FredMJG

Archives du 9 août 2009|page des archives journalières

TIREZ SUR LE CAVISTE de Emmanuelle Bercot

Dans Emmanuelle Bercot, France2, Polar, Suite Noire, TV le 09/08/2009 à 19:15

© France 2, Agora Films

Le petit chaperon roux.

Un joyau, assurément !

Si les épisodes à venir sont de ce calibre (un mélange létal de violence, d’humour et de sexe), nul doute que la Suite noire assurera sa pérennité au sein des programmes de France 2.

Construit comme un rubik’s cube et saupoudré de plaisanteries de fort mauvais aloi, Tirez sur le caviste (inspiré du roman de Chantal Pelletier, qui fut dans une vie antérieure cofondatrice de la compagnie Les 3 Jeanne aux côtés d’Eliane et Martine Boéri) entraine méchamment le spectateur au bout de sa logique monstrueuse.

Tout commence lorsqu’un vigneron amateur de bonne chère (Niels Arestrup, grandiose Pantagruel) flingue sa moitié à bout portant sur le futile prétexte qu’elle lui a une nouvelle fois gâché son céleri rémoulade.

Contrairement à On achève bien les disc-jockeys, la rigolade et l’immoralité sont de rigueur dans le dernier film d’Emmanuel Bercot dont il faut saluer ici la maîtrise, la direction d’acteurs et l’audace dont toute l’équipe a fait preuve.

La réalisatrice oppose perversement à l’ogre Arestrup un petit chaperon roux (Julie-Marie Parmentier, exceptionnelle en marginale autiste, dotée d’un don inné pour la cuisine et mue par l’amour fou) et laisse mijoter ce duo improbable.

Tandis que notre gourmet atteint l’orgasme aux bons soins des petits plats de la diablesse et se révèle violent dès lors qu’il n’a pu en jouir pour abus de cuisson, la demoiselle se languit et ronge son frein en enregistrant des messages enflammés à l’objet de tous ses désirs, à qui elle promet sous peu un bonheur gastronomique confinant à l’extase.

De par la déconstruction de la mise en scène, nous sommes happés dans un jeu du chat et de la petite souris morose où le rat ne se révélera pas être celui que l’on croit. Christine Citti, en vorace amoureuse*, complète remarquablement la distribution.

Par son mélange explosif d’humour radicalement noir et de description très crue du quotidien des enfants perdus, Tirez sur le caviste se révèle être une excellente surprise dans la filmographie d’Emmanuelle Bercot et une confirmation du talent de ses interprètes.

* Il ne fait aucun doute que la scène d’amour graphique entre la frêle Julie-Marie Parmentier et la charnelle Christine Citti, emplie de joie et de fureur, est pour beaucoup dans la frilosité de France 2 quant à la programmation de la série en seconde partie de soirée… Emmanuelle Bercot sait filmer les corps. Rappelons qu’elle avait révélé en 1998 celui de la fragile Isild Le Besco dans La Puce.

© France 2, Agora Films

Tirez sur le caviste d’Emmanuelle Bercot_2009
avec Julie-Marie Parmentier, Niels Arestrup, Christine Citti, Pierre Berriau, Pierre-Félix Gravière et Jean-Bernard Pouy
d’après le livre de Chantal Pelletier

ON ACHÈVE BIEN LES DISC-JOCKEYS de Orso Miret

Dans France2, Orso Miret, Polar, Suite Noire, TV le 09/08/2009 à 18:00

© France 2, Agora Films

Trahison, impair et mort.

Pour leur premier épisode, les producteurs de la série Suite Noire frappent très fort en adaptant un roman de Didier Daeninckx, auteur consacré de Meurtres pour mémoire (évoquant la sanglante répression orchestrée par Maurice Papon contre les manifestants pour l’indépendance de l’Algérie en octobre 61) et grand pourfendeur des travers de la société française (sa mémoire sélective, notamment).

Ici, ce sont les exactions contre les radios libertaires qui sont en ligne de mire.

Le (triste) héros — remarquablement incarné par Francis Renaud — accepte, moyennant une remise de peine, de servir d’indic à des flics plus ou moins ripoux quoiqu’assurément vicieux qui souhaitent faire d’une balance plusieurs prises : clouer le bec d’une radio libre, remettre à leur juste place les bonnes âmes pleine d’humanité (Lubna Azabal, juste et discrète en infirmière de jour transfigurée en voix des taulards la nuit), et accessoirement mettre la main sur des braqueurs sans foi ni états d’âme. L’épisode débute d’ailleurs par un braquage d’une violence inouïe s’achevant en une série de meurtres absurdement gratuits qui ne laisse aucun doute sur la tragique destinée des protagonistes.

Il fallait du talent à Francis Renaud pour nous faire accepter son personnage de traitre pour la bonne cause (au nom de la paternité), fragile et ambigu, dont on ignorera jusqu’au bout les réels sentiments que lui inspirent les victimes de son double jeu. Isolé par ses mensonges, il ne peut que se heurter aux solitudes qu’il côtoie. L’amour ni la rédemption ne seront invités au voyage.

Notons également la belle présence de Yann Tregouët (le jeune meurtrier de Lady Jane de Robert Guédiguian_2008).

© France 2, Agora Films

On achève bien les disc-jockeys d’Orso Miret_2009
avec Francis Renaud, lubna Azabal, Yann Tregouët, Jean-Quentin Chatelain, Chad Chenouga, Muriel Solvay
d’après le livre de Didier Daeninckx

SUITE NOIRE sur France2

Dans France2, News, Polar, Suite Noire, TV le 09/08/2009 à 15:40

© France 2, Agora Films

Noir c’est noir, reste-t-il quelqu’espoir ?

Votre serviteur n’ayant que peu de part de cerveau disponible pour le passer devant la télévision, mes remerciements, toutes affaires cessantes, à Kilucru l’irréductible qui eut la charmante idée de rameuter les troupes devant la petite lucarne en rappelant l’ouverture estivale de la Suite noire sur France 2, soit chaque dimanche, une fiction d’une heure programmée en fin de soirée (puisque malheureusement certaines idées ou images peuvent encore choquer des téléspectateurs pourtant abreuvés en prime time d’obscénités en tous genres).

Hors donc, négligeant de sacrifier à la sacro-sainte saga de l’été, France 2 nous propose en lieu et place d’amours contrariées et happy-end obligé, huit histoires (voire plus si affinités) très noires non dénuées d’humour, voire d’amour… Quant au happy-end, il peut être de rigueur mais non imposé. Deux obligations cependant pour les réalisateurs convoqués : l’adaptation de romans édités aux Éditions La Branche et le format — 60 minutes — amplement suffisant pour emballer/peser une fiction rondement menée.

Les polars inscrits à la collection Suite noire (rejeton adultérin de la célèbre Série Noire), dirigée par le créateur du Poulpe (immortalisé en 1998 par l’inénarrable Jean-Pierre Darroussin dans le film de Guillaume Nicloux) Jean-Bernard Pouy, évoquent plus les bombes tragico-sociales de Jean-Patrick Manchette que le whodunnit cher à Agatha Christie. Charge incombe à chaque réalisateur d’imposer sa patte.

Passeront l’examen cet été Orso Miret (Le silence_2004), Emmanuelle Bercot (Backstage_2001), Laurent Bouhnik (L’invité_2007), Dominique Cabrera (Folle embellie_2004), Patrick Grandperret (Meurtrières_2006), Brigitte Roüan (Travaux_2005), Guillaume Nicloux (La clé_9007) et Claire Devers (Les marins perdus_2003).

D’autres adaptations sont d’ores et déjà en production, avec aux manettes Raoul Ruiz (La maison Nucingen_2009), Edwin Baily (Faut-il aimer Mathilde ?_1993), Emmanuelle Cuau (Très bien merci_2007) et Claire Denis (35 rhums_2009).

Pour en (s)avoir plus, se reporter au site dédié au projet suite-noire.com
et à l’interview de Jean-Bernard Pouy par rue89.