FredMJG

Archives du 31 juillet 2008|page des archives journalières

X-FILES RÉGÉNÉRATION de Chris Carter

Dans Cinéma, USA le 31/07/2008 à 21:50

© Twentieth Century Fox France

La vérité est au fond de la bible.

C’était le bon temps… I want to believe aux extraterrestres bramait Mulder, foutaises rétorquait la scientifique Scully avant de se faire enlever et de subir les derniers outrages intergalactiques…

Fans de X Files la série, passez votre chemin ! L’époque où ce grand fou de Foxy et sa Dana partaient à la chasse aux petits hommes verts est définitivement révolue.

Dix ans après l’arrêt de la série et un premier long métrage qui fleurait bon le prétexte marketing et n’a guère marqué les esprits, Scully vient supplier Mulder d’aider le FBI qui enquête sur la disparition d’un de leurs agents parce que Gillian Anderson a désespérément besoin de ce travail. David Duchovny, tributaire d’un agenda d’enfer (bitures et pelotages en règle au service de Californication) n’est pas très chaud… jusqu’à ce qu’il croise la charmante Amanda Peet (simple appât, dont les scénaristes se débarrassent sans vergogne dès la seconde bobine au terme d’une course-poursuite haletante).

S’ensuit la rocambolesque rencontre avec leur principal interlocuteur, un "voyant", ancien prêtre pédophile (tête de Dana Scully, toujours très proche de son crucifix) qui pour faire bonne mesure, entre deux messages que lui envoie son seigneur, tente d’attendrir les deux agents sur sa triste condition en les informant qu’il s’est lui-même émasculé pour résister à la tentation… Quand on apprend finalement qu’un des malfaisants est une de ses anciennes victimes, se faisant refaire un corps tout neuf à coup de morceaux de donzelles par un docteur Frankenstein à fort accent russe, on se dit qu’il faudrait tout de même que Chris Carter et son scénariste Frank Spotnitz arrêtent les champis !

Le spectateur hésite alors entre la franche rigolade (Mulder balance quelques blagues lourdingues aux fins de choquer ses ex-collègues, le laboratoire où le bon docteur tranche et raccommode fleure bon la gangrène, le jingle de Mark Snow retentit lorsque le fameux couple s’arrête l’air perplexe devant la photo de George W. Bush… ah ah ah, très drôle !) et la tristesse la plus profonde devant ce salmigondis judéo-chrétien.

Mulder et Scully se lançant aux trousses de serial killers dégénérés, cela aurait pu donner un bon thriller dans la droite ligne des deux dernières saisons (où s’étaient illustrés Robert Patrick et Annabeth Gish) teintées des accents névrotiques de la très paranoïaque série Millennium, autre création de Chris Carter. Rien de tel ici. Tout au plus, retrouvons-nous Scully toujours aussi bigote et pleurnicharde, flanqué d’un Mulder contrariant au possible… Et tous deux de nous jouer les Doris Day et Rock Hudson de l’ère religieuse. Du reste, lorsque Fox laissera un message à sa dulcinée, ce ne sera pas en traçant le fameux X qui ont fait leur gloire mais à coup de saintes écritures. Et le fan de base d’aller se se pendre.

Ce qui intéresse désormais Chris Carter, c’est le couple et le chemin spirituel de Scully (à un moment, Gillian veut abandonner parce qu’elle vient de se rendre compte que le scénario est totalement nul et que sa carrière est définitivement fichue vu que c’est encore ce satané Duchovny qui a toutes les scènes marrantes et qui en profite pour tirer à nouveau la couverture à lui, mais Don’t give up ! lui assène le curé qui a trop écouté Peter Gabriel entre deux hallus). Nonobstant, le réalisateur s’offre même — histoire d’enfoncer le clou — une apparition parfaitement gratuite et quasi christique dans les couloirs de l’hôpital très catholique où officie désormais la mère courage, en butte aux crises de foi des prêtres de l’administration… un comble !

Cette histoire de Mengele aux petits pieds, d’un farfelu absolu, apparait surtout comme une négation de la série (sans compter que l’on a la désagréable sensation que Carter, désormais tout en génuflexions, crache allègrement dans la soupe) et la preuve d’un manque cruel d’inspiration.

Finalement, les deux seuls dossiers non classés de ce I want to believe (Régénération en VF, rions un peu avec les traducteurs) sont l’insolente jeunesse de Mitch Pileggi/ Skinner qui n’a pas pris une ride en une décennie et Xzibit, déguisé en agent du FBI…

© Twentieth Century Fox France

X-Files Régénération/The X-Files: I want to believe de Chris Carter_2008
avec David Duchovny, Gillian Anderson, Amanda Peet, Billy Connolly, Xzibit, Mitch Pileggi, Callum Keith Rennie, Nicki Aycox

SURVEILLANCE de Jennifer Chambers Lynch

Dans Cinéma, Jennifer Chambers Lynch, Thriller, USA le 31/07/2008 à 01:00

© Wild Bunch Distribution

Faux semblants.

Dans la famille Lynch, si le père David aime à distiller dans ses méfaits cinématographiques une inquiétante étrangeté, la fille, Jennifer, pencherait plutôt vers la loufoquerie, tendance gore hargneux.

Enquête policière facétieuse ? portrait de serial killer ? road movie ? Jennifer Chambers Lynch nous offre ici un film puzzle où paroles (témoins à la mémoire plus que sélective) et images (réalité sèche des plans) sont indissociables, vraies, mais tout autant contradictoires, selon le point de vue présenté car oui, le Rashomon de Kurosawa n’en finit pas de faire des petits.

Débutant par une agression d’une bestialité insoutenable, l’histoire bifurque brusquement sur l’enquête menée par deux agents du FBI (tendance Mulder et Scully à Ploucville) titillés par une tension sexuelle exacerbée et interprétés par deux acteurs empruntés au pater familias, soit Bill Pullman (échappé de Lost Highway) et Julia Ormond (retrouvée dans Inland empire. On craint un moment — quand elle se trouve en présence de la jeune Ryan Simpkins notamment — qu’elle ne nous rejoue la partition de Smilla, sense of snow, tourné sous la direction de Billie August en 1997, mais la piste est aussi fausse que les dépositions qu’elle recueille en compagnie de son compère).

Entre deux scènes choc (un meurtre brutal, un carambolage d’une violence inouïe filmé de main de maître), la réalisatrice nous gratifie de quelques tranches de vie hilarantes fort salvatrices. Armée d’un humour féroce, elle excelle dans la description de personnages déjantés, la palme revenant à un couple de junkies embarqués dans une folle épopée cocaïnée entrecoupée de fous rires inextinguibles qui finissent par nous gagner. Sans oublier les petits jeux pervers de deux crétins de gendarmes qui trompent leur mortel ennui en terrorisant les rares conducteurs qui s’aventurent sur leur territoire (aussi terrifiant du reste que le bled paumé où officiait Leaterhead dans Massacre à la tronçonneuse, référence incontournable). Gloussements assurés.

Aidée par le cabotinage ahurissant d’un Bill Pullman au meilleur de sa forme et objectivement ravi d’avoir été invité à participer à cette folle aventure, Jennifer Chambers Lynch nous embarque aisément dans son collage nonsensique qui n’a d’autre prétention que de mener le spectateur en bateau au rythme des mensonges des protagonistes, des dessins d’une petite fille trop presciente et d’une sauvagerie parfaitement assumée.

La révélation finale ne confine pas au génie mais du moins s’est-on bien amusé.

© Wild Bunch Distribution


Surveillance de Jennifer Chambers Lynch_2008

avec Julia Ormond, Bill Pullman, Pell James , Ryan Simpkins, French Stewart, Cheri Oteri et Michael Ironside