Jour 3 — dimanche 1er juillet 2012 — avec Ann Hui, Clara Law, Ringo Lam, Bence Fliegauf & Khavn de la Cruz
  • Jour 4 — lundi 2 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Michael Hui, Yang Yong-hi, Tom Shu-yu Lin & Yim Ho
  • Jour 5 — mardi 3 juillet 2012 — avec Raoul Ruiz, Kim Nguyen & Julia Murat
  • Jour 6, Part 1 — mercredi 4 juillet 2012 — avec Wu Ma & Kirk Wong

Et le palmarès du Festival Paris Cinéma 2012

Festival Paris Cinéma [04/07/12 — Journal de bord 6. Part 1] : Wu Ma & Kirk Wong

Dans Cinéma, Festival, Festival Paris Cinéma, Hong Kong, Kirk Wong, MK2 Bibliothèque, Wu Ma le 19/07/2012 à 22:20

© FredMJG

Des fantômes et du culte.

Les affaires reprennent avec, aujourd’hui, un aller-retour de la mort prévu sur la ligne 14 (bénie soit-elle).

Je me rends tout d’abord d’un pas alerte — les deux cafetières englouties ce matin y sont sans doute pour beaucoup — au rendez vous pris hier soir avec la taulière de Shunrize qui compte s’offrir un double programme Sammo Hung tandis que je l’abandonnerais, après le Wu Ma, pour le Kirk Wong que je n’ai jamais vu et qui m’intrigue fort tant il est nimbé d’un statut culte qui ne peut que me titiller les ovaires.

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© Fortune Star Media Limited.

12h. The Dead and the Deadly de Wu Ma_1982
avec Sammo Hung, Cherie Chung, Wu Ma et Lam Ching-ying

Après le wu xia pian Deaf mute heroine, place à la (grosse) kung fu farce signée Wu Ma. The dead and the deadly démarre sur les chapeaux de roue et, tout en entremêlant allègrement comédie et horreur, met en scène des fantômes, qu’ils soient totalement tocs comme Li/Sammo Hung qui aime à se travestir pour affoler les veuves joyeuses, ou bien réels comme celui de l’époux trompé qui compte bien massacrer la gourgandine, son amant et le crétin grimé qui vient de leur foutre la trouille de leur vie, en prime.

Toutefois, le film semble nous dire que tout ceci n’est qu’un affreux cauchemar puisque les justiciers ectoplasmiques n’existent guère. Que nenni !

Alors que cet effarouché de Li tente de se dépêtrer d’une charmante qui tient à lui passer la corde au cou, un de ses potes de beuverie ne trouve rien de mieux que de passer pour trépassé aux fins de palper un héritage conséquent. Li, soupçonnant alors une trahison de la trop jeune épouse dudit, enceinte jusqu’aux dents d’un homme pourtant réputé impuissant, tente par tous les moyens de découvrir les raisons du décès en se travestissant cette fois en offrande, ce qui donne lieu à des scènes de deuil d’un burlesque achevé, notamment lorsqu’un garnement tente de lui coller le feu aux fesses.

Tandis qu’il tente, en vain, d’autopsier le corps — qui, bien frétillant, n’est pas décidé à se laisser découper (fous rires assurés) — les félons en arrivent aux extrémités et refroidissent le supposé mort qui expire définitivement.

Durant cette infernale veillée funèbre, nous assistons à une valse abracadabrantesque d’apparitions spectrales — théâtrales ou authentiques —, puis à un échange d’âmes entre le défunt récalcitrant et notre bon vivant avant d’homériques combats d’une extrême violence entre apparitions justicières et fourbes adultères âpres au gain, où l’on n’hésite pas à déballer l’arme blanche ou à dézinguer brutalement une future mère de famille. Rafraîchissant !

L’épilogue, qui prête à rire, est d’une morale à toute épreuve. L’humour bon enfant qui parcourt le film — offrant une recette imparable sur la manière de profiter d’un moment d’absence de volonté d’une proie pour lui passer illico la bague au doigt — se fait parfois plus grinçant et impitoyable. Et même si tantôt l’histoire est quelque peu poussive, les combats, chorégraphiés par l’acteur principal, qui n’hésite jamais à jouer de son embonpoint, sont de haute volée. Inutile donc de faire la fine bouche devant cet aimable divertissement.

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© Nil Info

14h. The Club/Wu ting de Kirk Wong_1981
avec Michael Chan Wai-man, Norman Chu Siu Keung, Mabel Kwong et Erina Miyai

Combat sans code d’honneur. Bien avant Le syndicat du crime/A better tomorrow de John Woo, et sans nécessairement rendre son brutal héros plus romantique qu’il n’est — quoique l’on ne manque jamais au court du film de vanter son courage et sa loyauté à toute épreuve — Kirk Wong offre pour son premier film — il signera quelques années plus tard Crime Story avec Jackie Chan en vedette — The Club*, un étrange objet crasseux d’une violence anarchique et bestiale. Les filtres jaunes qui étouffent tantôt l’image ne font qu’ajouter un peu plus au malaise ressenti, en dehors des rares fois où l’on s’étrangle subrepticement dans un gloussement nerveux tant l’excentricité de certaines scènes contribuent à accroitre la datation d’un film réputé pour avoir ouvert la voie à tripotée de polars violents glorifiant peu ou prou les triades.

Asseyant dès l’enfance une amitié masculine inébranlable (ah ! ce long regard langoureux que se lance les deux potes si longtemps séparés… j’en ris encore) liant le trio du film qui, tout en vivant en marge de la loi, a décidé de ne pas se commettre avec le commun des voyous — deux d’entre eux dirigent un night club, objet de toutes les convoitises, le troisième (Norman Chu, l’affreux de The sword) a préféré se rendre maitre de maisons de jeux —, The Club décrit avec minutie la main mise mafieuse sur les quartiers chauds de la ville et l’économie souterraine qui en découle. Et ce, parallèlement à une cité qui semble vivre à son rythme en occultant souverainement les combats sans merci qui se livrent derrière des portes de verre. Témoin cette hallucinante scène de carnage à laquelle se livrent des membres d’un gang sur un homme seul et acculé, condamné à se battre à coups de pâles de ventilateur contre des moteurs hors bord qui vont le mettre en charpie sous le nez de quidams indifférents.

Ne jamais s’immiscer dans les règlements de comptes, tel semble être la loi tacite qui régit Hong Kong, tant pour d’éventuels témoins que pour les forces de police mystérieusement absentes durant toute l’aventure et qui n’apparaissent qu’au générique de fin, réduites à quelques gros titres dans les journaux. Manifestement, pour le réalisateur, les flics ne sortent désormais que pour faire le ménage, soit compter les morts et incarcérer les rares survivants, bien trop las pour se rebiffer. Triste constat.

Sombre héros bien amer, Sai (l’inoxydable Michael Chan Wai-man, maître en arts martiaux et proches des triades, la joua dit-on très goodfella sur ce coup-là et fit embaucher quelques vieux amis parfaitement infréquentables comme figurants, ce qui ne manqua pas de créer certains remous lors du tournage), à la garde robe d’un éclatant mauvais goût, rappelle les gangsters hargneux de Martin Scorsese. Et bouffe l’écran à chaque apparition, aussi kitschissime soit-elle.

Car Sai aime muscler son corps tatoué, se balade en slibard jaunâtre et forge ses nerfs d’acier en se foutant vaillamment sur la gueule avec des mal intentionnés. Aucune trace chez Kirk Wong des mortelles chorégraphies à la John Woo. Dans The Club, on se crève sauvagement (voir plus haut), à mains nues ou l’arme blanche telles celles que Sai collectionne dans son placard à balai transformé en armurerie où s’étalent sabres, hachoirs, coutelas et pics à glace en lieu et place de magnums ou autres kalach’. Faites votre choix.

Notre Sai est également l’objet de convoitise de toutes les entraineuses du Club — leur jeu parfaitement approximatif concourt à nous mettre en joie au milieu de tant de barbarie — dont il pourrait éventuellement devenir le Cosmo Vitelli s’il n’était aussi clairement belliqueux et foncièrement psychopathe.

Soyons clairs, les personnages féminins ne sont que des potiches soupirant à l’approche du bellâtre hypersexué et connaissent, chacune à leur tour, — non sans avoir auparavant atteint l’extase entre les bras athlétiques du mâle — le trépas le plus cruchon qu’il ait jamais été donné de voir sur un écran. Palme à la ravissante idiote qui poignarde un malfaisant, puis laisse choir le couteau aux fins que le cruel s’en empare plus aisément et la trucide derechef. C’est ballot car cela tend à nous faire doucement rigoler alors que nous devrions en être fort peinés, mais notre terreur, se consolant à une rapidité déconcertante de ses veuvages répétés, ne nous tiendra pas rigueur de notre hilarité.

Quoiqu’il en soit, et malgré une qualité de copie foncièrement déplaisante et pour cause**, The Club demeure une œuvre intéressante sur le dernier combat d’un guerrier dont le curieux sens de l’honneur se voit d’ores et déjà dépassé par la folie des jeunes enragés surarmés de Tsui Hark***.

* Le générique est à voir ici (en fin de post)
** A noter qu’Aurélien vint nous apporter en début de séance quelques précisions sur la copie projetée (les conditions de conservation, voire de restauration, de films étant quasi nulles sur Hong Kong), soit un film "recréé" à partir de deux disques laser et d’une bande VHS — concernant notamment quelques scènes fort déshabillées tombées au champ d’honneur de la censure — doublée en anglais de si atroce manière que les éclats de rire fusèrent dans la salle. Mais il ne fait nul doute que l’esthétique salement glauque du film doit tout à la décision du metteur en scène et non aux outrages du temps. [Et quoiqu'il en soit, mieux vaut voir une copie en mauvais état, que pas de film du tout].
*** L’enfer des armes, également à l’affiche du Festival Paris Cinéma

*****

Direction le Forum des Images pour la projection de Story of a discharged prisonner, un film en noir et blanc de Patrick Patrick Lung-Kong, datant de 1967.

Va y avoir du sport.

A suivre…

Si vous avez raté le début

  • Avant première de Holy Motors de Léos Carax
  • Teaser
  • Jour 1 — vendredi 29 juin 2012 — avec Jeff Mills, André Sauvage & Herman Yau
  • Jour 2, Part 1 — samedi 30 juin 2012 — avec Roman Cheung, Nam Nai-choi, Herman Yau & Chin Man-kei
  • Jour 2, Part 2 — samedi 30 juin 2012 — avec Ann Hui, Yuen Wo Ping, Wu Ma, Miguel Gomes & Yeun Sang-ho
  • Jour 3 — dimanche 1er juillet 2012 — avec Ann Hui, Clara Law, Ringo Lam, Bence Fliegauf & Khavn de la Cruz
  • Jour 4 — lundi 2 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Michael Hui, Yang Yong-hi, Tom Shu-yu Lin & Yim Ho
  • Jour 5 — mardi 3 juillet 2012 — avec Raoul Ruiz, Kim Nguyen & Julia Murat

Et le palmarès du Festival Paris Cinéma 2012

Festival Paris Cinéma [03/07/12 — Journal de bord 5] : Raoul Ruiz, Kim Nguyen & Julia Murat

Dans Argentine, Brésil, Canada, Chili, Cinéma, Compétition, Festival, Festival Paris Cinéma, France, Julia Murat, Kim Nguyen, MK2 Bibliothèque, Nouveau Latina, Raoul Ruiz, StrictoPerso le 16/07/2012 à 09:13

© FredMJG

Viva Raoul !

Une "petite" journée que ce mardi plus ou moins ensoleillé.

Je vais profiter d’une longue coupure entre deux Raoul Ruiz — la rétrospective se tient au Nouveau Latina qui expose également les photographies de tournages en noir et blanc de Bernard Hébert et ce, jusqu’au 31 août prochain — que je n’ai jamais eu l’occasion de voir  (j’abandonne par contre définitivement l’idée de découvrir Cofralandes, n’étant pas parvenu à intégrer le film à mon petit programme) et les films en compétition pour tenter de commencer à gratter sur mes compte rendus… Ambitieux projet que je ne pourrais mener à bien qu’une fois les festivités achevées étant donné ma légendaire lenteur.

Et pour m’en griller une car mine de rien, cela fait quatre jours que je n’en ai pas trouvé l’occasion…

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© MargoFilms

13h40. Dias de campo de Raoul Ruiz_2004
avec Marcial Edwards, Mario Montilles, Belgica Castro, Ignacio Agüero, Rosita Ramirez, Monica Echevarria, Carlos Flores et Francisco Reyes

Souvenirs de la maison Chili. Dans un bar de Santiago, deux hommes s’enivrent de paroles et de vin. Vu leur âge, il est probable qu’ils tiennent chaque nouvelle rencontre pour la dernière. Se décrivant comme "imaginistes", "bricolistes", voire singulièrement anarchistes, on croit deviner que l’un d’eux qui prétend écrire un roman tend à égrener des souvenirs d’enfance. Cela reste à prouver.

Car ce diable de Raoul Ruiz se joue effrontément encore une fois de la chronologie et ses jeux de l’oie habituels empruntent ici de tortueux chemins de traverse entremêlant les époques, quand ses héros ne se dédoublent pas dans quelques existences parallèles. A moins que nos compagnons de voyage ne soient issus de la mémoire chilienne d’un exilé, narrant en voix off les rêves qui le hantent, où les défunts rajeunissent à peine refroidis et reviennent servir leur maître dont les songes ne sont jamais foncièrement les mêmes.

Sans compter que pour qui apprécie Borges, il ne fait aucun doute que le souvenir du héros principal de Dias de campos s’évanouira dès que le rêveur qui le rêve s’éveillera.

La méthode ruizienne file le tournis, oui.

Le Chili filmé par Raoul Ruiz n’a rien de flamboyant. Le film est sombre — et préfigure d’ailleurs étonnamment la palette terrienne de son dernier film, La nuit d’en face —, intimiste, tout entier confiné dans une grande maison austère, où les seuls points de couleurs sont les bateaux qui habitent les toiles accrochées aux murs. Même lorsque le réalisateur s’égare dans la campagne, l’atmosphère y est ouatée comme la réminiscence d’un long cauchemar dont on aurait du mal à se dépêtrer. Y compris lorsque l’on sent poindre, sous l’ironie du désespoir, cette hantise de la mort reconnue comme un mal nécessaire, un passage vers une autre réalité, le début d’une nouvelle aventure humaine et non comme une fin.

Soyons honnête, si l’on retrouve dans Dias de campos toutes les obsessions que Raoul Ruiz a semé de film en film, et ce jusqu’à son ultime réalisation, certaines private jokes demeurent quelque peu incompréhensibles si l’on est peu versé dans l’histoire chilienne. Une occasion en or pour notre farceur de nous perdre encore plus dans ses jeux labyrinthiques.

Mais on peut tout de même s’y amuser — ou se laisser aller tantôt à une douce torpeur (comme votre serviteur) en se laissant bercer par la voix off — et mesurer cette maison Chili à l’aune des disparitions et des fantômes qui habitent la résidence, des morts qui trainent éternellement sur les lieux de leurs crimes et des lettres apocryphes que les mères n’hésitent pas à s’envoyer pour continuer de croire encore quelque temps à la survie de leurs fils disparus.

Un film à revoir donc, avec l’esprit clair et quelques clés supplémentaires. Et accessoirement dans de meilleures conditions que celles qu’offre cette damnée salle du Nouveau Latina que certains spectateurs prennent pour un hall de gare.

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© La Sept

15h25. La Chouette aveugle de Raoul Ruiz_1987
avec Jean-Marie Böglin, Jean-François Lapalus, Alain Rimoux, François Berthet, Jean-Bernard Guillard, Alain Halle-Halle, Jessica Ford et Brigitte Coscas

Un homme (Jean-François Lapalus, un peu terne) marche la nuit dans une ruelle qui sent le carton pâte. L’avertissement "Toi qui entre ici abandonne toute espérance" apparaît à peine sur l’écran que notre inconnu pénètre dans un cinéma de quartier. L’humour ruizien vient encore de frapper et la blague est loin d’être courte.

A l’affiche, un étrange métrage oriental dont quelques dialogues en allemand non sous-titré nous parviennent dans la cabine où notre héros, projectionniste, se réfugie plus qu’il n’y travaille. C’est que l’héroïne du film l’a regardé droit dans les yeux et qu’il en est tombé éperdument amoureux. Et depuis qu’elle lui a mis la fièvre, il est victime de tant d’aberrantes hallucinations que l’on pourrait sans peine imaginer que cet homme dort debout.

Peu importe toutefois de ne pas avoir lu le dépressif roman de Sadegh Hedayat qui a plus ou moins inspiré Raoul Ruiz. S’ensuit une histoire totalement surréaliste et foncièrement angoissante — même si l’on rit beaucoup — où l’homme sans illusion ni famille — quoiqu’il ne cesse de croiser des étrangers qui prétendent lui être apparentés — va s’immiscer de l’autre côté de l’écran, devenir un assassin, vivre mille et une nuits dantesques et plusieurs vies qui sont autant de choix possibles et imaginables, et être le héros d’une de ces entreprises rocambolesques dont Dumas avait le génie.

Il croisera sur sa route — ou sur l’écran, qui sait ? — des femmes fatales — qu’il découpe en morceaux, puis trimballe dans des malles magiques — et des malandrins de purs mélodrames qui se plaisent à provoquer sa candeur velléitaire.

On ne peut que songer aux formidables péripéties du magnifique Trois couronnes du matelot [film malheureusement absent de la rétrospective consacrée cette année à Raoul Ruiz] en écoutant la voix du narrateur — héros de son propre fantasme à moins qu’il ne soit lui-même que le personnage d’un film autrefois projeté dans le cinéma où il prétend œuvrer — nous conter combien la vie s’est jouée de lui. Il est cependant regrettable que Jean-François Lapalus n’ait pas le charisme de Jean-Bernard Guillard, le fameux matelot aux 3 couronnes. Ce dernier fait une apparition en forme de clin d’œil dans le rôle d’un homme masqué se prétendant défiguré. Qu’il apparaisse enfin en plein jour et les souvenirs cinéphiles affluent.

Trompe l’œil, clair obscur et lanterne magique, tout le décorum est convoqué par Raoul Ruiz pour mieux nous perdre dans le labyrinthe de cette existence qui pourrait être bien misérable si quelques songes opiacés ne venaient la rehausser.

Mais le cinéma est, lui, bien réel nous martèle le réalisateur, et la seconde partie de La chouette aveugle, abandonnant brusquement notre personnage à la triste figure à ses aventures, nous fait pénétrer sans crier gare dans le film qui l’a tant fasciné. Et nous place derechef dans la peau du projectionniste. L’œuvrette est en arabe et en vieil espagnol non sous titré, nous ne pouvons en conséquence — sauf à être polyglotte — que deviner le drame qui se noue à l’écran, où des jumeaux se disputent, en sus du pouvoir, le cœur de sœurs jumelles dans un palais de Grenade. Avec force félons à l’appui. Nous sommes désormais aussi perdus que le narrateur et ne s’offre plus à nous qu’une seule option, nous immerger dans le spectacle en y notant le moindre détail ou fuir vers la sortie (ce que n’hésita pas à faire les ¾ des spectateurs. Dommage pour eux).

Malgré son intérêt, La chouette aveugle se doit d’être vu après avoir acquis quelques clés divinatoires sur les grandes mystifications ruiziennes. Sans compter qu’emporter avec soi les petits livres illustrés de Borges et de son compère Cortazar n’est certes pas de trop.

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Infernale cavalcade dans l’interminable échangeur de Châtelet Les Halles [Je me vois dans l'obligation de revoir mon programme de samedi soir, les travaux actuels dans le Forum des Halles — obligeant à des tours et des détours nettement moins amusants que ceux offerts par le cinéaste chilien — m'empêcheront définitivement d'arriver à l'heure dite pour The arch, à moins de téléportation] pour être de retour au MK2 Bibliothèque où comme d’habitude, notre mère à tous, Jérome, nous a donné rendez-vous pour nous remettre nos billets d’entrée.

Je le soupçonne de faire l’appel en douce pour s’assurer que le jury ne tente pas l’école buissonnière avec les films de la compétition.

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© Happiness Distribution

19h. Rebelle/War Witch de Kim Nguyen_2012
avec Rachel Mwanza, Alain Bastien et Serge Kalienda

Le réalisateur, Kim Nguyen, foncièrement aimable et doté d’un charmant accent québécois, était présent et s’est fait une joie d’entamer un Q&A avec le public. Son intervention débordait d’enthousiasme, tandis qu’il nous régalait d’anecdotes diverses sur les péripéties ayant présidé à son casting — il a même avoué trop aimer ses personnages pour souhaiter les voir disparaitre trop vite de l’aventure — ou sur certaines activités fort étranges dont il a été témoin lors du tournage.

Sortie prévue pour le 21 novembre 2012. Chronique à venir.

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Quelques achats de nourritures terrestres plus tard — esquimau, croque et chocolat — nous revoilà installés tous les quatre — avec Valérie, Anna et Chris (Noémie prise par des obligations professionnelles verra les films le lendemain) — dans cette fameuse salle 12 dont nous commençons à reconnaître nos sièges les yeux fermés et dans lesquels, je dois l’avouer, mon squelette devient derechef bien mollasson.

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© Bodega Films

21h15. Historias, les histoires n’existent que lorsque l’on s’en souvient/Histórias que só existem quando lembradas de Julia Murat_2011
avec Sonia Guedes, Lisa E. Fávero, Luiz Serra, Ricardo Merkin, Antônio Dos Santos, Nelson Justiniano et Maria Aparecida Campos

La réalisatrice étant absente pour cause d’accouchement imminent, le film est présenté par sa productrice qui très étonnamment nous enjoint de rire de bon cœur si l’idée nous en vient. Personnellement, n’ayant pas pour habitude de me priver, le conseil me parait bien hasardeux et m’inquiète quelque peu. Bingo ! Ce sera rarement l’hilarité générale dans la salle.

Sortie prévue pour le 18 juillet 2012. Chronique à venir.

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Après quelques échanges animés sur le parvis du MK2, nous sommes repartis vers nos pénates tout en regrettant fortement qu’Historias de Julia Murat n’ait pas tenu dès le départ les belles promesses qui ne se révèlent qu’au bout d’une demi-heure — fort esthétique, par ailleurs — d’ennui profond.

A suivre…

Si vous avez raté le début

  • Avant première de Holy Motors de Léos Carax
  • Teaser
  • Jour 1 — vendredi 29 juin 2012 — avec Jeff Mills, André Sauvage & Herman Yau
  • Jour 2, Part 1 — samedi 30 juin 2012 — avec Roman Cheung, Nam Nai-choi, Herman Yau & Chin Man-kei
  • Jour 2, Part 2 — samedi 30 juin 2012 — avec Ann Hui, Yuen Wo Ping, Wu Ma, Miguel Gomes & Yeun Sang-ho
  • Jour 3 — dimanche 1er juillet 2012 — avec Ann Hui, Clara Law, Ringo Lam, Bence Fliegauf & Khavn de la Cruz
  • Jour 4 — lundi 2 juillet 2012 — avec Patrick Tam, Michael Hui, Yang Yong-hi, Tom Shu-yu Lin & Yim Ho

Et le palmarès du Festival Paris Cinéma 2012

Festival Paris Cinéma [02/07/12 — Journal de bord 4] : Patrick Tam, Michael Hui, Yang Yong-hi, Tom Shu-yu Lin & Yim Ho

Dans Cinéma, Compétition, Festival, Festival Paris Cinéma, Hong Kong, Japon, Michael Hui, MK2 Bibliothèque, Patrick Tam, StrictoPerso, Taïwan, Tom Shu-yu Lin, Yang Yong-hi, Yim Ho le 15/07/2012 à 09:05

© FredMJG

Désastre, amour et fantaisie.

Dois-je l’avouer ? Je me sens un peu lasse mais le merveilleux souvenir que m’avait laissé le film de Patrick Tam — un des rares que je connaisse de lui par ailleurs, en sus de The final victory, et il me tarde de voir ses autres réalisations — fait que je me botte sérieusement le cul et que je me tiens vaillante, et à l’heure dite, à l’entrée de la salle.

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© Fortune Star Media Limited

13h. The Sword de Patrick Tam_1980
avec Adam Cheng, Norman Chu Siu-keung, Jo Jo Chan, Wei Chiu-hua, Tien Feng et Ko Hung

Le chant des épées. D’une splendeur esthétique à couper le souffle, The sword est un poème tragique balafré rouge sang qui met en scène deux épéistes mus par de bien vilains desseins alors qu’ils tentent chacun de leur côté de retrouver un maitre d’armes fort réputé (interprété avec une belle prestance par Tien Feng, stakhanoviste de la Shaw Brothers, auguste maison pour laquelle il a bien souvent joué les crapules avec talent) qui s’est retiré des vanités de ce monde à la suite d’un combat de trop.

Le premier (Adam Cheng), disciple vertueux quoique fort orgueilleux, souhaite obstinément se mesurer au vieillard pour s’assurer de son habileté, le second (Norman Chu Siu Keung) — le félon de l’histoire, perpétuellement vêtu d’oripeaux immaculés et flanqué d’un ninja d’une spectaculaire agilité — pédant et cruel, convoiterait plutôt sa légendaire épée — baptisée du doux nom d’Etoile de glace et notoirement maudite — aux fins de compléter sa collection d’armes.

Si l’on ajoute que le vicieux a épousé l’amour de jeunesse de notre faillible héros dont il fait de la vie un enfer et que tous deux vont croiser sur leurs route d’expertes combattantes, respectivement fille et amante du reclus, on ne s’étonnera guère du chassé croisé qui va s’opérer dans des combats à mort filmés comme des ballets, tant la quête du pouvoir ou des biens d’autrui paraît brusquement bien absurde au regard de tout ce que l’aventure offre comme promesses de bonheur tant spirituel que terrestre.

Une seconde vision de ce wu xia pan confirme tout le bien qu’il y avait à penser de cette symphonie du désastre, d’une langueur tantôt surprenante, traversée par des assauts d’une fulgurante beauté, tandis que la musique — un même thème récurrent soulignant la fragilité de leur existence — se met au service des dames, éternelles victimes sacrificielles de la folie et de l’égoïsme mâles.

Ne reste plus aux bretteurs que le son des étoffes froissées et des lames qui s’entrechoquent. Avec, en guise de récompense pour le vainqueur, la solitude et d’éternels regrets.

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Il me semble bien en sortant du film reconnaître le duo de tauliers de PixAgain qui converse avec animation sur le parvis du MK2, mais déjà à la bourre pour le film de Michael Hui, je les abandonne à leur discussion animée. Après enquête, c’était bien eux… Notre café est donc reporté sine die.

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© Fortune Star Media Limited

15h. The Private Eyes de Michael Hui_1976
avec Michael Hui, Sam Hui, Ricky Hui, Angie Chiu, Shek Kin et Richard Ng

Après les amants tragiques de Patrick Tam, place à l’arrivisme à tout crin, à la libre entreprise et à l’exploitation du petit personnel. The private eyes (sorti en nos contrées sous le titre Mister Boo, détective privé) et réalisé quasiment en famille par Michael Hui — ses frères Ricky et Samuel, également responsable de la musique du  film, jouent à ses côtés —, est une aimable pochade où pointe cependant une critique acerbe tant du monde du travail — les employés ne sont que des esclaves bons à se tuer à la tâche sans compensation aucune — que des autorités, et une fois encore, les fonctionnaires de police sont décrits comme de sombres crétins et savamment ridiculisés.

Pour faire court, c’est top con mais ça détend relativement les zygomatiques, notamment par la grâce de quelques excellents gags rondement amenés et une bonne humeur saupoudrée de mauvaise foi parfaitement assumée. L’humour enfantin, voire somptueusement infantile, de certaines scènes rappellent même dans une moindre mesure les pitreries de Mister Bean.

Deux scènes d’anthologie sont toutefois chaudement recommandables.

La première est une homérique bataille au kung fu approximatif dans une cuisine où notre détective combat hardiment un éventuel voleur à la tire à coups de louches, de woks et de requin marteau décédé avant de se saisir d’un chapelet de saucisse transformé pour l’occasion en nunchaku mortel. Notons qu’après un clin d’œil à Jaws, c’est Bruce Lee qui fait les frais de ce plaisantin de Michael Hui puisque son feulement tout droit issu de la bande originale d’Opération dragon (Enter the Dragon_1973) résonne alors que l’assaut fait rage et que la pièce est méticuleusement détruite.

Robert Clouse est manifestement à la fête puisque nous retrouverons bien plus tard, dans le rôle d’un machiavélique chef de gang, l’inénarrable Shih Kien (plus connu par les amateurs du Petit dragon sous le nom de Han, dont la mort dans la galerie des glaces de son imprenable forteresse a suffisamment marqué les esprits pour qu’il ait une poupée à son effigie !*), auteur ici d’un hold-up des plus fantaisistes.

La seconde scène, plutôt croquignolette, se tient dans un love hôtel où nos détectives ont filé une femme adultère (qui s’avèrera être procureur de la république. No comment) et où un waterbed et une baignoire — choisie comme planque — qui se vide et se remplit au gré de l’humeur coquine des amants sont les accessoires indispensables de cette comédie burlesque et, en définitive, très bon enfant.

Sans compter que la morale est sauve. Lah.

* Les amateurs peuvent se la procurer contre une modique somme ici.

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Je retrouve dans la salle 12 d’autres membres du jury qui n’ont pu être présents hier à la projection du 4ème film en compétition, en compagnie du taulier de Laterna magica.

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© Star Sands

17h. Our homeland de Yang Yong-hi_2012
avec Ando Sakura, Iura Arata, Yang Ik-june, Kyono Kotomi, Tsukayama Masane, Miyazaki Yoshiko et Suwa Taro

Le film — toujours présenté avec le plus grand enthousiasme par Caroline — n’a pour le moment pas de distributeur. Malheureusement, la salle était loin d’être comble mais les spectateurs présents ont sympathiquement réagi et se sont montrés fort avides d’en apprendre encore plus sur la biographie de Yang Yong-hi à la personnalité décidément passionnante. Le débat fut donc intéressant, dans la mesure où il a offert quelques clés sur une histoire d’une part, totalement inconnue de nos contrées — excepté sans doute pour les amateurs de la Corée —, d’autre part, si absurde qu’on la croirait issue de l’imagination débordante d’un scénariste. Et pourtant.

Chronique prévue fin juillet. Mais vous savez désormais que nous lui avons décerné notre coup de cœur.

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La petite salle 11 était comble, elle, pour la présentation de Starry, starry night de Tom Shu-yu Lin qui a reçu, lors de son arrivée, une formidable ovation de la part de ses compatriotes qui occupaient, il faut bien le reconnaitre les 2/3 de la salle. A noter cependant que l’un d’eux s’endormit tranquillement dès le début de la projection, à peine les lumières éteintes.

Passons très vite sur le discours officiel bien plombant et répétitif, pour ne tenir compte que du délicieux et lunaire réalisateur qui nous a avoué adorer Paris — un peu de vile flatterie ne gâte rien — et être tombé en amour devant le travail de l’illustrateur Jimmy Liao qu’il a décidé d’adapter pour l’écran.

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© Atom Cinema

20h. Starry, Starry night de Tom Shu-yu Lin_2011
avec Xu Jiao, Eric Lin Hui-Min, Rene Liu, Harlem Yu, Kenneth Tsang et Guey Lun-Mei

Une seule pièce vous manque et le puzzle est démembré. Récit d’apprentissage, Starry starry night nous conte le passage à l’âge de raison de Mei (Xu Jiao) à peine sortie de l’enfance.

Fille unique et rêveuse, Mei ne vit que pour l’art que lui a enseigné sa mère — autrefois étudiante à Paris et désormais frustrée — et passe son temps à reproduire des tableaux de maitre lorsqu’un jour, patatras, l’une des pièces maitresses d’un puzzle de La nuit étoilée de Van Gogh manque à l’appel.

Au moment même où elle ressent quelque émoi amoureux pour Jie, un camarade d’école nouvellement arrivé et qui semble avoir quelques troubles du comportement, ses parents se préparent à divorcer et son grand-père tant aimé passe de vie à trépas, laissant une sculpture inachevée. Tyrannisés au collège par quelques sombres crétins, les deux gamins fomentent une romantique fugue qui les mènera à la maison de l’aïeul, construite au fin fond d’une forêt où ils vont se perdre et finalement, y grandir.

Le réalisateur adapte dans des couleurs acidulées, le délicat livre de l’illustrateur taïwanais Jimmy Liao, dont quelques planches habillent le générique de fin, en mélangeant allègrement ses protagonistes à des images animées (origamis enchanteurs, puzzles menaçants, ombres chinoises qui révèlent ou camouflent) et réussit ainsi un très joli conte de Noël délibérément optimiste — Paris, la ville des rêves et de tous les possibles, est tout petit pour les gens qui s’aiment comme Mei et Jie d’un aussi grand amour* — affirmant que tous les obstacles peuvent être surmontés et les miracles survenir pour peu que le désir soit assez fort.

En résumé, Tom Shu-yu Lin aime dans le désordre la France, Jean Luc Godard, le charleston — surtout celui de Bande à part, mélancoliquement réinterprété ici par l’excellente Rene Liu avec une infinie tristesse — et Françoise Hardy… comme dans Moonrise Kingdom de Wes Anderson en somme, auquel le film fait immanquablement songer notamment lors de la ballade en forêt par les parti pris stylistiques et la tendresse teintée de drôlerie qui prévaut aux amours enfantines.

Nonobstant, Starry starry night est à réserver de préférence aux enfants, de peur que sa mièvrerie néanmoins parfaitement assumée n’écœure par trop les cyniques adultes que la vie fait de nous.

* © Marcel Carné et Jacques Prévert

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© Hong Kong Film Archive

22h. Homecoming de Yim Ho_1984
avec Josephine Koo, Siqin Gaowa et Tse Wai-hung

Choc des cultures. Homecoming est un film surprenant, comme hors du temps, qui vous cueille par surprise.

Suivant une dramaturgie somme toute relativement classique et ne favorisant jamais l’une ou l’autre des deux parties en présence — humilité de la vie campagnarde vs éclat de la nouvelle bourgeoisie hongkongaise — le film accompagne une femme d’affaires au bord du burn-out  — Coral n’a ni mari ni enfant mais elle est toutefois flanquée d’une sœur acariâtre qui la tyrannise par téléphone interposée — qui retourne dans le petit village de la Chine continentale qui l’a vu naitre et y retrouve deux amis d’enfance qui ont fondé une famille. Elle, est devenue institutrice, lui est un paysan apparemment mal dégrossi.

Si les retrouvailles se fêtent dans la joie et la bonne humeur, des tensions ne tardent pas à éclater de par la dette morale que Coral a contracté (ses amis se sont occupés de l’enterrement de sa mère), leur différence de classes, l’éclatante liberté — bien illusoire — de cette femme sophistiquée et coquette qui tente de retrouver ses racines et avant tout l’insouciance de ses jeunes années, fut-ce au prix d’une trahison, et la jalousie inhérente à tout rapprochement entre de bons vieux copains qui semble vite suspect aux yeux de la communauté. Les rumeurs vont bon train et les masques tombent alors que le trio s’épie et s’affronte plus ou moins brutalement.

Pourtant, si l’on pouvait craindre une énième version du combat entre rat des villes et rat des champs avec adultère à la clé, le respect prédomine entre les trois protagonistes, bien plus complexes qu’il n’y paraît au premier abord. Et le trouble ne nait pas là où on l’attend.

Par la grâce du jeu subtil de Josephine Koo et Siqin Gaowa, transpire brusquement dans leurs échanges un amour bien plus profond et strictement féminin dont on imagine sans peine que les deux femmes s’y seraient volontiers abandonnées si la divergence de leurs choix mais surtout les conventions ne l’avaient étouffé définitivement dans l’œuf.

Les deux femmes unies comme au premier jour de leur amitié indéfectible, c’est sans amertume que Coral peut alors repartir vers Hong Kong, l’esprit et le cœur en paix.

Superbes actrices, magnifique film.

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C’est l’esprit légèrement embrumé et la démarche chancelante de fatigue que je me dirige vers le métro où l’attente d’une rame me paraît positivement intenable.

Demain, direction le Nouveau Latina pour y découvrir deux films de Raoul Ruiz qui manquent à ma collection.

A suivre…

Si vous avez raté le début

  • Avant première de Holy Motors de Léos Carax
  • Teaser
  • Jour 1 — vendredi 29 juin 2012 — avec Jeff Mills, André Sauvage & Herman Yau
  • Jour 2, Part 1 — samedi 30 juin 2012 — avec Roman Cheung, Nam Nai-choi, Herman Yau & Chin Man-kei
  • Jour 2, Part 2 — samedi 30 juin 2012 — avec Ann Hui, Yuen Wo Ping, Wu Ma, Miguel Gomes & Yeun Sang-ho
  • Jour 3 — dimanche 1er juillet 2012 — avec Ann Hui, Clara Law, Ringo Lam, Bence Fliegauf & Khavn de la Cruz

Et le palmarès du Festival Paris Cinéma 2012

Festival Paris Cinéma [01/07/12 — Journal de bord 3] : Ann Hui, Clara Law, Ringo Lam, Bence Fliegauf & Khavn de la Cruz

Dans Ann Hui, Bence Fliegauf, Cinéma, Clara Law, Compétition, Festival, Festival Paris Cinéma, Hong Kong, Khavn de la Cruz, MK2 Bibliothèque, Ringo Lam, StrictoPerso, TV le 14/07/2012 à 16:39

© FredMJG

Focus Ann Hui à l’honneur le jour du philippin fou.

Grosse journée en perspective. J’essaie de ne pas me retrouver sur les rotules en me levant folle que je suis une heure plus tôt que nécessaire. Petit mémo à mon bonnet : ne jamais oublier de vérifier 1/ le jour que l’on est 2/ le programme établi.

Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, je continue avec le plus grand plaisir de découvrir la filmographie d’Ann Hui, revois un Ringo Lam et découvre, après avoir fait mon devoir, l’aberrant univers de Khavn de la Cruz. Un bon jour en somme.

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© TVB

9h15.  Social Worker: Ah Sze de Ann Hui_1976
avec Cecilia Wong Hang-say, Ng Wai-kwok, Ng Mang-tat et Damian Lau Chun-ya

Sur un sujet délicat — soit la prostitution de très jeunes émigrées clandestines — Ann Hui réussit un merveilleux portrait de femme.

Avec Ah Sze, tendron de 14 printemps débarquée illégalement à Macao et délibérément ignorée par une sœur ainée débordée de marmaille, la réalisatrice poursuit son exploration du monde parallèle d’un Hong Kong qui broie sans états d’âme ceux qui viennent s’y égarer.

En pleine détresse, Ah Sze tombe bientôt entre les mains d’un proxénète qui a tout d’abord revêtu le masque de l’entraide. Dès lors, plus rien ni personne ne pourra la sauver, et certes pas l’homme avec qui elle essaie de se reconstruire peu à peu au prix d’efforts que le malheureux détruit compulsivement au gré de ses shoots fréquents. Quoiqu’elle ne se pose jamais en victime, Ah Sze, mystérieuse et butée, semble mue par une certaine obstination à gâcher sa vie.

Ann Hui accompagne sur plusieurs années et avec tendresse son héroïne perdue, tout en décrivant scrupuleusement les obstacles qui — comme une malédiction — se dressent devant elle, de ses anciens clients à son amoureux velléitaire, de l’opinion publique à ses beaux-parents bien peu charitables qui la jugent quotidiennement. L’inéluctable se produit alors.

La jeune Cecilia Wong Hang-sau est étonnante de justesse dans le rôle d’Ah Sze et c’est le cœur serré qu’on l’abandonne au gâchis de son existence.

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© TVB

9h15. ICAC: A Man de Ann Hui_1977
avec Damian Lau Chun-yan, Kwan Chung, Wai Lit et Carol Cheng Yu-ling

Corruption ou délation, même combat. Un jeune policier naïf — interprété par Damian Lau Chun-yan qui sera en 1979 le héros de La dernière chevalerie de John Woo — nouvellement promu se retrouve dès son arrivée contraint de fermer les yeux devant les activités parallèles de ses collègues qui perçoivent ainsi double salaire en faisant payer chèrement aux contrevenants leur "protection".

Pris entre deux feux, le choix cornélien qui s’offre à lui n’est guère enviable : rester loyal envers son corps de métier et ses supérieurs tout aussi pourris que le petit personnel et ainsi rompre avec ses principes moraux ou dénoncer sans trop d’états d’âme à l’ICAC — soit l’Independant Commission Against Corruption créée en 1974 qui fait la fierté du régime de Hong Kong — toute la brigade qui sombrera corps et biens, au risque de perdre sa dignité et, accessoirement, ses amours.

Le drame est exposé sans fard, ni langue de bois, le délateur étant illico mis au banc des accusés pour insoumission au groupe. Le voilà brusquement déconsidéré, jaugé et sommé de s’expliquer sur sa vie privée, ses choix personnels et son passé.

Avec A man, Ann Hui s’attaque sans ambages à la plaie hongkongaise, soit la corruption qui gangrène jusqu’aux plus hautes sphères de la justice. Il n’est donc guère étonnant que ce portrait d’un "pur" ait été interdit d’antenne pendant plus de 20 ans, tant il est vrai que le monde sans foi ni loi, mais sous couverture policière, qu’il décrit est en contradiction totale avec les déclarations triomphantes gouvernementales.

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© Hong Kong Film Archive

11h15. The spooky bunch de Ann Hui_1980
avec Josephine Siao, Kenny Bee, Kwan Chung, Lau Hark-suen et Tina Liu

Entre traditions, revenants et autres superstitions de la vie moderne, The spooky bunch est un film radical, empreint de mysticisme mais totalement désopilant.

Une troupe d’opéra cantonais débarque sur une île et y sème la zizanie dès lors qu’un vieillard patelin jette son dévolu sur l’une des charmantes actrices interprétée par la délicieuse et mutine Josephine Siao. Il ne cherche cependant pas à en faire sa concubine mais bien l’honnête épouse de son neveu dans le seul but de contrer une malédiction ancestrale.

Fatalitas ! Les spectres ne l’entendent pas de la même oreille — bien que le spectacle soit magnifique et respectueux des traditions du folklore chinois — et mettent tout en œuvre pour empêcher cette union, meurtres sanglants à l’appui. On sursaute donc beaucoup, quasiment autant que les crédules acteurs qui ne cessent de croiser des trépassés au détour des couloirs (rires).

Le mélange jouissif d’horreur et de bonhomie — certains seconds rôles surjouent avec bonheur — fait de The spooky bunch un film à découvrir. Toutefois, que l’on ne s’y trompe pas, malgré la folie ambiante — que ce soit sur scène car les pièces qui y sont jouées pullulent d’apparitions fantasmatiques ou dans les coulisses où les quiproquos sont rois — les hilarantes scènes abracadabrantesques n’empêchent pas qu’un profond désespoir parcourt tout le film, les fantômes étant parfois foncièrement récalcitrants à accepter leur condition de décédé et à renoncer en conséquence à hanter les vivants et les laisser s’aimer en paix.

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© Hong Kong Film Archive

13h15. Story of Woo Viet/Woo Yuet dik goo si de Ann Hui_1981
avec Chow Yun-fat, Cherie Chung, Cora Miao et Lo Lieh

La jeunesse du "Killer". Ann Hui, avec Story of Woo Viet — sélectionné en 1982 pour La quinzaine des réalisateurs —, s’attache une nouvelle fois au pas de réfugiés vietnamiens condamnés à subir, à leurs espoirs défendant, un funeste destin.

C’est un juvénile mais déjà charismatique Chow Yun Fat que l’on retrouve ici dans le rôle d’un migrant qui tente de rejoindre Hong Kong sur une embarcation de fortune, puis les Etats Unis où il pourrait définitivement oublier son passé guerrier. Mais on ne peut échapper à sa destinée semble nous dire encore et toujours la réalisatrice qui nous prouve encore une fois que, quelque soit les désirs de renaissance ou de rédemption qui animent ses héros, cette chienne de vie se fait fort de les solder sans faillir par un irrémédiable gâchis.

A l’image du nourrisson décédé sur le bateau que sa mère laisse partir au fil de l’eau répondra bientôt celle du faux passeport que Woo brûle sur le sol philippin où les clandestins ont fait escale et dont les bas-fonds peuvent en remontrer dans la crasse et la malignité à sa voisine chinoise.

Pour avoir refusé de fermer les yeux sur un trafic d’esclaves et volé au secours d’une jeune femme vendue par d’ignominieux passeurs à un cruel proxénète, voilà notre preux qui accepte un marché de dupes : devenir l’homme de main de la crapule en échange des faveurs de la dame qui lui est offerte sur un plateau (et qui, par ailleurs, ne semble pas y trouver à redire).

Un tueur chevaleresque au regard mélancolique, l’amitié virile, les amours contrariés, la sauvagerie qui parcourt maintes fois le film jusqu’à l’explosif gunfight final, tout concoure à faire de Story of Woo Viet comme un étrange prequel de The killer de John Woo. Toutefois, Ann Hui excelle tout autant dans la chorégraphie de la violence — filmée sans glamour — que dans la description de puissants personnages féminins — faiblesse que l’on peut souvent reprocher aux films de Woo —. Deux femmes énamourées se disputent notre tragique héros, une amie (Cora Miao) qui le garderait bien près d’elle à Hong Kong alors qu’il ne rêve que d’Amérique et la jeune réfugiée (Cherie Chung) pour laquelle il abandonnera son honneur et ses rêves de liberté.

Story of Woo Viet est donc une excellente surprise qui donne encore plus envie de découvrir toute la filmographie de cette réalisatrice d’exception, manifestement aussi à l’aise dans le drame que dans le thriller pur et dur.

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© Fortissimo Films

15h. Autumn Moon de Clara Law_1992
avec Masatoshi Nagase, Li Pui-wai, Choi Siu-wan et Maki Kiuchi

Existentialisme à Hong Kong. A l’orée de la rétrocession de la ville à la Chine, Wai — l’impertinente à couettes Li Pui-wai —, adolescente de quinze ans plutôt délurée qui s’apprête à émigrer avec ses parents au Canada, croise sur un pont Tokio — l’impayable Masatoshi Nagas, héros du Mystery train de Jim Jarmusch_1989 —, fumeur invétéré du genre poseur, qui pêche dans la baie pour s’offrir une contenance.

Tokio, le touriste, n’a rien vu à Hong Kong si ce n’est l’abime de sa propre inutilité, Wai s’interroge anxieusement sur son avenir loin de sa ville. Tokio multiplie les aventures purement sexuelles, sa préférence allant à la sœur d’une ancienne maitresse rencontrée fortuitement, Wai va peut-être franchir le pas avec un camarade d’école. Ces deux là que tout oppose vont finir par se comprendre et s’offrir une parenthèse enchantée dans leur vie somme toute bien banale.

En définitive, Autumn moon se révèle être un joli petit film mélancolique et plutôt bavard où pointe cependant une grâce subtile.

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© Mei Ah Entertainment Group Ltd

17h10.  Full alert de Ringo Lam_1997
avec Lau Ching-wan, Francis Ng, Jack Kao et Amanda Lee

Polar d’une violence extrême — on n’hésite guère à y tuer les femmes ou à y menacer les bambins —, Full alert de Ringo Lam, réalisé l’année de la rétrocession de la colonie britannique à la Chine, s’embarrasse non seulement de psychologie — les adversaires en présence semblent être d’ores et déjà à bout de forces alors que le film débute à peine — mais entraine les spectateurs dans les labyrinthes crasseux d’un Hong Kong devenu irrémédiablement hystérique.

Grâce à ses deux stars charismatiques — Liau Ching-wan (cinglé favori de Johnnie To) et Francis Ng (généralement moins flamboyant chez le même To) — qui se livrent un combat sans merci mais pourraient parfaitement échanger leurs rôles tant leurs personnages de flic intraitable* et de malfrat quelque peu psychopathe en proie aux doutes et à la culpabilité se répondent et se complètent — Full alert nous entraine dans une enquête haletante, pleine de bruit et de fureur, qui s’offre en guise d’épilogue un bain de sang doublé d’une apocalyptique déclaration d’amour.

Full alert demeure à ce jour un des plus grands polars hongkongais, d’une sauvagerie inouïe quoique sans complaisance. Et sur grand écran, y a pas photo, ça charcle grave.

* Témoin cette scène où notre poulet furieux s’immerge jusqu’aux coudes dans d’immondes poubelles encombrant une sombre ruelle pour y retrouver son arme, puis repart à la poursuite de la vermine qu’il s’est juré d’exterminer sans se soucier d’éventuels dommages collatéraux

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© Match Factory

19h. Just the wind//Csak a szél de Bence Fliegauf_2012
avec Lajos Sárkány, Katalin Toldi, Gyöngyi Lendvai et György Toldi

3ème film de la compétition internationale.

La chronique arrivera peut-être en fin de mois.

Puisque désormais, vous connaissez le palmarès, il n’y a plus de raison que je vous cache certaines choses. Nous nous sommes précipitamment enfuies dans le noir sans attendre le réalisateur qui arrivait de pied ferme pour un Q&A avec le public, n’ayant guère l’envie de l’écouter se justifier et d’augmenter ainsi le degré de souffrance que nous a causé son film qui fera l’unanimité contre lui dès le début des délibérations.

Mes collègues sont parties se restaurer et quant à moi, ayant prévu de voir un film philippin qui promettait d’être surprenant, j’ai singulièrement ressenti le besoin de me changer quelque peu les idées avant une nouvelle projection et d’effacer tous souvenirs indélicats de ma mémoire. Pour les impatients qui souhaitent lire plus avant sur cette chose, Chris — qui avait d’ores et déjà vu le film à Berlin où le jury présidé par Mike Leigh (sans doute ivre) lui a offert l’Ours d’argent — l’a quelque peu assassiné sur Accréds.

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Pour une fois qui n’est guère coutume donc, je fausse compagnie à mes collègues pour profiter pleinement d’un film qui m’intrigue. Je n’irai voir le 4ème long métrage en compétition — Our homeland de Yang Yong-hi — que demain avec les absents d’aujourd’hui.

D’ailleurs, pour être honnête, deux films à "juger" le même jour, c’est un poil too much. A moins que je n’en rêve comme cela m’est arrivé ces derniers jours avec Holy motors ou Tabou, j’ai grandement besoin de "digérer" le film que je vois avant de pouvoir émettre une opinion personnelle objective et opposer des arguments valables à d’éventuels contradicteurs.

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© Rapid Eye Movies

21h15. Mondomanila or how I fixed my hair after a rather long journey de Khavn de la Cruz_2012
avec Tim Mabalot, Marife Necesito, Palito, Alex Tiglao, Stefan Punongbayan, Jonathan Reyes, Whitney Tyson et Tony Hunt

Le freaks, c’est chic. Comédie musicale punk et trash parfaitement déjantée, Mondomanila ne faillit pas à la réputation de son metteur en scène, le prolifique (28 longs métrages et autant de courts à son actif) Khavn de la Cruz qui a déjà commis trois autres films depuis. Le réalisateur, fort hype en sa contrée, est venu dévoiler quelques secrets de fabrication avec un enthousiasme communicatif et s’est avant tout présenté comme poète et musicien*.

Adapté — fort librement sans nul doute, mais il reste à découvrir le bouquin — d’un roman de Norman Wilwayco, Mondomanila réussit là où Bence Fliegauf a échoué avec son Just the wind.

Car ce qui frappe avant tout dans ce gigantesque foutoir drolatique, introduit par un carnavalesque Monsieur Loyal, véritable empereur des gueux, fait d’intermèdes dansés au milieu des bidonvilles — en guise d’hallucination collective si l’on songe aux inondations survenues en 2011 dont quelques images télévisuelles ouvrent et closent le film, pour mémoire — et de collages criards selon la méthode du cut-up chère à William Burroughs, n’est pas tant l’humour ravageur qui parcourt le film en forme de happening que la totale empathie du metteur en scène avec ses personnages, aussi frappadingues ou monstrueux soient-ils.

Aucun jugement n’a droit de cité dans Mondomanila. Les jeunes gens, acteurs amateurs ou gamins des rues, qui peuplent le film ont droit chacun à toute notre considération. Qu’ils rappent, se cament, se prostituent ou flinguent à tout va, et même si Khavn de la Cruz n’hésite guère à les malmener, ils sont les chantres de la survie et témoignent d’une chienne d’existence — ni plus ni moins en réalité qu’une grotesque farce issue de l’imagination perverse d’un dieu bien cruel — qu’il faut embrasser avec toute l’énergie fulgurante de la jeunesse avant qu’elle ne vous crève.

* Pour en savoir plus, rendez-vous sur le non-site officiel (ou pas, car avec lui, rien ne semble jamais moins sûr que l’absurdité de la vie) du réalisateur : This is not a website by Khavn.

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Je rentre après cette vivifiante projection. Je suis sur les rotules. Heureusement, j’ai déjà vu The sword dans une minable copie. Je pourrais donc éventuellement continuer ma nuit en début d’après-midi si mes paupières se font trop lourdes.****

A suivre…

Si vous avez raté le début

  • Avant première de Holy Motors de Léos Carax
  • Teaser
  • Jour 1 — vendredi 29 juin 2012 — avec Jeff Mills, André Sauvage & Herman Yau
  • Jour 2, Part 1 — samedi 30 juin 2012 — avec Roman Cheung, Nam Nai-choi, Herman Yau & Chin Man-kei
  • Jour 2, Part 2 — samedi 30 juin 2012 — avec Ann Hui, Yuen Wo Ping, Wu Ma, Miguel Gomes & Yeun Sang-ho

Et le palmarès du Festival Paris Cinéma 2012

Festival Paris Cinéma [10e édition] Le palmarès

Dans Cinéma, Compétition, Festival Paris Cinéma, MK2 Bibliothèque, News le 10/07/2012 à 12:02

© André Palais/Studio 71 – Festival Paris Cinéma

Oui, je sais ce que vous allez me dire, c’est ridicule, le palmarès arrive bien avant les compte-rendus de mes journées festivalières mais bah, certains rongeant leurs freins depuis les délibérations de vendredi, je n’ai pas le cœur de vous le cacher plus avant.

Et comme nous ne pouvons rien faire comme les autres, que les films de la compétition internationale* cette année étaient de fort bonne tenue et qu’un seul à fait l’unanimité CONTRE lui, nous avons décidé en toute objectivité de mettre l’accent sur deux films.

Honneur à notre choix alors que celui des étudiants a précédé sur scène Cyril Barthet de Vodkaster (qui offrira une campagne publicitaire au film primé) en compagnie de notre cher Chris que nous [Valérie, Anna, Noémie et votre serviteur] —  diablesses que nous sommes —, avons aimablement envoyé au casse-pipe.

Vous pouvez d’ailleurs l’écouter (à défaut de le voir, mon téléphone étant des plus sommaires) parler aux spectateurs du MK2 bibliothèque de nos choix. Et ce, de fort jolie manière. Vous pouvez d’autre part entendre son fan club en bruit de fond.

* dans l’ordre de vision : Tabou de Miguel Gomes [oui, drôle d'idée de commencer par celui-ci puisqu'automatiquement la barre a été mise vraiment très haute pour ceux qui ont suivi], The king of pigs de Yeun Sang-ho, Just the wind de Bence Fliegauf, Our homeland de Yang Yong-hi, Rebelle de Kim Nguyen, Historias de Julia Murat, A simple life de Ann Hui et Beyond the Hill d’Emin Alper

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• Prix des blogueurs et du Web

© Shellac Distribution

Tabou/Tabu de Michel Gomes.

Comme un cadeau de noël avancé, la sortie du film est prévue pour le 5 décembre 2012. Ceux qui aiment les films ludiques, le romanesque portugais, Raoul Ruiz, l’Afrique, les voix off des matelots, le cinéma de Murnau et les crocodiles seront enchantés.

A voir sur Accréds, le tourné-monté du passage de Miguel Gomes au Festival.

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• Coup de cœur des blogueurs et du Web

© Star Sands

Our homeland/Kazoku no kuni de Yang Yong-hi qui n’a malheureusement pas encore de distributeur en France, à l’heure où le festival se termine. Un scandale quand on voit ce qui sort parfois sur les écrans français.

Apprendre que la Corée du Nord fut un jour terre d’espérance mérite bien un coup de pouce décerné à ce film bouleversant.

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• Prix des Étudiants + Prix du Public •

© Bona International Films Group

A simple life/Tao jie de Ann Hui à laquelle un Focus rendait hommage cette année.

Merveilleux film — ravie je suis puisqu’il faisait partie de mon peloton de tête tant les scènes de repas et la charismatique présence d’Andy Lau m’ont donné faim — dont nous espérons également qu’il trouvera vite un distributeur.

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• Prix Numéricable •

© Happiness Distribution

Rebelle de Kim Nguyen, un beau film humaniste où l’empathie du réalisateur avec ses jeunes héros — dont l’extraordinaire Rachel Mwanza — est si patent que l’on a été fort heureux qu’il soit aussi distingué ce soir.

La sortie du film est prévue pour le 21 novembre 2012.

A voir sur Accréds, le tourné-monté du dialogue de Kim Nguyen avec le public du MK2.

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• Prix du Jury

Avec un coup de cœur à Tabu qui nous a paru être balancé telle une injure tant le sieur de lencquesaing s’est employé à décrire le film de manière négative, les termes "noir et blanc, plans séquences, sans paroles" (nous poussant à fuir les salles) en lieu et place de "mémoire, amour, rêveries, humour" (ré-écoutez plutôt Chris ci-dessus).

© Sophie Dulac Distribution

Chaque film de la compétition a eu sa chance lors des délibérations urbaines que nous avons connues, mais sans nous être concertés, Just the wind de Bence Fliegauf a réussi à faire l’unanimité du jury des blogueurs et du web contre lui. D’ailleurs, nous nous sommes même lâchement enfuis dans le noir durant le générique pour ne même pas avoir à écouter ce que le réalisateur avait à en dire. Just the wind réussit par des choix de mise en scène particulièrement douteux à retourner comme une crêpe avariée ses bonnes intentions de départ. J’aurais tendance à affirmer que c’est un film à fuir si je n’estimais que chacun a le droit de se faire sa propre opinion. Le film sera distribué en mars 2013.

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A noter que Tabou de Miguel Gomes et A simple life d’Ann Hui seront projetés ce jour au MK2 Bibliothèque, respectivement à 21h et 17h.

Il nous reste une dernière journée de festival que l’on clôturera avec le plus grand plaisir en compagnie de Michael Fassbender et Mia Wasikowska pour l’avant-première de Jane Eyre de Cary Fukunaga. Il paraitrait qu’il y a aussi Michael Fassbender. Une merveilleuse manière donc de reprendre une activité normale. Et en attendant le partage de notre "Palmarès WTF" concocté lors des délibérations.

Festival Paris Cinéma [30/06/12 — Journal de bord 2. Part 2] : Ann Hui, Yuen Wo Ping, Wu Ma, Miguel Gomes & Yeun Sang-ho

Dans Ann Hui, Cinéma, Compétition, Festival, Festival Paris Cinéma, Hong Kong, Miguel Gomes, MK2 Bibliothèque, StrictoPerso, TV, Wu Ma, Yeun Sang-ho, Yuen Wo Ping le 08/07/2012 à 12:57

© FredMJG

Premiers devoirs.

Aujourd’hui, journée calme au MK2 bibliothèque.

Le seul événement d’importance de la journée — hormis le fait que les deux premiers films en compétition nous sont présentés dans la soirée — était de me lever assez tôt pour y être à 9h30 pour ne pas rater les programmes qu’Ann Hui a réalisé pour la télévision hong-kongaise en 1978 dans le cadre du cycle Below the lion rock.

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© Radio Télévision Hong Kong

09h30. Below the Lion Rock: The boy from Vietnam de Ann Hui_1978
avec Tsang Chuen-sing, Lee Kwok-tsung, David King et Alfred Cheung Kin-ting

The boy from Vietnam est à l’image de son juvénile héros qui ne sourit jamais mais interroge inlassablement les hommes sur leur folie.

Pas une once de gras dans ce téléfilm où avec un souci constant de documentariste Ann Hui — ancienne assistante de King Hu — suit un jeune garçon solitaire illégalement débarqué à Hong Kong dans l’espoir d’y retrouver de lointains membres de sa famille et qui se heurte d’emblée à la saloperie de son prochain.

Débrouillard, le gamin hanté par la guerre survit obstinément malgré les obstacles et son jeune âge se révèle bien vite un atout dont il va profiter.

La réalisatrice va droit à l’essentiel, sans pathos ajouté dans ce portrait bien sombre où la ville est décrite comme un éternel chausse trappes pour les exilés. On peut également y lire en filigrane une subtile critique de l’ingérence des Etats Unis, qu’il s’agisse de leur présence meurtrière au Vietnam, de l’impunité des assassins de prostitué(e)s en situation irrégulière ou de ce mystérieux rêve américain de liberté que caresse chaque jour leurs victimes d’autrefois et qui les mène à leur perte.

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© Radio Télévision Hong Kong

10h30. Below the Lion Rock: The bridge de Ann Hui_1978
avec Wong Sun, Shirley Huang Sa-lei, Tim Wilson, Cheung Ying, Nansun Shi, Jeremy Eccles, Lai Cheuk-cheuk et Lo Yuen

En dépit du sens commun, un pont pour piétons reliant un ensemble de logements sociaux (comprendre bidonville) à la ville va être détruit.

C’est sur ce mince argument qu’Ann Hui filme un brûlot politique* où tout le monde en prend pour son grade ; le journaliste étranger un poil naïf qui prend fait et cause pour les victimes de cette décision parfaitement arbitraire mais oublie que, bien qu’il s’exprime en cantonais, son implication peut être prise pour une ingérence inacceptable — cf. la scène où il donne une leçon d’éducation à une quidam qui vient de punir son enfant —, la fonctionnaire de l’état — qui finira par cueillir les fruits du travail d’un autre —, les politiciens corrompus, les activistes qui en rajoutent dans le joyeux bordel ambiant et les habitants eux-mêmes, souvent trop âpres au gain et en conséquence aisément manipulables.

Il faudra la mort (annoncée) d’un enfant pour qu’une solution immédiate soit trouvée avant que les cartes ne soient redistribuées et que les magouilles ne reprennent. Quant au chroniqueur, il apprendra, mais un peu tard, qu’à Hong Kong, le linge salle se lave en famille. Brutal.

* A noter que la diffusion de ce téléfilm, réalisé comme un reportage, se verra bloquée pendant de nombreux mois.

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© Park Circus Ltd./Sony Pictures

14h30. Drunken Master de Yuen Wo Ping_1978
avec Jackie Chan, Simon Yuen Siu-tin, Hwang Jang-lee et Dean Shek

Pif paf pouf ! Premier film du chorégraphe Yuen Wo Ping et hilarant biopic de la jeunesse aventureuse du révolutionnaire et maître en arts martiaux Wong Fei-Hung, Drunken master est un petit chef d’œuvre de la Kung Fu comedy où explose un Jackie Chan juvénile et doté d’un brushing aérodynamique. Pas un tif ne bouge malgré les coups, les bosses, les envolées ou les torsions auquel il soumet son corps d’une effarante élasticité.

Adolescent des plus turbulents et quelque peu hardi auprès de la gente féminine guère moins batailleuse que les mâles — sa tante a tôt fait de lui botter le cul pour lui apprendre la politesse —, Wong/Jackie est expédié derechef chez son oncle (le tout aussi excellent Simon Yuen Siu-tin), un hargneux définitivement alcoolique, pour y apprendre à la dure quelques rudiments de Kung fu qui lui permettront de combattre les malfaisants — et surtout un fameux assassin (Le formidable Hwang Jang Lee) à l’impassible visage orné d’une moustache à la Fu Manchu et coiffé à la Stone qui possède un coup de pied du tonnerre.

L’entraînement est à se tordre, notamment lorsqu’est décliné l’art martial propre à toute ménagerie qui se respecte [se reporter éventuellement aux 5 venins mortels de Chang Cheh pour les plus audacieux] et qu’enfin le roué tonton se décide à lui inculquer les secrets des huit immortels bourrés — dont une dame (indignation du garçon à l’idée de tortiller de la croupe mais il est à noter que la préciosité sied à merveille à l’acteur) —, soit un combat à mains nues, le muscle zen mais le foie et la raison bien attaqués par la liqueur, où tout combattant éméché se doit de jouer un maximum avec le corps de son adversaire jusqu’à le rendre dingo et donc, passablement faillible. Attention : anatomie caoutchouteuse de rigueur exigée.

Ce film est un bonheur. Point.

NB. Ceux qui souhaitent en apprendre plus sur le Zui Quan ou « boxe de l’homme ivre » trouveront une petite explication de texte ici.

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© Cathay-Keris Films

17h. Deaf mute heroine/Long ya jian de Wu Ma_1971
avec Helen Ma, Tang Ching, Shirley Wong, Yeung Wai et Wu Ma

Dernier combat. Un Wu xia pian dont l’héroïne — sourde et muette comme le précise le titre anglais mais également pas très catholique — rattrape les flèches de ses agresseurs avec les dents ou les mouches qui l’importunent à table entre deux baguettes ne peut pas être complètement raté [même si la copie présentée ici est plus que passable*].

Pas de héros ultime sans peur ni reproche, mais de superbes combats virevoltants et des poursuites effrénées, dans cette pelloche où le seul acte de courage est mû par l’amour irraisonné d’un jeune teinturier pour une voleuse de grand chemin — mais qui pourrait croire, même pour rire, qu’une guerrière vengeresse va se transformer en femme au foyer à l’ombre d’un demi-sel ? — et automatiquement châtié par un prompt décès.

Histoire de vauriennes — les deux femelles en présence sont létales — et de coupe-jarrets, Deaf mute héroïne nous en offre, entre romance contrariée et trahisons multiples, pour notre argent. Ça charcle, ça s’envole, ça tranche, ça bondit, ça expire dans de déchirants râles et l’épilogue, soit un fantastique face à face de deux anciens amants épéistes et revanchards, filmé en danse macabre dans un paysage désertique, nous fait regretter que le film n’ait pas connu de restauration, surtout que de temps à autre quelques rares plans, notamment sur la garde robe de la malfaisante de service, témoignent de sa splendeur d’antan.

* Aurélien, le spécialiste es-films hongkongais du Festival nous avait prévenu que les sous-titres anglais étaient réduits de moitié (mais l’on comprend très bien l’histoire sans avoir besoin de les déchiffrer) et les couleurs "passées" (euphémisme pour ne pas nous avouer que tout le film est ahem, rose).

Attention. Le film de Wu Ma sera projeté une seconde fois lundi 9 juillet à 21H au MK2 Bibliothèque.

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Et en avant toute pour les deux premiers films de la compétition, dont vous ne saurez strictement rien, devoir de réserve oblige.

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© Shellac

19h. Tabou/Tabu de Miguel Gomes_2012
avec Teresa Madruga, Laura Soveral, Ana Moreira, Henrique Espírito Santo, Carloto Cotta et Isabel Cardoso

Le réalisateur était présent pour un petit Q&A avec le public. Silence radio comme convenu, la chronique n’arrivera qu’à la fin du festival [Enfin, disons plutôt seconde quinzaine de juillet], après l’annonce du Prix des blogueurs et du web.

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© Indiestory Inc.

21h30. The king of pigs de Yeun Sang-ho_2011
avec les voix de Yang Ik-june, Oh Jeong-se, Kim Hye-na, Kim Kkobbi et Park Hee-von

Déjà visionné lors de la reprise de la Quinzaine des réalisateurs MAIS même punition que précédemment. Le réalisateur étant à Taïwan, il n’y a donc pas eu débat.

Et après une discussion animée sur le chemin du métro en compagnie de quelques collègues, je me suis laissée aller à aimer mon lit comme jamais.

A suivre…

Si vous avez raté le début

  • Avant première de Holy Motors de Léos Carax
  • Teaser
  • Jour 1 — vendredi 29 juin 2012 — avec Jeff Mills, André Sauvage & Herman Yau
  • Jour 2, Part 1 — samedi 30 juin 2012 — avec Roman Cheung, Nam Nai-choi, Herman Yau & Chin Man-kei

Et le palmarès du Festival Paris Cinéma 2012

Festival Paris Cinéma [30/06/12 — Journal de bord 2. Part 1] : Roman Cheung, Nam Nai-choi, Herman Yau & Chin Man-kei

Dans Category III, Chin Man-kei, Cinéma, Compétition, Festival, Festival Paris Cinéma, Forum des Images, Herman Yau, Hong Kong, Nam Nai-choi, Roman Cheung, StrictoPerso le 07/07/2012 à 09:50

© FredMJG

Poursuite de la nuit Category III.

Un double café et un étirement s’imposent alors que la nuit Category III se poursuit par un film réalisé — d’après Julien Sévéon — sous l’unique et fallacieux prétexte d’exploiter la beauté nubile de Loletta Lee.

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© Ko Chi Sum Films

00h15. Crazy Love de Roman Cheung_1993
avec Loletta Lee, Tom Poon, Sing Fui-on, Tommy Wong et Rico Chu

Crazy love est une cucuterie à nulle autre pareille, uniquement destinée à faire se déshabiller au maximum Miss Lee, jamais avare, certes, de ses charmes. Et c’est bien là, malheureusement que réside sa seule qualité.

Jeune fille de bonne famille un peu tête en l’air prétendument partie en séjour linguistique en Grande Bretagne — elle offre généreusement son billet au boyfriend d’une camarade de classe qui se lamente à l’idée de quitter son amoureux [J’avoue que l’humour de la chose m’a un peu échappé tant les acteurs sont atroces mais il faut croire que leur grande scène était déchirante étant donné l’hilarité de mes voisines. Par moment, je regrette fort de ne pas causer le cantonais] — , elle décide après avoir surpris son amant en fort galante compagnie au fin fond d’une armoire (rires) de jeter sa gourme et d’y aller elle aussi d’une vie dissolue.

Restons sérieux. Si le début du film laissait présager une comédie débridée (pardon), la demoiselle sortant de la salle de bain à moitié nue et affolant un prêtre bouddhiste venu vérifier le Feng shui de la maison paternelle en compagnie d’un (très) jeune disciple [Loletta Lee a un vrai sens de l’hygiène, on la verra très souvent sous la douche. NDLR à l’usage des adolescents boutonneux], Crazy love se révèle tantôt être un soap opéra déguisé en soft porn que l’on soupçonne les ¾ du temps de n’être en réalité qu’une parodie réalisée par les Nuls.

La jeune actrice a un jeu des plus limités et les hommes — du baba cool hédoniste (le seul protagoniste réellement amusant) au scénariste jaloux et immature en passant par les libidineux de service — sont en général de monstrueuses caricatures et surjouent ignominieusement. On s’attend d’ailleurs qu’après chaque vignette soient insérés des rires et applaudissements pré-enregistrés.

Une musique guillerette comme sortie d’une guinguette accompagne des scènes érotiques bien peu inventives (hormis quelques gags sonores).

Loletta Lee censée affoler tous les gars qu’elle rencontre pour mieux les ridiculiser, son air ingénu bien peu expressif contribue à faire de cette pochade un divertissement des plus moyens. Car, le politiquement correct reprenant bien vite le dessus, notre pimpante topless, plus collégienne délurée que vamp séductrice, ne cherche finalement que l’amour éternel, celui qui dure toujours.

« Amour fou » donc. Sitôt vu, déjà oublié.

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Troisième tournée de café tandis que le jeune homme accompagnant mes voisines du fond de la salle s’offre une courte sieste sous les sièges. Le bienheureux !

La salle, elle, se vide et se remplit au gré des départs et arrivées, mais demeure quasi comble. Place donc pour le second morceau de choix de la nuit, un vrai petit joyau qui réveilla nos ardeurs bien plus sûrement qu’une décharge électrique. Et Bruce Lee est prié d’aller se rhabiller.

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© Fortune Star Media Limited

02h. Story of Ricky de Nam Nai-choi et Herman Yau_1991
avec Louis Fan, Fan Mui-sang, William Ho, Gloria Yip et Tetsuro Tamba

Ricky est une fleur poussée sur du fumier. Ricky est grand. Ricky est beau. Ricky est fort. Ricky est bon. S’il en a pris pour dix ans c’est parce qu’il a transformé en steak tartare l’ignominieuse crapule qui a tenté de corrompre son tendron de fiancée qui a préféré le suicide à l’infamie.

Ricky n’a peur de rien ni de personne. Ricky est invincible. Ricky est la tendresse faite homme. Toutefois, Ricky peut aussi décerveler du malfaisant d’un seul coup de son petit poing et jouer ensuite un air de flûte pour recompter ses chakras.

Ricky est également une exceptionnelle petite main qui recoud ses tendons déchirés avec ses propres ligaments. Ricky est patient. Ricky est bouddhiste. De temps en temps il brame : Aaaaaaaaaaaaaaaaaaargh mais nous sommes des êtres humains, nous avons droit au respect ! Et quand Ricky braille, ça échauffe son kung fu. Et ensuite, ça charcle. Grave.

Et Serpent-Borgne (C’est le nom du manchot), l’âme damnée du directeur du pénitencier, ça l’inquiète quelque peu — entre deux prises de bonbons à la menthe dissimulés dans son œil de verre [Promis, je n’ai bu que du café] — ce mépris de la force brutale et débile du pouvoir dont il est un représentant bien peu reluisant.

Et ça dépote dans les brancards. Car il est dans la nature des prisonniers d’accepter sans broncher de se faire crucifier, découper en rondelles ou écorcher vif en un clignement d’œil. Puisqu’il faut bien que les matons se détendent ou ce serait la chienlit.

Salement gore, Story of Ricky est un enchaînement quasiment ininterrompu de bastons grotesques dont l’ "hénaurmité" — une vermine qu’une beigne de Ricky vient d’éventrer ne tente-t-elle pas encore d’étrangler notre jeune héros avec ses intestins au lieu de recommander son âme à Bouddha ? — ne peut que déclencher des fous rires libérateurs.

En bref, Story of Ricky c’est de l’or en barre pour les zygomatiques, du Tom et Jerry sous acide, le Diabolik du kung fu.

Inspiré d’un manga que ne renieraient certainement pas les dingos de Sushi Typhoon, le film de Nam Nai-choi et Herman Yau se joue de situations radicalement irréalistes avec une bonne humeur doublée d’une prodigieuse énergie et un ton iconoclaste résolument cartoonesque, en n’oubliant cependant pas de dénoncer encore et toujours l’autorité policière dépravée et corrompue (pour preuve les enfants dégénérés qu’elle engendre).

Un must !

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Parfaitement réveillée désormais, toutefois aidée d’un dernier gobelet de café, c’est d’un oeil torve que je m’apprête à découvrir la suite de Sex and Zen, demeurée dans mon souvenir comme une coquine et fort plaisante parodie.

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© Golden Harvest

04h. Sex and Zen II/Yu pu tuan II: Yu nu xin jing de Chin Man-kei_1996
avec Loletta Lee, Shu Qi, Elvis Tsui, Ben Ng, Elvis Tsui Kam Kong et Lok Tat-wah

Fatalitas ! Après une splendide entrée en matière follement paillarde, soit la présentation du père de l’héroïne, riche marchand priapique — interprété par l’inénarrable Elvis Tsui Kam Kong — se faisant un devoir d’honorer tout jupon passant à sa portée et qui, entre autres aberrations, se muscle les bijoux de famille en soulevant des poids, Sex and Zen 2 se contente paresseusement de capitaliser sur le succès du précédent épisode.

Notre ardent paternel donc, qui n’hésitera pas à honorer la femme de son propre rejeton, fort inquiet que sa fille adorée ne tombe par mégarde sur un joujou extra, ne l’autorise à poursuivre ses études qu’à la seule condition qu’elle porte une ceinture de chasteté qui émasculera sans autre forme de procès tout coquin qui tentera quelque sournoise approche.

Un accident bête arrivant bien vite, voilà qu’un soupirant se trouve obligé de se faire greffer un nouvel organe. Alors que l’on pouvait craindre qu’il tente d’égaler les prouesses du héros de Sex and Zen, premier du nom, le braquemart d’étalon devenu une denrée bien rare, notre maladroit se voit affublé d’un membre rotatif qui a le don de s’ouvrir en ombrelle dès que l’émotion pointe. Quelques gags bien sentis émailleront épisodiquement l’aventure que l’on aurait tout de même souhaitée bien plus haute en couleurs.

Surtout que le film surfe également sur la veine des fameux fantômes chinois, la jeune héroïne devenant la proie d’un succube se camouflant sous le ravissant visage de Shu Qi — le reste de sa personne est d’ailleurs à l’avenant —, sans pour autant s’en démarquer avec un minimum d’imagination. Les décors en l’occurrence sont d’un cheapouille achevé. Et les scènes saphiques se succèdent, dans une profonde monotonie et comme filmées à la va-vite, avec cette brave Loletta Lee, toujours aussi peu avare de ses charmes mais qui peine à exprimer un quelconque sentiment tandis que Miss Qi semble parfois se demander ce qu’elle est venu faire dans cette galère. [Il semblerait d'ailleurs que la belle renie avec force émotion cette erreur de jeunesse, si l'on en croit notre docteur ès-Category III, Julien Sévéon].

Les hommes s’en sortent mieux et n’hésitent pas à se vautrer dans le ridicule, comme ce grand cabotin d’Elvis Tsui, voire — tel Ben Ng en Ironman, chasseur de démons — à assumer pleinement les rôles archétypaux qu’ils tiennent.

C’est bien peu et fort frustrant. Un comble pour une pelloche qui promet de titiller le coquin qui sommeille en chacun de nous.

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Un petit déjeuner rapide, le temps que s’ouvrent les portes du métro et enfin, le nirvana : je colle la viande dans le torchon et bénéficie d’une nouvelle mais bien courte sieste réparatrice.

A suivre…

Si vous avez raté le début

  • Avant première de Holy Motors de Léos Carax
  • Teaser
  • Jour 1 vendredi 29 juin 2012 — avec Jeff Mills, André Sauvage & Herman Yau

Festival Paris Cinéma [29/06/12 — Journal de bord 1] : Jeff Mills, André Sauvage & Herman Yau

Dans André Sauvage, Category III, Cinéma, Compétition, Festival, Festival Paris Cinéma, Forum des Images, Herman Yau, Hong Kong, StrictoPerso le 05/07/2012 à 11:00

© FredMJG

C’est parti !

Si l’ouverture "officielle" du Festival Paris Cinéma a eu lieu hier soir avec la projection en avant-première d’Holy motors de Leos Carax [et un p'tit pince-fesses à la Mairie de Paris où j'ai retrouvé Jérome — qui sera notre guide spirituel durant tout le festival — et les autres membres du Jury, Valérie, Anna, Noémie et Chris] , les hostilités débutent réellement avec une nuit blanche placée cette année donc, sous le signe de Hong-Kong.  Dans la salle 500 archicomble — j’ai ouïe dire que l’on y avait refusé du monde — , Johnnie To et ses amitiés viriles, dans la 100 (au secours !) la nuit Category III qui promet violence, sang et stupre à tous ceux qui s’y risquent.

Le secret d’une d’insomnie réussie ? Bénéficier d’une sieste réparatrice d’une heure ou deux avant — et envisager le risque d’arriver à la bourre — et d’un taux de caféine humainement acceptable. Ne pas oublier de ré-injecter le poison après chaque film.

Et c’est parti, avec tout d’abord une petite mise en bouche signée Jeff Mills.

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© Shauna Reagan

Ciné Mix de Jeff Mills sur Études sur Paris d’André Sauvage_1928

Paris a décidément une gueule d’atmosphère devant la caméra d’André Sauvage et l’on se surprend même à imaginer que Gabin va surgir à l’avant de la loco d’un train de péniches et que c’est Carette qui se prélasse clope au bec dans l’herbe tendre. Le sang des bêtes s’écoule près du marché aux ânes tandis que les mistons se bécotent sur les quais de la Seine, où canotent quelques demoiselles sous l’éternelle surveillance des chimères de Notre Dame.

N’étant guère fan de techno, il me faut reconnaitre une qualité essentielle à Jeff Mills, celle de ne jamais vouloir écraser le film sous sa création musicale. Grâce à son rythme hypnotique savamment dosé, la part la plus belle est laissée à l’image sans fard d’André Sauvage qui nous trimballe dans les quartiers de la capitale des années 30 et nous prouve décidément que la nature profonde de Paris demeure encore et toujours.

Une bien agréable récréation en somme avant le plat de résistance.

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Un double café et direction la petite salle 100 — où certains films seront présentés en vidéo, les copies originale étant irrémédiablement abîmées —, tout de même remplie aux 3/4 de déviant(e)s en tous genres. La nuit Category III est présentée par Julien Sévéon, auteur entre autres de l’excellent  Category III, sexe, sang et politique à Hong Kong et du Cinéma enragé du Japon. L’auteur s’étonna de tant de présence féminine dans la salle comme quoi les clichés ont la vie dure. Comme si les donzelles du XXIe siècle — et ce ne sont pas mes charmantes voisines asiatiques qui n’ont cessé de rigoler pendant sept heures qui me contrediront — ne pouvaient avoir envie, elles aussi, de voir de la cervelle voler, des membres arrachés valdinguer, des minots se faire torturer, des jeunes filles garçons virils prendre leur douche (indice : y a un film de prison dans le programme), des cantiques s’élever, oui enfin bon, je vous laisse le soin de rayer les mentions inutiles.

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© Cinema City Film Productions

22h. The Untold story de Herman Yau_1993
avec Anthony Wong, Danny Lee, Emily Kwan, Lau Siu-ming, Sing Fui-on et Julie Riva

Inspiré d’une histoire vraie qui prouve encore une fois que l’imagination du citoyen lambda dépasse de bien loin celle de tout scénariste au cerveau normalement constitué, The untold story s’attache à un cuistot assassin, impuissant — le viol d’une employée par baguettes interposées a brusquement rendu la salle fort silencieuse — et neurasthénique (n’en jetons plus) fichtrement réputé pour l’exceptionnelle saveur de ses petites brioches au porc (jeu de mot). Les 3/4 du commissariat de Macao peut en témoigner…

Lorsqu’ayant commis la bévue — dont il se repentira plus tard, mais certes pas de ses crimes — de balancer les membres de ses victimes hargneusement découpées à la mer, il se voit encerclé par une bande de flics plus ou moins abrutis et amateurs de chairs bien fraiches [la seule femme du groupe se voit d’ailleurs réduite au rôle de larbin de collègues masculins parfaitement débiles et d'idiote soupirant à la vue de son supérieur hiérarchique qui  lui préfère des péripatéticiennes] et sombre peu à peu dans une folie autodestructrice.

Dans le rôle du psychopathe aux petits nerfs incontrôlables, nous avons la joie de retrouver ce stakhanoviste d’Anthony Je-suis-partout Wong — bien connu des amateurs de Johnnie To — qui réussit à ne pas trop en faire dans un rôle sur mesure de dingo perdant peu à peu les quelques pédales qui lui restent, voire même à devenir touchant (un comble !) quand, de bourreau, il devient victime de brutalités vengeresses sous l’œil goguenard de gardiens de prison résolument laxistes et de tortures par l’autorité policière elle-même qui tente de lui extorquer quelques aveux en vue de clore leur dossier et d’améliorer leurs statistiques. Il faut tout de même — pour y croire sans peine — voir ce brave Wong se ronger les veines avec les dents pour éviter le sort funeste de pourrir en prison en y subissant coups bas et vexations quotidiennes.

Garanti sans trucage, le climax du film consiste à nous faire revivre les souvenirs de ce tordu vaincu par la police et quelques injections maousses (hurlements de rire dans la salle) de sérum de vérité, soit le massacre en règle puis le dépeçage d’une famille de huit personnes, enfants terrifiés compris — la petite histoire voudrait que les gamins apeurés pleurnichaient réellement devant le hachoir de cet excité de Wong — et à apprendre quelques secrets de cuisine… De quoi en devenir définitivement végétariens.

A noter que ces deux frappadingues d’Herman Yau et Anthony Wong — en totale roue libre cette fois-ci — commettront ensemble un Ebola syndrome en 1996 irrémédiablement taré.

A suivre…

Si vous avez raté le début

Festival Paris Cinéma 2012 — Journal de bord [Teaser]

Dans Cinéma, Festival Paris Cinéma, StrictoPerso le 03/07/2012 à 10:44

Un cartable, un catalogue & des lunettes [Signes extérieurs de reconnaissance].

*****

Ne vous impatientez pas, il finira bien par arriver ce petit journal prévu par mes folles ambitions pour le Festival. Mais dans la mesure où je préfère aller voir des films que louper une séance pour gratter sur la précédente, il y aura sans doute léger retard sur l’horaire.

Sans compter qu’entre temps, soit j’ai compétition et c’est pas triste avec les autres membres du jury, Valérie, Anna, Noémie et Chris, jamais tous à la fois, ce serait d’un monotone, soit je joue à cache-cache avec les tauliers de PixAgain et de L’impossible blog ciné. Ça m’occupe les interludes.

Quoiqu’il en soit, je tiens bon la barre, je n’ai pas encore raté une seule pelloche épinglée à mon petit programme. Ravie, je suis. Et causer comme Yoda, j’en profite.

D’ici là, allez au cinéma (comme madame, ou faites comme Miss Lalalère que je salue ici, noyez vous donc dans les archives).

A suivre…

HOLY MOTORS de Leos Carax

Dans Avant-première, Aventure, Cinéma, Comédie, Drame, Festival Paris Cinéma, France, Leos Carax le 29/06/2012 à 15:46

© Les films du Losange

Monsieur rêve de formes oblongues (air connu).

2012 est manifestement le temps des limousines, longs cercueils qui roulent silencieusement, destinés semble-t-il à protéger d’esseulés passagers du monde extérieur. Mais si le juvénile héros de Portrait en vieux con suffisant Cosmopolis de David Cronenberg était déjà mort, bien confit dans sa virtualité, le protagoniste d’Holy Motors — Monsieur Oscar — part à la rencontre de tous les univers envisageables, dut-il à chaque fois les secouer un brin pour les ranimer.

Pour preuve, sa voiture n’est pas une planque où se dissocier du reste de l’humanité, mais bien plutôt une grande boite à malices d’où surgissent des trésors de travestissement en vue d’un tour de piste qui risque à chaque instant d’être le dernier. Ce fatal moment où le dormeur qui rêve d’arènes et d’équilibristes s’emploiera à s’extirper de ses songes et l’anéantira. Coupez !

Mourir sur scène — sise dans un Paris fantasmagorique — dans une grandiose représentation, voilà ce qui semble mouvoir Monsieur Oscar, ce Fregoli au bord du burning out, englué jusqu’à l’os dans son odyssée de l’espèce. Crever de solitude sur un pont au milieu de ceux qui s’imaginent encore vivants et qui filent vers leur fin. Expirer d’avoir trop aimé et de s’être oublié. Trépasser bêtement aussi de temps à autre sur une simple erreur de jugement… Séquence hautement narquoise — tout autant que peut l’être le chauffeur/ange gardien joliment investi par Edith Scob — qui rassure étonnamment sur le sens de l’humour du réalisateur, ici, décidément très joueur, parfois jusqu’aux confins de la cruauté.

Qu’on ne s’y trompe toutefois pas. La magie n’opère qu’à la condition, pour certains de s’y abandonner, pour tous les autres, d’y croire dur comme fer.

Loin de n’être qu’un trip égocentrique, Holy motors, film gigogne, balaie pour ce faire tous les champs (chants ?) du possible. Drame existentiel, thriller, grand mélo des familles, pelloche érotico-fantastique, comédie musicale ou cinéma bis — un des grands moments du film où notre héros se dédouble jusqu’au vertige —, le dernier opus de Léos Carax ne serait que pur mirage si Denis Lavant (porte-parole, complice, alter ego) ne lui offrait généreusement, en un troublant mimétisme, ce corps nerveux et si flexible que les ravages du temps n’ont pas épargné. A la course d’Alex fauché en pleine jeunesse sur un classique de Bowie dans Mauvais sang, répond l’essoufflement de ce monsieur Loyal (jeu de mot) désormais condamné à cavaler devant un fond vert. Le spectacle est féerique, et l’envers du décor, magnifié par deux corps élastiques — effets spéciaux purement organiques — dont l’enchevêtrement va donner naissance à d’orgueilleuses chimères condamnées à toujours se renouveler dans un seul et unique désir de plaire encore.

Et tandis que Monsieur Oscar voltige à plusieurs et que l’on se surprend à rêvasser d’apesanteur, ce ne sera pourtant pas la voix de Bashung qui s’élèvera dans Holy Motors où notre funambule s’illusionne d’amour qui flingue, mais bien plutôt celle d’un revenant, qui a toujours préféré voyager en solitaire. Chair de poule assurée.

Film de pures sensations, bardé de serrures et de clés infernales — à l’image de celle qu’emploie Léos Carax lui-même, tel un phénix renaissant sans cesse de ses cendres, pour pénétrer de force dans la chambre aux sortilèges —, jeu de l’oie truffé d’émouvantes petites madeleines, souvent à la limite de l’impudeur [le spectateur bientôt désemparé pourrait même souhaiter sortir sur la pointe des pieds pour ne pas déranger le chagrin latent, si des moments incongrus et à pleurer oui, mais de rire, ne revenaient comme des respirations nécessaires le scotcher à son siège] ou de projets avortés maquillés en fausses pistes, Holy Motors est un chant d’amour résolument égoïste au cinéma à l’ancienne, là où l’on braille moteur et où les morts, quoiqu’il advienne, se relèvent toujours à la fin. Contrairement à la vie. Qui est bien mal faite.

Silencio !

P.S. Il est certain que sans Denis Lavant, Holy Motors n’existerait pas. Mais passent également, comme des spectres, un Michel Piccoli rajeuni, hanté par l’angoisse d’une prochaine disparition, une touchante Kylie Minogue évoquant un clone dépressif de Jean Seberg et Eva Mendes, que le scénario n’épargne pas, mais qui triomphe en symbole hiératique d’un cinéma aussi dévorant que l’amour qu’on lui porte.

Et l’on entraperçoit, avec un certain amusement, cet olibrius de Geoffrey Carey qui, à l’orée des années 80, alors même qu’il tournait dans L’état des choses de Wim Wenders — où l’imagination censée être au pouvoir se heurtait déjà à l’époque à la domination économique — participa au Territoire, réalisé par un autre magicien, grand joueur devant l’éternel, un certain Raoul Ruiz, auquel le Festival Paris Cinéma rend hommage cette année. Qui a causé de mise en abyme ?

Film projeté en avant-première dans le cadre du Festival Paris Cinéma. Sortie nationale, le 4 juillet.

© Les films du Losange

Holy motors de Leos Carax_2012
avec Denis Lavant, Edith Scob, Eva Mendes, Elise Lhomeau, Kylie Minogue, Michel Piccoli, Jeanne Disson, Léos Carax, Nastya Golubeva Carax et Geoffrey Carrey

Festival Paris Cinéma [10e édition] — Coup d’envoi

Dans Bande annonce, Cinéma, Festival, Festival Paris Cinéma le 28/06/2012 à 10:20

© SoBam

Réjouissances.

C’est à Leos Carax et à son déjà très controversé — mais mieux vaut inspirer colère et rage que subir indifférence ou oubli — Holy Motors* que revient la lourde charge de précéder le Festival Paris Cinéma qui débute vendredi 29 juin à 20h au Forum des images avec Ciné Mix de Jeff Mills sur Études sur Paris, un film d’André Sauvage, suivi de deux nuits, un hommage à Johnnie To en présence du réalisateur et Category III avec de la violence, du sang et du stupre.

Le programme complet est en ligne et disponible dans tous les cinémas partenaires. Il n’y a plus qu’à choisir. La part la plus difficile, donc.

A lire : Holy motors,critique et rencontre avec Denis Lavant d’Alexandre Mathis

Volutes

Dans Art, Cinéma, Exposition, Festival Paris Cinéma, Photographie, Volutes le 26/06/2012 à 10:00

© Bruno Charoy

35. Ettore Scola

Héros d’une "Exposition particulière" à la Galerie Catherine Houard, 15 rue Saint-Benoît dans le 6e arrondissement, où ses caricatures sont exposées depuis le 8 juin et ce, jusqu’au 28 juillet.

A consulter : la page des expositions du Festival Paris Cinéma
A lire :
Hors champ à dessein, le portrait que lui a consacré Libé

Federico Fellini © Ettore Scola

A suivre…