36. Leos Carax
"[...] Les rencontres programmées me glacent. Une fois un film terminé, je suis néant. Je sais à peu près comment j’ai fait — mais plus du tout pourquoi j’ai fait. [...]
Qu’est-ce que le public ? A Cannes, j’ai répondu : on ne sait pas. La seule chose dont on soit sûr est qu’il se compose de gens qui tous seront morts bientôt. Le spectateur ne prend vie qu’à la toute fin de la fabrication d’un film (on fait les films pour des morts, il sont vus par des vivants). A chaque sortie de film, j’ai cette pensée obsédante, comme une certitude, qu’il existe quelque part quelqu’un, homme ou femme, je ne sais pas, qui verra bientôt le film et ensuite en éclairera pour moi, magiquement, toute la raison d’être. Je cherche toujours son ombre, comme si j’avais son visage derrière les yeux ou son nom au bout de la langue. mais ça ne vient pas. [...]
Le cinéma est une belle île. Avec des forêts sombres, des clairières ensoleillées et un grand cimetière. On n’y pénètre qu’en clandestin, après avoir semé ces douaniers dont je parlais plus tôt. Mais une fois qu’on y est, la question n’est plus de savoir si la vie est bonne ou pas : on la voit enfin, la vie, comme devant soi, comme un paysage ou un visage, bouleversant et maléfique. [...]
[sur les réseaux sociaux] On perd le regard, et, sans regard, pas d’amour."
Extraits des propos recueillis par Aurélien Ferenczi © Télérama.
L’interview — réalisée à l’occasion de la sortie d’Holy Motors le 4 juillet prochain (et ce soir en avant-première) — est à lire en intégralité dans le magazine.
A suivre…










C’est très beau et très bien dit tout ça… J’ai hâte de voir ce que ce film donne…
Je le saurai ce soir ^^
Mais il ne peut nous laisser sur notre faim.
Je n’ai eu qu’un écho, jusqu’ici, très négatif, mais d’une personne dont je me fie peu au jugement en matière de cinéma… Selon lui, seules les 20 dernières minutes seraient admirables et le reste "de la merde"…
Mon père m’a appris que parfois, un chef d’œuvre ça pouvait juste être 10 minutes de génie dans un film… Alors si là on en a 20, ça peut faire la blague !
Bah si cet ami est resté jusqu’au bout malgré ce qu’il raconte cela prouve qu’il n’est pas tout à fait mauvais (ton ami ^^)… il a sans doute croisé Monsieur Merde au détour d’un plan et tu auras mal compris.
Je préfère voir un grand film malade selon l’expression consacrée de Truffaut qu’un film que l’on dit génial. D’abord, c’est fatiguant le génie à chaque plan et puis, les génies, ils sont morts. Et je crois Carax encore bien vivant.
Pour finir, Denis/Alex je pourrais le regarder courir des journées entières. Alors, j’y vais, l’esprit en paix.
Je crois qu’il était un peu contraint et forcé à Cannes… Mais moi aussi, c’est l’esprit en paix que j’irais…
Je me souviens avoir applaudi, tout seul comme un con, à la fin de Mauvais sang, dans la salle, à la sortie du film…
Même la copine avec qui j’étais et qui avait adoré le film m’a regardé bizarre… ^^
Je suis un peu passé à coté de Pola X en revanche… mais il faudrait que je le revoie…
Et j’ai adoré Merde !!!
Etre forcé et contraint … à Cannes ?! Je croyais que le jeu favori était de faire claquer son siège le plus fort possible pour que l’assemblée entière sache à quel point tu es "contre" ^^
Pola X est dur à revoir. Et ça n’a rien à voir avec les qualités du film.
Tout dépend de ton statut… Il y a des fois où tu es dans un taf où la lèche est de rigueur…
Et puis, en ce qui me concerne, même quand le film m’emmerde, je reste jusqu’au bout… Il est rarissime que je fasse claquer le siège…
Pour Pola X, en effet… je n’avais pas pensé à ça;..
J’ai comme l’impression que ce garçon n’a ni compte twitter ni face book…
En tout cas il manie l’art de se faire des amis.
Deux personnes m’en ont parlé (du film) :
- une le tient pour un chef d’oeuvre,
- une autre pour un summum de prétention.
Ceux qui connaissent Carax ne seront pas surpris. Ceux qui n’ont jamais vu ses films risquent d’être perplexes. Y a du bon et des aigreurs. C’un journal intime qui peut parfois gêner par trop de tristesse (voire d’impudeur). C’est un film dépressif mais où tu ris beaucoup parce que oui y a aussi beaucoup d’humour et un peu de cruauté. Bref, ça ne peut pas laisser indifférent. Ce garçon à beaucoup souffert et entre nous, je comprends pourquoi Binoche lui a dit non, car la scène est terrible.
Sans amalgame maladroit, Leos Carax et Gaspar Noé provoquent les mêmes réactions extrêmes non ?
Je connais très peu le second en fait, mais Carax me semble plus dans une vérité (la sienne)(et finalement Pola X ne s’oublie pas, même si …)
J’ai un très fort apriori envers Noé, c’est pourtant pas mon habitude, faudrait que j’me fasse violence en fait.
Ça n’est pas maladroit, ils ont tous deux le don de provoquer des réactions épidermiques, Léos par son intransigeance quelque peu autiste (et par son art comme dit Pascale de se faire des amis), Noé par son goût forcené de la provoc’ qui peut finir par fatiguer. Mieux vaut en rire parfois. Mais le dernier était vraiment intéressant (même s’il ne peut jamais s’empêcher d’en faire trop ^^). Bon, perso, il me fait rigoler donc je ne quitte pas ses films en claquant les sièges comme c’est arrivé à certains pour Irréversible.
Maintenant avec Holy Motors (mais c’était déjà le cas pour Tokyo), on rit quand même beaucoup et l’humour n’est pas involontaire. Et Denis est grand. D’ailleurs, sans lui, il n’y a pas de film ; ce qui tendrait à prouver que Carax a quand même quelques amis ^^
@Foxart4 Mais quelle horreur !
Moi aussi je reste. J’espère toujours, folle que je suis, qu’il va y avoir un truc à la fin qui va sauver le film.
Pola, ça se finit désormais dans les grandes eaux, donc, c’est vrai que j’ai tendance à l’éviter.
Bon je ne lis plus rien avant qu’on me spoilie le film à l’insu de mon propre gré !
Tu as raison. Leos spoile suffisamment comme ça pendant son film (et je ne cause même pas de son interview).